Les artilleurs américains réapprennent en Allemagne à tirer puis disparaître, ce que le canon français savait faire il y a vingt ans

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• Said LARIBI

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Obusier automoteur américain M109A7 Paladin camouflé sous des branchages de pin en lisière de forêt, canon pointé vers la droite
Cet exercice interalliés évaluait la brigade blindée d’une division américaine, dont les artilleurs avaient répété quatre jours plus tôt des mouvements de dispersion sous tir de contre-batterie simulé. (Photo US Army / domaine public)

Une batterie américaine s’entraîne en Bavière à sortir de sa cachette, tirer, et repartir avant la riposte, avec un engin de trente-cinq tonnes conçu pour une guerre où personne ne vous regardait d’en haut.

Des photographies officielles diffusées par l’armée américaine montrent un obusier automoteur quittant une position dissimulée pour effectuer un tir, lors d’un exercice interalliés mené en Allemagne le 21 octobre 2026. L’intention est claire : réduire le temps passé à découvert, parce qu’un drone de reconnaissance finit par repérer une batterie et qu’une frappe de précision suit de près. La manœuvre n’a rien d’inédit. Elle est même au fondement d’un choix français vieux de deux décennies.

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Sortir du couvert, tirer, repartir

L’exercice s’est tenu au centre d’entraînement interarmées de Hohenfels, en Bavière, où la brigade blindée d’une division américaine passait une évaluation de mise en condition opérationnelle. Un obusier M109A7 Paladin de 155 mm, appartenant au premier peloton de la batterie Bravo du 2e bataillon du 3e régiment d’artillerie, est sorti d’une position camouflée pour délivrer un tir d’appui. Quatre jours plus tôt, la même batterie répétait des mouvements de dispersionsous un scénario simulé de tir de contre-batterie. La dépêche précise elle-même que ces images n’établissent aucune attaque de drone.

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Pourquoi un canon doit désormais fuir sa propre fumée

Un tir d’artillerie se voit, s’entend et se calcule. Les radars de contre-batterie remontent la trajectoire d’un obus jusqu’à son point de départ, et les drones de reconnaissance survolent en permanence les arrières pour repérer ce qui bouge. En Ukraine, les deux camps ont démontré qu’un appareil sans pilote peut localiser une pièce, corriger un tir et guider une frappe contre un matériel que l’on croyait caché. La mobilité seule ne suffit plus : un drone qui observe en continu voit aussi les déplacements entre deux positions.

Un canon CAESAR français tire de nuit dans le désert irakien, la gueule du tube illuminant un vaste nuage de fumée, servants déployés autour de la pièce
Déployé en Irak au sein d’une force de coalition chargée de rendre l’armée irakienne autonome, le canon français appuyait de nuit les opérations contre l’organisation État islamique, en mai 2018. (Photo Zakia Gray / US Army / domaine public)

Trente-cinq tonnes de chenilles contre dix-huit tonnes de roues

L’engin américain pèse 35,4 tonnes à pleine charge, avance sur chenilles, emporte quatre hommes et roule à 61 km/h sur route. Le CAESAR français, lui, tient en 18 tonnes sur un camion à six roues motrices, embarque cinq artilleurs et atteint 80 km/h. Le premier est un blindé qui tire, le second est un camion qui porte un canon. Ce choix a un prix : la cabine française n’est protégée que contre les armes de 7,62 mm et les éclats, là où l’américain abrite son équipage derrière un vrai blindage.

Obusier américain Canon français
Masse 35,4 tonnes 18 tonnes
Train de roulement Chenillé Camion 6×6
Équipage 4 5
Portée en obus classique 22 km Environ 40 km
Vitesse sur route 61 km/h 80 km/h
Protection Véhicule blindé Cabine contre le 7,62 mm

Quarante kilomètres contre vingt-deux

L’écart le plus embarrassant ne porte pas sur la masse mais sur l’allonge. Le M109A7 Paladin atteint 22 km avec un obus classique, et 30 km avec un obus à propulsion additionnelle. Le canon français annonce environ 40 km. Un artilleur américain doit donc s’approcher nettement plus près de la ligne de contact pour couvrir la même zone, ce qui le place précisément dans le volume que surveillent les drones adverses. La doctrine du tirer et filer devient alors moins un raffinement tactique qu’une obligation de survie.

Le canon expérimental américain à longue portée, tube dressé vers le ciel sur un châssis chenillé, lors d’essais au champ de tir de Yuma en Arizona
Ce programme devait porter l’artillerie américaine au-delà de soixante-dix kilomètres, soit plus du double de ce qu’atteint aujourd’hui un obus à propulsion additionnelle, avant d’être abandonné en 2024 parce que le tube s’usait trop vite. (Photo Ana Henderson / US Army / domaine public)

Le canon qui devait tout régler a été abandonné

Washington avait pourtant lancé un programme pour corriger ce défaut. Démarré en 2018, il visait 70 km contre une trentaine auparavant, et un prototype aurait touché une cible à cette distance en 2022 avec un obus guidé. L’armée américaine y a renoncé en avril 2024. Le motif tient en une phrase : le tube s’usait excessivement après un nombre de coups relativement faible. Une étude interne achevée le mois précédent concluait qu’il fallait une artillerie plus autonome, plus allongée et plus mobile.

Washington est allé faire ses courses à l’étranger

Faute de pouvoir concevoir le canon voulu, l’armée américaine a sollicité l’industrie en août 2024 pour des matériels déjà matures. Cinq industriels ont reçu en octobre des contrats de démonstration pour un total d’environ 3,6 millions d’euros, suivis d’une tournée de tirs organisée dans leurs pays respectifs. Se sont présentés le RCH 155 germano-français monté sur blindé Boxer, l’Archer suédois qui s’arrête et tire en trente secondes, le SIGMA israélien, un Piranha à dix roues portant la même tourelle que le RCH, et le K9 coréen, seul engin chenillé du lot.

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Et c’est un canon coréen qui a gagné

Le verdict est tombé le 19 août 2026, et il n’a pas souri aux Européens. L’armée américaine a retenu le K9 coréen en version à roues, avec 89,5 millions d’euros pour six prototypes, une option sur douze de plus et un plafond approchant 235 millions sur quatre ans. Rebaptisé XM1776 et présenté en octobre, l’engin ne remplacera pas le Paladin : il doit relever le M777 tracté dans certaines formations. Aucun classement n’a été publié, mais les observateurs retiennent l’engagement du vainqueur à produire sur le sol américain. Les quarante derniers obusiers américains commandés en janvier 2026 revenaient, eux, à 10,6 millions d’euros l’ensemble.

Sources :

  • Army Recognition, « U.S. Army Adapts M109A7 Paladin Artillery Tactics in Germany to Survive Modern Battlefield Threats »
    https://www.armyrecognition.com
    Dépêche d’origine, construite sur des images officielles diffusées le 21 octobre 2026 et précisant que celles-ci n’établissent aucune attaque de drone.
  • Service de recherche du Congrès des États-Unis, note sur l’artillerie à longue portée, référence IF12772
    https://www.congress.gov/crs_external_products/IF/PDF/IF12772/IF12772.11.pdf
    Source de référence pour l’abandon en avril 2024 du programme de canon longue portée, son objectif de 70 km et l’usure excessive du tube.
  • Defense News, « Why the Army is looking abroad to close a widening artillery gun gap », 15 octobre 2024

    Why the Army is looking abroad to close a widening artillery gun gap


    Détaille la consultation lancée auprès de cinq industriels étrangers et les caractéristiques des matériels présentés.

  • Ministère des Armées, fiche technique du canon CAESAR
    https://prod-site-internet-minarm-admin.cloud.defense.gouv.fr/sites/default/files/eurosatory/caesar%20MkI.pdf
    Source officielle française pour l’équipage de cinq artilleurs, la portée de 40 km et la capacité à tirer six coups puis quitter la zone en moins de deux minutes.
  • Army Technology, fiche du programme M109A7 Paladin
    https://www.army-technology.com/projects/paladin-m109a7/
    Fournit la masse de 35 380 kg, l’équipage de quatre hommes, les portées de 22 et 30 km et la vitesse sur route.
  • Army Recognition, « U.S. Army orders 40 M109A7 Paladin howitzers in 473M BAE Systems contract », 22 janvier 2026
    https://armyrecognition.com/news/army-news/2026/u-s-army-orders-40-m109a7-paladin-howitzers-in-473m-bae-systems-contract
    Donne le contrat de 473 millions de dollars pour quarante ensembles, véhicules de ravitaillement et soutien compris.
  • DefenseScoop, « Hanwha captures Army contract for mobile tactical cannons », 19 août 2026

    Hanwha captures Army contract for mobile tactical cannons and expects to deliver first prototype this fall


    Établit le montant de 100 millions de dollars pour six prototypes, le plafond de près de 263 millions sur quatre ans et le fait que ce canon doit relever le M777 tracté dans certaines formations.

  • Banque centrale européenne, taux de change de référence de l’euro, 30 octobre 2026
    https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html
    Taux de 1,1172 dollar pour un euro, utilisé pour les conversions monétaires de cet article.

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