La Corée du Sud vient de dévoiler l’œil et le cerveau de son futur destroyer.
Fin septembre 2026, Séoul a présenté pour la première fois le design du mât intégré, ou I-MAST, qui équipera son destroyer de nouvelle génération, le KDDX. Conçu par Hanwha Systems, retenu à la mi-septembre pour le système de combat et le radar du programme, ce mât est la pièce maîtresse d’un navire sur lequel Séoul mise beaucoup.
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Un mât intégré coréen qui condense dans une seule structure furtive tout ce qu’un navire de guerre doit voir et entendre
Sur un bâtiment de guerre classique, radars, antennes et capteurs sont dispersés un peu partout sur la superstructure, formant une forêt de protubérances qui trahit le navire aux radars ennemis. Le mât intégré prend le contre-pied de cette logique : il rassemble tout dans une seule structure fermée, aux faces planes et inclinées. Celui du KDDX loge un radar à balayage électronique bibande, mariant deux fréquences. La bande S assure la veille aérienne à longue portée et la détection des missiles balistiques ; la bande X gère la défense antiaérienne rapprochée et les cibles de surface. S’y ajoutent des capteurs infrarouges de veille et de poursuite ainsi que l’identification ami-ennemi.
En regroupant les antennes, on réduit le nombre de saillies, donc la surface équivalente radar du navire, et l’on simplifie la gestion des interférences électromagnétiques. Dans la mer Jaune ou la mer de l’Est, où un missile de croisière volant au ras des flots ne laisse que quelques secondes de préavis, cette capacité à voir vite et loin, sans se faire repérer, peut faire toute la différence. Le mât est, littéralement, le cerveau et les yeux du KDDX.

Le premier destroyer coréen vraiment national
Le KDDX est conçu pour être le premier destroyer sud-coréen entièrement national : coque dessinée localement, système de combat coréen, radar coréen, missiles coréens. Fini, ou presque, la dépendance aux technologies étrangères qui caractérisait les précédentes générations. C’est Hanwha Ocean qui a décroché, le 11 juin 2026, le contrat du navire tête de série, coiffant son rival HD Hyundai Heavy Industries pour une poignée de points au terme d’une évaluation serrée.
Le programme prévoit six destroyers d’environ 6 000 à 7 100 tonnes, pour une enveloppe de 7,8 billions de wons, soit près de 4,8 milliards d’euros, avec une livraison du premier bâtiment attendue vers 2032. Un seul élément d’importance échappe à la Corée : les turbines à gaz, des GE LM2500+G4 américaines, fabriquées toutefois sous licence sur place et intégrées à une propulsion tout-électrique, elle, bien coréenne. Pour le reste, du lanceur vertical aux missiles, le navire est une vitrine de l’autonomie industrielle de Séoul.
| Caractéristique | Destroyer KDDX |
|---|---|
| Type | Destroyer lance-missiles de nouvelle génération |
| Constructeur (tête de série) | Hanwha Ocean (Corée du Sud) |
| Nombre prévu | 6 |
| Déplacement | Environ 6 000 à 7 100 tonnes |
| Longueur | 155 mètres |
| Largeur | Environ 18,8 mètres |
| Propulsion | Tout-électrique intégrée (IEPS), 2 turbines à gaz GE LM2500+G4 |
| Radar et capteurs | Mât intégré (I-MAST) avec radar AESA bibande S/X, IRST et IFF (Hanwha Systems) |
| Système de combat | Système de combat national coréen |
| Lancement vertical | KVLS-I et KVLS-II (verticaux coréens) |
| Armement principal | Missiles antiaériens K-SAAM et KSAM-II, missiles de croisière Hyunmoo, missiles antinavires SSM-700K |
| Lutte anti-sous-marine | Sonar de coque, sonar remorqué, hélicoptère embarqué |
| Budget | Environ 7,8 billions de wons (~4,8 milliards d’euros) pour 6 navires |
| Livraison tête de série | Vers 2030-2032 |
Un « mini-Aegis » pour peser dans l’Indo-Pacifique
Les observateurs ont vite trouvé le surnom du KDDX : le « mini-Aegis » coréen. La comparaison tient à sa vocation, offrir une défense antiaérienne et antimissile de haut niveau, mais avec une différence de taille : là où les grands destroyers coréens de classe Sejong s’appuient sur le système américain Aegis, le KDDX repose sur un système de combat et un radar entièrement conçus en Corée. Plus compact et moins coûteux, il viendra épauler ces navires Aegis et remplacer les vieux destroyers de classe KDX-I, sans monopoliser les précieux bâtiments de défense antimissile du haut du spectre.
Face aux missiles nord-coréens, à la montée en puissance de la marine chinoise et aux tensions régionales, Séoul veut une flotte plus nombreuse et surtout affranchie de toute tutelle technologique. Un destroyer furtif, dessiné, armé et « équipé de ses yeux » à la maison, devient aussi un formidable argument commercial, à l’heure où la Corée du Sud s’impose comme l’un des exportateurs d’armement les plus dynamiques de la planète.
Du chasseur au destroyer : la Corée bâtit sa filière nationale
Le KDDX s’inscrit dans une stratégie que Séoul applique à tous ses domaines d’armement, celle de la souveraineté par la conception nationale. Dans les airs, le pays vient de lancer la production de série de son premier chasseur maison, le KF-21 Boramae de Korea Aerospace Industries, un appareil de génération 4,5 dont le premier exemplaire de série est sorti d’usine en mars 2026, moins de quatre ans après le vol inaugural. Le programme, chiffré autour de 7,6 milliards de dollars (près de 6,5 milliards d’euros), poursuit le même but que le destroyer : mettre fin à la dépendance aux matériels étrangers, tout en gardant la maîtrise des mises à niveau, des emplois et surtout des exportations. Le KF-21 a d’ailleurs décroché sa première vente, seize appareils pour l’Indonésie, longtemps partenaire du programme.
En maîtrisant sa technologie de bout en bout, la Corée du Sud peut la vendre, et elle ne s’en prive pas. Portées par le méga-contrat polonais de 2022 (chars K2, obusiers K9, lance-roquettes Chunmoo et avions FA-50, estimé autour de 44 milliards de dollars), ses prises de commandes à l’export ont franchi la barre des 10 milliards de dollars par an, et le carnet global de ses industriels de défense frôle désormais les 80 milliards d’euros.
Séoul a désormais pour objectif de capter environ 5 % du marché mondial d’ici 2030 et se hisser dans le quatuor de tête des exportateurs d’armement, derrière les seuls États-Unis, la Russie et la France. Un radar bibande, un chasseur furtif, un char ou un obusier : à chaque fois, la même recette d’un pays qui a transformé la menace nord-coréenne en machine industrielle.
Sources principales :
- Naval News South Korea’s KDDX Enters Detailed Design and Lead Ship Construction Phase (août 2026)
https://www.navalnews.com/naval-news/2026/08/south-koreas-kddx-enters-detailed-design-and-lead-ship-construction-phase/
Contrat de conception détaillée avec Hanwha Ocean, mât intégré, radar bibande et propulsion électrique intégrée. - Naval News ROK Navy Selects GE Aerospace to Power New KDDX Destroyer (septembre 2026)
https://www.navalnews.com/naval-news/2026/09/rok-navy-selects-ge-aerospace-to-power-new-kddx-destroyer
Choix des turbines à gaz GE LM2500+G4 et configuration de propulsion tout-électrique. - Interarmées Pourquoi l’industrie de défense sud-coréenne a le vent en poupe (2026)
https://www.interarmees.fr/861–industrie-defense-coree-du-sud-vent-en-poupe.html
Contrat polonais, cap des 10 milliards de dollars d’exportations annuelles et objectif de 5 % du marché mondial. - Army Recognition La Corée du Sud présente le premier KF-21 Boramae de série (mars 2026)
https://www.armyrecognition.com/
Lancement de la production du KF-21, budget du programme et première exportation vers l’Indonésie.
