Une batterie américaine s’entraîne en Bavière à sortir de sa cachette, tirer, et repartir avant la riposte, avec un engin de trente-cinq tonnes conçu pour une guerre où personne ne vous regardait d’en haut.
Des photographies officielles diffusées par l’armée américaine montrent un obusier automoteur quittant une position dissimulée pour effectuer un tir, lors d’un exercice interalliés mené en Allemagne le 21 octobre 2026. L’intention est claire : réduire le temps passé à découvert, parce qu’un drone de reconnaissance finit par repérer une batterie et qu’une frappe de précision suit de près. La manœuvre n’a rien d’inédit. Elle est même au fondement d’un choix français vieux de deux décennies.
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Sortir du couvert, tirer, repartir
L’exercice s’est tenu au centre d’entraînement interarmées de Hohenfels, en Bavière, où la brigade blindée d’une division américaine passait une évaluation de mise en condition opérationnelle. Un obusier M109A7 Paladin de 155 mm, appartenant au premier peloton de la batterie Bravo du 2e bataillon du 3e régiment d’artillerie, est sorti d’une position camouflée pour délivrer un tir d’appui. Quatre jours plus tôt, la même batterie répétait des mouvements de dispersionsous un scénario simulé de tir de contre-batterie. La dépêche précise elle-même que ces images n’établissent aucune attaque de drone.
Pourquoi un canon doit désormais fuir sa propre fumée
Un tir d’artillerie se voit, s’entend et se calcule. Les radars de contre-batterie remontent la trajectoire d’un obus jusqu’à son point de départ, et les drones de reconnaissance survolent en permanence les arrières pour repérer ce qui bouge. En Ukraine, les deux camps ont démontré qu’un appareil sans pilote peut localiser une pièce, corriger un tir et guider une frappe contre un matériel que l’on croyait caché. La mobilité seule ne suffit plus : un drone qui observe en continu voit aussi les déplacements entre deux positions.

Trente-cinq tonnes de chenilles contre dix-huit tonnes de roues
L’engin américain pèse 35,4 tonnes à pleine charge, avance sur chenilles, emporte quatre hommes et roule à 61 km/h sur route. Le CAESAR français, lui, tient en 18 tonnes sur un camion à six roues motrices, embarque cinq artilleurs et atteint 80 km/h. Le premier est un blindé qui tire, le second est un camion qui porte un canon. Ce choix a un prix : la cabine française n’est protégée que contre les armes de 7,62 mm et les éclats, là où l’américain abrite son équipage derrière un vrai blindage.
| Obusier américain | Canon français | |
|---|---|---|
| Masse | 35,4 tonnes | 18 tonnes |
| Train de roulement | Chenillé | Camion 6×6 |
| Équipage | 4 | 5 |
| Portée en obus classique | 22 km | Environ 40 km |
| Vitesse sur route | 61 km/h | 80 km/h |
| Protection | Véhicule blindé | Cabine contre le 7,62 mm |
Quarante kilomètres contre vingt-deux
L’écart le plus embarrassant ne porte pas sur la masse mais sur l’allonge. Le M109A7 Paladin atteint 22 km avec un obus classique, et 30 km avec un obus à propulsion additionnelle. Le canon français annonce environ 40 km. Un artilleur américain doit donc s’approcher nettement plus près de la ligne de contact pour couvrir la même zone, ce qui le place précisément dans le volume que surveillent les drones adverses. La doctrine du tirer et filer devient alors moins un raffinement tactique qu’une obligation de survie.

Le canon qui devait tout régler a été abandonné
Washington avait pourtant lancé un programme pour corriger ce défaut. Démarré en 2018, il visait 70 km contre une trentaine auparavant, et un prototype aurait touché une cible à cette distance en 2022 avec un obus guidé. L’armée américaine y a renoncé en avril 2024. Le motif tient en une phrase : le tube s’usait excessivement après un nombre de coups relativement faible. Une étude interne achevée le mois précédent concluait qu’il fallait une artillerie plus autonome, plus allongée et plus mobile.
Washington est allé faire ses courses à l’étranger
Faute de pouvoir concevoir le canon voulu, l’armée américaine a sollicité l’industrie en août 2024 pour des matériels déjà matures. Cinq industriels ont reçu en octobre des contrats de démonstration pour un total d’environ 3,6 millions d’euros, suivis d’une tournée de tirs organisée dans leurs pays respectifs. Se sont présentés le RCH 155 germano-français monté sur blindé Boxer, l’Archer suédois qui s’arrête et tire en trente secondes, le SIGMA israélien, un Piranha à dix roues portant la même tourelle que le RCH, et le K9 coréen, seul engin chenillé du lot.
Et c’est un canon coréen qui a gagné
Le verdict est tombé le 19 août 2026, et il n’a pas souri aux Européens. L’armée américaine a retenu le K9 coréen en version à roues, avec 89,5 millions d’euros pour six prototypes, une option sur douze de plus et un plafond approchant 235 millions sur quatre ans. Rebaptisé XM1776 et présenté en octobre, l’engin ne remplacera pas le Paladin : il doit relever le M777 tracté dans certaines formations. Aucun classement n’a été publié, mais les observateurs retiennent l’engagement du vainqueur à produire sur le sol américain. Les quarante derniers obusiers américains commandés en janvier 2026 revenaient, eux, à 10,6 millions d’euros l’ensemble.
Sources :
- Army Recognition, « U.S. Army Adapts M109A7 Paladin Artillery Tactics in Germany to Survive Modern Battlefield Threats »
https://www.armyrecognition.com
Dépêche d’origine, construite sur des images officielles diffusées le 21 octobre 2026 et précisant que celles-ci n’établissent aucune attaque de drone. - Service de recherche du Congrès des États-Unis, note sur l’artillerie à longue portée, référence IF12772
https://www.congress.gov/crs_external_products/IF/PDF/IF12772/IF12772.11.pdf
Source de référence pour l’abandon en avril 2024 du programme de canon longue portée, son objectif de 70 km et l’usure excessive du tube. - Defense News, « Why the Army is looking abroad to close a widening artillery gun gap », 15 octobre 2024
Why the Army is looking abroad to close a widening artillery gun gap
Détaille la consultation lancée auprès de cinq industriels étrangers et les caractéristiques des matériels présentés. - Ministère des Armées, fiche technique du canon CAESAR
https://prod-site-internet-minarm-admin.cloud.defense.gouv.fr/sites/default/files/eurosatory/caesar%20MkI.pdf
Source officielle française pour l’équipage de cinq artilleurs, la portée de 40 km et la capacité à tirer six coups puis quitter la zone en moins de deux minutes. - Army Technology, fiche du programme M109A7 Paladin
https://www.army-technology.com/projects/paladin-m109a7/
Fournit la masse de 35 380 kg, l’équipage de quatre hommes, les portées de 22 et 30 km et la vitesse sur route. - Army Recognition, « U.S. Army orders 40 M109A7 Paladin howitzers in 473M BAE Systems contract », 22 janvier 2026
https://armyrecognition.com/news/army-news/2026/u-s-army-orders-40-m109a7-paladin-howitzers-in-473m-bae-systems-contract
Donne le contrat de 473 millions de dollars pour quarante ensembles, véhicules de ravitaillement et soutien compris. - DefenseScoop, « Hanwha captures Army contract for mobile tactical cannons », 19 août 2026
Établit le montant de 100 millions de dollars pour six prototypes, le plafond de près de 263 millions sur quatre ans et le fait que ce canon doit relever le M777 tracté dans certaines formations. - Banque centrale européenne, taux de change de référence de l’euro, 30 octobre 2026
https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html
Taux de 1,1172 dollar pour un euro, utilisé pour les conversions monétaires de cet article.
