Deux bateaux d’assaut suédois viennent de traverser l’Atlantique pour être testés par l’armée canadienne, nouvel épisode d’un rapprochement spectaculaire entre Ottawa et Stockholm.
Le 16 septembre, la marine suédoise a confirmé le prêt de deux vedettes de combat CB90 aux forces armées canadiennes. Des équipages canadiens se sont entraînés tout l’été aux côtés des amphibies suédois, avant que les bateaux ne soient expédiés de l’autre côté de l’Atlantique. L’affaire paraît modeste. Elle s’ajoute pourtant à une série de décisions qui éloignent un peu plus le Canada de son fournisseur américain historique.
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Des avions radar aux avions de chasse
Il faut replacer ce prêt dans son contexte. Fin mai, le Premier ministre Mark Carney a retenu Saab pour fournir à son pays six avions de surveillance GlobalEye, un contrat estimé à plus de 3 milliards d’euros et encore en négociation. Le chef du gouvernement a d’ailleurs résumé sa ligne en une phrase sans ambiguïté. « Nous ne devrions plus envoyer les trois quarts de nos dépenses d’équipement militaire en Amérique. » Sur fond de tensions commerciales avec l’administration Trump, Ottawa réexamine aussi depuis mars 2025 sa commande de 88 F-35, dont seuls 16 ont été payés. En face, Saab propose une quarantaine de Gripen assemblés sur place.
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Un taxi des mers pour dix-huit soldats
Le CB90, que les Suédois appellent Stridsbåt 90, n’a rien d’un navire de guerre classique. Sa coque en aluminium de 15,9 m transporte dix-huit soldats équipés, en plus de ses trois membres d’équipage. Pas d’hélices, mais deux hydrojets, et un tirant d’eau qui ne dépasse pas 80 cm. De quoi s’aventurer là où les navires ordinaires s’échoueraient. Arrivé au rivage, il abaisse une rampe à l’avant et les fantassins sautent directement sur la plage. Le tout après avoir filé à près de 74 km/h, une vitesse taillée pour les archipels scandinaves.

Ce que les Canadiens vont chronométrer
Les deux bateaux ne sont pas là pour faire de la figuration. Les militaires canadiens vont éplucher leurs performances en conditions réelles, avec une liste de mesures très concrète.
- la vitesse de transit et la consommation de carburant
- l’accès aux eaux peu profondes
- la navigation en formation
- les procédures de débarquement et le temps d’embarquement des troupes
Avec deux coques, l’armée peut déjà déplacer 36 soldats par rotation. Toute la question est de savoir si ce type d’engin comble le trou capacitaire entre les petits canots pneumatiques et les grands navires de la marine.
Une version musclée pour les plus exigeants
Le CB90 existe en plusieurs déclinaisons. La plus récente, baptisée HSM, est celle que les partisans d’un achat canadien mettent en avant. Plus lourde de quatre tonnes, elle grimpe pourtant à 83 km/h grâce à ses 1 800 chevaux. Elle reçoit une tourelle téléopérée avec caméra thermique et télémètre laser, ainsi qu’un système de gestion du combat qui partage les informations entre bateaux. Son autonomie atteint 556 km à 70 km/h par mer calme.
| Caractéristique | Version H | Version HSM |
|---|---|---|
| Longueur | 15,9 m | 16,3 m |
| Tirant d’eau | 0,8 m | 0,9 m |
| Masse maximale | 20,5 t | 24,5 t |
| Puissance | 1 250 à 1 400 ch | 1 800 ch |
| Vitesse maximale | 72 à 74 km/h | 83 km/h |
| Équipage | 3 | 4 |
Une idée qui traîne depuis 2022
Le sujet n’est pas neuf au Canada. En 2022, un ancien capitaine de la réserve de l’armée canadienne plaidait déjà dans la Canadian Naval Review pour l’achat de vingt CB90 HSM, pour environ 52 millions d’euros aux prix de l’époque. Il s’agissait d’une tribune, pas d’un plan officiel. Son idée reste parlante. Sept bateaux, acheminés par camion ou par train vers une côte menacée, formeraient une force de réaction rapide capable de déplacer un bataillon d’infanterie légère de 306 soldats. Une réponse taillée pour les distances de ce pays-continent.
Paris a pris de l’avance
Les Canadiens ne sont pas les seuls à lorgner sur ces vedettes. Depuis l’été 2025, la Marine nationale évalue trois CB90 prêtés par Stockholm, un à Toulon et deux à Brest, confiés pour dix-huit mois au bataillon de fusiliers marins Amyot d’Inville. En mai, au lendemain de l’annonce par la Suède de l’achat de quatre frégates françaises à Naval Group, la lettre confidentielle La Lettre révélait que Paris préparait une commande d’au moins dix CB90. Le modèle serait choisi, le contrat attend encore sa signature. Difficile de ne pas y voir un renvoi d’ascenseur.
Un vétéran qui refuse la retraite
Le CB90 n’a rien d’une nouveauté. Le chantier suédois Dockstavarvet a remporté l’appel d’offres en 1988, et la marine suédoise en a commandé 120 dès 1990. Depuis, la Norvège, le Mexique, la Malaisie ou encore la Pologne l’ont adopté, et la marine américaine l’a testé. Stockholm en a encore recommandé 22 en 2025, pour environ 81 millions d’euros. La famille se décline aujourd’hui en bateau de commandement, en version protégée et même en drone sans équipage, baptisé Enforcer 3. Côté canadien, rien n’est signé. Les deux coques prêtées doivent d’abord fournir les données qui diront si le jeu en vaut la chandelle.
Sources :
- Marine suédoise, annonce du prêt au Canada, 16 septembre 2026
- Gouvernement du Canada, annonce du fournisseur privilégié pour l’avion de détection aérienne, 27 mai 2026
- Canadian Naval Review, « CB-90 for Canada », octobre 2022
- Mer et Marine et La Lettre, 2025-2026
- Saab, fiches techniques CB90 et commande de la marine suédoise, juillet 2025