Le F-35 américain n’avait vraiment pas besoin de cette polémique supplémentaire avec une pièce stratégique qui a disparu lors de son transfert depuis l’Australie

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

F-35C de l'US Navy à bord du superporte-avions USS Carl Vinson (Source : US Navy)
F-35C de l'US Navy à bord du superporte-avions USS Carl Vinson (Source : US Navy)

Une verrière de F-35 partie d’Australie pour une réparation de routine s’est volatilisée à Hong Kong, aux portes de la Chine, emportant avec elle un fragment de la furtivité la plus surveillée de l’aviation occidentale…

L’information, révélée par le média américain Politico, a de quoi faire grincer des dents au Pentagone. Un lot de composants du F-35 Lightning II, expédié depuis l’Australie vers les États-Unis pour y être remis en état, a été détourné en plein transit au-dessus du Pacifique et s’est retrouvé à Hong Kong, avant de disparaître.

Le Pentagone a confirmé l’incident, le bureau chargé du programme assure tout faire pour récupérer le matériel, et le Congrès reçoit des explications à huis clos depuis le mois de juin. Au cœur des inquiétudes, l’une des pièces égarées : une verrière de cockpit.

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À première vue, une verrière de cockpit n’a rien d’un trésor : c’est le grand carénage transparent qui coiffe le pilote.

Celle du F-35 cache pourtant un secret. Sa surface est recouverte d’une fine pellicule de matériau absorbant les ondes radar, c’est l’un des ingrédients qui rendent l’appareil difficile à détecter, faisant de lui l’un des premiers avions de chasse de génération 5 (dont la furtivité est justement le sujet central).

Ce revêtement se dégrade avec le temps, ce qui oblige à réparer ou remplacer la pièce régulièrement. Or l’Australie, qui entretient pourtant ses propres chasseurs, ne possède aucun atelier capable de remettre une verrière en état. D’où ce voyage vers les États-Unis, interrompu en cours de route.

La gravité réelle de la perte, elle, appelle à la nuance. Une verrière isolée ne livre pas la recette de la furtivité, qui repose sur la forme de l’appareil, ses multiples revêtements, sa guerre électronique et les tactiques employées, le tout fonctionnant ensemble. Disposer d’une pièce bien réelle permet en revanche à un adversaire de vérifier et d’affiner des renseignements déjà glanés par d’autres moyens. Le lieu de destination n’a rien d’anodin non plus : Hong Kong est une région administrative spéciale passée sous le contrôle politique de plus en plus direct de Pékin.

À ce jour, rien ne prouve publiquement que les autorités chinoises aient mis la main sur le matériel, ni même que quelqu’un l’ait intercepté volontairement mais ça reste peu glorieux.

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Personne ne contrôle vraiment la chaîne

L’incident, s’il n’aura probablement peu de conséquence, est en revanche assez symptomatique du programme F-35. Les nations partenaires (États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Danemark, Norvège, Pologne et d’autres) puisent dans un réservoir mondial de pièces détachées, stockées un peu partout sur la planète. Ces composants restent la propriété du Pentagone jusqu’à leur montage sur un avion. Leur suivi, en revanche, échappe largement au ministère : ce sont Lockheed Martin et ses sous-traitants privés qui orchestrent le transport et les mouvements, en s’appuyant sur des transporteurs commerciaux.

Cette organisation tentaculaire a un angle mort. Le département de la Défense ne dispose pas d’un système capable de suivre en temps réel son propre inventaire, une lacune pointée de longue date. Un audit fédéral de 2023 avait ainsi calculé que, depuis 2018, plus d’un million de pièces détachées du F-35 s’étaient évaporées, pour une valeur supérieure à 85 millions de dollars (environ 72 millions d’euros), sans que le Pentagone puisse toujours le vérifier, faute d’accès aux données de ses propres contractants. Dans l’affaire de Hong Kong, nul ne sait encore si le détournement relève de la simple erreur de manutention ou d’un acte délibéré.

Cette zone d’ombre, à elle seule, résume la fragilité d’un système où le maillon humain et commercial pèse autant que la technologie.

Un F-35C Lightning II des « Sidewinders » de l'escadron de chasseurs d'attaque (VFA) 86 effectue un toucher-décollage sur le pont d'envol du porte-avions USS Nimitz (CVN 68) dans l'océan Pacifique, le 26 juillet 2024 (Source : Wikicommons)
Un F-35C Lightning II des « Sidewinders » de l’escadron de chasseurs d’attaque (VFA) 86 effectue un toucher-décollage sur le pont d’envol du porte-avions USS Nimitz (CVN 68) dans l’océan Pacifique, le 26 juillet 2024 (Source : Wikicommons)

Un incident de trop pour un avion à bout de souffle

L’affaire tombe au plus mauvais moment pour le F-35. Dans un rapport publié en juin 2026, la Cour des comptes américaine (GAO) dresse un état des lieux préoccupant de la disponibilité de l’appareil. Entre les exercices 2021 et 2025, la part du temps où l’avion peut remplir au moins une de ses missions est tombée de 67 % à 44 %. Sa pleine capacité opérationnelle, celle qui lui permet d’assurer toutes ses missions, a fondu d’un tiers pour ne plus concerner qu’un chasseur sur quatre.

Indicateur de disponibilité Exercice 2021 Exercice 2025 Objectif 2030
Peut remplir au moins une mission (mission capable) 67 % 44 % 80 %
Peut remplir toutes ses missions (full mission capable) 38 % 25 % 65 %

Pour redresser la barre, le bureau de programme a lancé une remise à plat complète de son soutien logistique. La facture est salée : 13,7 milliards de dollars supplémentaires (environ 11,6 milliards d’euros) d’ici 2031, avec l’ambition de remonter à 80 % de disponibilité en 2030. La GAO doute ouvertement du résultat, d’autant que les centaines de millions de dollars de primes déjà versées à Lockheed depuis 2020 pour doper la disponibilité n’ont, de son propre constat, rien changé.

Sur ce terrain déjà miné, la disparition d’une verrière à Hong Kong ajoute une dimension de sécurité à un dossier qui n’était jusque-là qu’industriel et budgétaire.

Sources :

  • The Jerusalem Post Classified F-35 aircraft components disappear after diverted to Hong Kong from Australia (septembre 2026)
    https://www.jpost.com/international/article-909110
    Détail du détournement, nature de la verrière furtive, pool mondial de pièces et audit de 2023 sur les composants disparus.
  • FreightWaves Federal probe into diversion of F-35 parts to Hong Kong (septembre 2026)
    https://www.freightwaves.com/news/federal-probe-into-diversion-of-f-35-parts-to-hong-kong
    Enquête du Pentagone et du Congrès, rôle de l’intermédiaire de Lockheed Martin et incertitude sur la cause du détournement.
  • Defence Industry Europe U.S. lawmakers investigate F-35 parts, including stealth canopy, diverted to Hong Kong (septembre 2026)

    U.S. lawmakers investigate F-35 parts, including stealth canopy, diverted to Hong Kong during shipment from Australia to United States


    Sensibilité de la verrière, statut de Hong Kong et préoccupations du Congrès sur un possible accès chinois.

  • U.S. Government Accountability Office F-35 Sustainment: Actions Needed to Ensure Updated Strategy Improves Persistent Readiness Challenges (GAO-26-108113) (11 juin 2026)
    https://www.gao.gov/products/gao-26-108113
    Chute des taux de disponibilité entre 2021 et 2025 et coût de 13,7 milliards de dollars de la nouvelle stratégie de soutien.

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