Naval Group a dévoilé le 3 novembre 2026, au premier jour d’Euronaval, le SCX-26, un concept de destroyer lourd porte-drones.
Le SCX-26 n’est pas un programme, Naval Group le martèle : « ce n’est pas un bateau destiné en l’état à être construit », rappelle le constructeur.
Il s’agit d’un concept ship, un exercice prospectif qui explore les architectures et les technologies que la Marine nationale et d’autres clients pourraient vouloir embarquer sur leurs grands bâtiments de surface dans quinze à vingt ans. Il est cependant présenté avec tant de détails et à un moment si politique, à la veille des arbitrages de la prochaine Loi de programmation militaire (LPM), que personne ne s’y trompe : c’est le visage que Naval Group propose pour les destroyers français du futur !
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SCX-26, un destroyer lourd pensé pour la haute intensité des années 2040
Par sa taille et son tonnage, le SCX-26 est clairement classé dans la catégorie des destroyers lourds, plus proche du Zumwalt américain (environ 15 600 tonnes) ou du Type 055 chinois (12 000 à 13 000 tonnes) que des frégates européennes de la décennie précédente. À 170 mètres de long, 24 mètres de large et 10 000 tonnes en charge pleine, il est près de deux fois plus lourd que les frégates de défense et d’intervention (FDI) que Naval Group livre actuellement à la Marine nationale et à l’export, et dépasse même les frégates Horizon de la classe Forbin.
Sa silhouette, très tendue, à ponts courbés et superstructures en biseau, trahit l’obsession de la discrétion, qu’elle soit radar, infrarouge ou acoustique. Elle évoque directement le Zumwalt américain, dont les choix esthétiques et techniques sur la furtivité ont fait école (malgré l’échec industriel du programme). Deux grandes superstructures sont séparées par une « zone flexible » centrale qui peut accueillir des conteneurs d’armes, des drones supplémentaires ou des intercepteurs anti-drones. La propulsion repose sur une architecture CODLAG (Combined Diesel-Electric and Gas, propulsion combinée diesel-électrique et turbine à gaz), qui offre l’endurance et la discrétion acoustique à basse vitesse et la puissance à haute vitesse. Vitesse maximale annoncée : 30 nœuds (environ 56 km/h). Autonomie : jusqu’à 8 000 milles nautiques (environ 14 800 km).
L’équipage visé est de 150 marins, avec 100 places supplémentaires pour un état-major embarqué ou du personnel spécialisé, notamment des opérateurs drones. Naval Group insiste sur le fait que l’intelligence artificielle et l’autonomie viennent épauler l’équipage, mais ne le remplacent pas : « la décision et la responsabilité opérationnelles restent au cœur de l’action humaine », affirme le constructeur, en écho à la doctrine française stricte en matière de systèmes d’armes létaux.
Plus de 100 missiles, canon électromagnétique et laser 100 kW : la boîte à outils du combat futur
L’armement est spectaculaire autour de ce concept. Douze silos verticaux de la famille Sylver (huit à l’avant, quatre à l’arrière de part et d’autre du pont d’envol) offrent de base 96 cellules pour missiles Aster 30 ou missiles de croisière naval MdCN. En utilisant le lanceur à froid Sylver NG (Nouvelle Génération) et les quadpack CAMM (Common Anti-Air Modular Missile, missile antiaérien modulaire commun), qui permettent de loger 24 missiles antiaériens CAMM dans l’emprise d’un Sylver octuple, on dépasse largement les 100 missiles embarqués !
Des silos supplémentaires sont même prévus dans la zone modulaire centrale pour accueillir d’éventuels missiles hypersoniques, dossier que la DGA (Direction générale de l’armement) pousse en parallèle avec le démonstrateur VMAX (Véhicule Manœuvrant eXpérimental).
En défense rapprochée, le SCX-26 embarque deux lanceurs Rampart, le CIWS (Close-In Weapon System, système de défense rapprochée) 40 mm anti-drones que Naval Group développe avec KNDS et Thales et dont un prototype a été testé en mer lors de l’exercice Wildfire en octobre 2026. S’y ajoutent un laser de 100 kilowatts pour la destruction des drones et munitions rôdeuses à courte portée, une tourelle furtive de 57 mm, de l’artillerie secondaire téléopérée couvrant 360°, et un armement principal qui bascule complètement dans le futur : un canon électromagnétique à salves rapides, dont la DGA a par ailleurs annoncé son intention de développer une version française.
La « mission bay » : un hangar à drones qui imprime ses propres munitions en vol
C’est sans doute l’innovation conceptuelle la plus forte du SCX-26. L’arrière du navire est occupé, sur près d’un tiers de la coque, par une vaste « mission bay » (zone modulaire de mission) située sous le pont d’envol, à laquelle elle est reliée par un grand ascenseur. Cette zone n’est pas juste un hangar. Elle stocke, prépare, maintient et lance des drones de tous les milieux : drones aériens (UAV), drones de surface (USV) et drones sous-marins (AUV), ainsi que des hélicoptères conventionnels.
Mais Naval Group pousse le concept plus loin : cette zone est équipée d’une capacité de fabrication additive embarquée. Autrement dit, le SCX-26 peut, pendant une mission longue, imprimer en 3D des pièces de rechange, mais aussi ses propres munitions rôdeuses (loitering munitions), ces drones kamikazes à bas coût qui ont fait la fortune tactique des forces ukrainiennes depuis 2022. La composition du parc drones embarqué peut par ailleurs être totalement reconfigurée selon la mission : ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance, renseignement-surveillance-reconnaissance), guerre électronique, lutte anti-sous-marine, escorte, protection anti-drones.
Cette architecture explique l’autre grande affirmation de Naval Group : « ce bâtiment, au centre d’une Task Force, est un nœud de connectivité avec les moyens qui l’entourent », résume Aymeric de Torcy, responsable marketing drones et cyber chez Naval Group. Le SCX-26 n’est pas un destroyer isolé, c’est le cœur d’une flotte hybride qui marie bâtiments habités, drones de surface armés (type Seaquest M dévoilé par ailleurs à Euronaval par le même Naval Group), drones sous-marins autonomes et appareils aériens habités et non habités.
Capteurs et guerre électronique : la détection des menaces balistiques et hypersoniques
Pour voir avant d’être vu, le SCX-26 embarque une suite capteurs qui mélange des systèmes déjà matures et des technologies plus prospectives. On retrouve le radar multifonction Sea Fire à antenne active (AESA, Active Electronically Scanned Array) de Thales, hérité des FDI, à qui s’ajoute un radar UHF (Ultra High Frequency, ultra-haute fréquence) longue portée dédié à la détection des menaces balistiques et hypersoniques. L’anti-sous-marin est couvert par un sonar de coque et un sonar remorqué, complété par les capteurs portés par les drones sous-marins embarqués dans la mission bay. Enfin, la suite de guerre électronique est présentée comme « innovante » par Naval Group, sans plus de précision à ce stade.
Un message envoyé à la Loi de programmation militaire qui va porter la Marine à 18 navires
Si Naval Group présente le SCX-26 maintenant, et avec ce luxe de détails, ce n’est pas un hasard. La prochaine Loi de programmation militaire, actuellement en préparation, devrait porter le format de la Marine nationale à 18 navires de premier rang, contre 15 aujourd’hui. Le débat parlementaire et interne au ministère porte précisément sur la nature de ces trois bâtiments supplémentaires : s’agit-il de trois FDI de plus (environ 4 500 tonnes) sur le modèle de celles déjà livrées, ou faut-il viser plus haut, plus grand, plus armé ?
Le SCX-26 est, en creux, la réponse industrielle de Naval Group à cette seconde option. Même s’il n’est pas « destiné en l’état à être construit », il dessine la direction qu’un éventuel programme de destroyer français post-FDI pourrait prendre : plus lourd, porte-drones, saturé d’armes à énergie dirigée et de missiles longue portée, pensé pour le combat de haute intensité contre des adversaires de niveau pair. Un programme qui, de la même manière que France Libre pour le porte-avions ou la classe Suffren pour les SNA (sous-marins nucléaires d’attaque), s’inscrirait à l’horizon 2040.
Dans l’immédiat, le SCX-26 reste sur la planche à dessin. Naval Group précise qu’il combine des technologies éprouvées et des solutions censées être matures dans « les prochaines années », et qu’il a vocation à évoluer. « Il faut avoir un coup d’avance », résume Aymeric de Torcy. Pour un salon qui a choisi pour thème « Vers la haute intensité », difficile de trouver meilleure illustration !
Sources principales :
- Vincent Groizeleau, Mer et Marine, Naval Group dévoile un concept de destroyer lourd porte-drones (3 novembre 2026)
https://www.meretmarine.com/fr/defense/naval-group-devoile-un-concept-de-destroyer-lourd-porte-drones
Description technique détaillée du SCX-26 par le média de référence sur le naval français : dimensions, armement, capteurs, mission bay, propulsion, citations officielles de Naval Group. - Laurent Lagneau, Opex360 / Zone Militaire, Naval Group dévoile le concept d’un navire doté de plus de 100 missiles et d’un canon électromagnétique (3 novembre 2026)
Contexte politique et budgétaire du concept, lien avec la prochaine LPM et le format cible à 18 navires de premier rang pour la Marine nationale. - Naval Group, communication officielle Euronaval 2026 (3 novembre 2026)
https://www.naval-group.com/fr/actualites/scx-26-notre-concept-ship-face-au-combat-de-haute-intensite-et-hybride
Annonce officielle du concept SCX-26 par le constructeur.

