Cette frégate australienne bardée de technologies a une « maladie » bien anglosaxonne : elle prend du poids au fur et à mesure de son développement

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Cette frégate australienne bardée de technologies a une « maladie » bien anglosaxonne : elle prend du poids au fur et à mesure de son développement

La quille de la première frégate de classe Hunter vient d’être posée, mais le programme, lui, traîne déjà une réputation de navire à problèmes.

Le 24 août 2026, au chantier naval d’Osborne, en Australie-Méridionale, l’industriel BAE Systems Maritime Australia a posé la quille de la première frégate de classe Hunter. Un moment de tradition, ponctué par la pièce de monnaie glissée sous la quille pour porter chance au navire, et un jalon industriel majeur pour la marine australienne… mais qui pose aussi pas mal de questions dans l’autre hémisphère.

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La conception de la classe Hunter part du Type 26 britannique, la frégate anti-sous-marine dessinée par BAE Systems, devenue une véritable famille de navires puisqu’elle équipe aussi les marines du Royaume-Uni et du Canada. L’Australie l’a adaptée à ses besoins, en y greffant des technologies venues de plusieurs pays.

Le radar à réseau actif CEAFAR2, œil électronique du navire, est de conception australienne, signé CEA Technologies, une vraie fierté nationale. Le système de combat, ce cerveau qui coordonne capteurs et armes, est l’Aegis américain, relié au reste par une interface développée par le suédois Saab.

Pour sa mission première, la traque des sous-marins, le Hunter compte sur son oreille : le sonar à profondeur variable CAPTAS-4, aussi appelé Sonar 2087, fabriqué par le français Thales. Une référence mondiale, déjà en service sur les frégates britanniques et les FREMM françaises, capable de détecter un sous-marin à très longue distance en immergeant ses antennes sous la couche d’eau où se cachent les proies.

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Chasser le sous-marin, une priorité retrouvée

Car c’est bien la lutte anti-sous-marine qui justifie tout le programme. Longtemps reléguée au second plan après la guerre froide, cette discipline redevient cruciale dans le Pacifique. La raison tient en un mot : la Chine. Nous l’avons souvent écrit, Pékin aligne désormais la première marine du monde en nombre de coques (plus de 370 d’après des estimations récentes), et sa flotte sous-marine grossit à vue d’œil, avec des bâtiments toujours plus silencieux et plus lointains.

Pour une nation insulaire comme l’Australie, dont la prospérité dépend entièrement de ses voies maritimes, savoir détecter et neutraliser une menace sous-marine est vital. Le Hunter est pensé pour cela : opérer dans des environnements à haute intensité, aux côtés des marines alliées et partenaires de la région. Le chantier d’Osborne, qui a déjà construit les sous-marins Collins et les destroyers Hobart, accueillera d’ailleurs plus tard les futurs sous-marins à propulsion nucléaire du partenariat AUKUS. L’Australie mise gros sur sa base industrielle navale.

Caractéristique Frégate de classe Hunter
Type Frégate lourde anti-sous-marine
Base de conception Type 26 britannique (BAE Systems)
Déplacement environ 8 200 t (lège), débat sur la charge pleine
Longueur / largeur 151,4 m / 21,4 m
Propulsion CODLOG : 1 turbine à gaz Rolls-Royce MT30, 4 diesels, 2 moteurs électriques
Vitesse / rayon d’action plus de 27 nœuds / environ 13 000 km
Capteurs clés Sonar Thales CAPTAS-4, radar CEAFAR2, système de combat Aegis
Aéronef embarqué Hélicoptère MH-60R Seahawk Romeo
Nombre prévu 6 (programme initial : 9)
Entrée en service à partir de 2032

Un navire aussi lourd… que sa facture

Tout parait idyllique, un beau bateau, rempli de technologies et construit en Australie… mais il faut croire que toute cette technologie a un prix.

Dans la presse australienne, le Hunter est en effet désormais qualifié de « frégate à problèmes ». Trois griefs reviennent :

  • Le premier tient au nombre : le programme prévoyait initialement neuf navires. La revue de la flotte de surface de 2024 l’a ramené à six, dont trois seulement sont fermement commandés à ce jour. L’ambition a fondu d’un tiers (trop peu quand on veut disputer l’Océanie à la Chine).
  • Le deuxième concerne l’argent, le nerf de la guerre. La facture atteint environ 40 milliards de dollars australiens, soit près de 23 milliards d’euros, pour six frégates, là où le projet d’origine visait 35 milliards pour neuf. Autrement dit, chaque navire coûte désormais bien plus cher, pour une flotte réduite. Un grand classique des programmes d’armement, mais qui passe mal.
  • Le troisième grief est plus technique, et peut-être le plus gênant. À force d’empiler le lourd système Aegis et le radar australien sur une coque prévue pour autre chose, le Hunter a pris énormément de poids. Là où le Type 26 britannique tourne autour de 6 900 tonnes à vide, le Hunter dépasse 8 200 tonnes, et des rapports de presse non confirmés évoquent jusqu’à 10 500 tonnes à pleine charge. Or l’engin conserve la même propulsion que son cousin britannique. Un expert australien, Marcus Hellyer, en tire une conclusion cinglante : il serait « impossible » d’obtenir de ce navire alourdi les mêmes portée, vitesse et endurance. Le ministre de l’Industrie de défense, Pat Conroy, balaie ces critiques et défend un bâtiment « plus capable et plus meurtrier ».

Un « mal » anglosaxon : partir d’un modèle et l’alourdir à l’excès

Ce travers, on l’a déjà vu plusieurs fois sur ce site et il semble particulièrement être présent dans les programmes anglosaxons. Le plus mythique d’entre eux est la frégate américaine Constellation, qui elle aussi dérivée d’un design éprouvé, avait pris près de 760 tonnes en trop, au point de saborder ses marges d’évolution. Résultat : le programme a fini par être purement abandonné fin 2025, après 9 milliards de dollars engloutis sans une seule coque opérationnelle.

Le Hunter, plus lourd que le Type 26 dont il dérive tout en gardant la même propulsion, semble marcher sur cette même ligne de crête. Greffer un système de combat lourd sur une coque conçue pour autre chose se paie toujours, tôt ou tard.

Naval Group envisage même de passer à une cadence de trois FDI produites par an.
Naval Group envisage même de passer à une cadence de trois FDI produites par an.

À l’inverse, le contre-exemple existe… et il est français avec la FDI. Grâce à un plan suivi sans accroc depuis le début et à une méthode de production modulaire pensée pour comprimer les délais (blocs pré-assemblés, soudure automatisée, chantiers menés en parallèle), Naval Group a porté sa cadence à deux frégates FDI par an, là où les chantiers anglo-saxons s’enlisent. Preuve qu’il reste possible, en Occident, de concilier haute technologie et tenue des délais, à condition de figer la conception avant de découper l’acier, précisément là où le Hunter et le Constellation ont trébuché.

Le Hunter sera à coup sûr une frégate anti-sous-marine redoutable, bardée de capteurs parmi les meilleurs au monde mais il illustre aussi la difficulté récurrente à greffer des systèmes lourds sur un design existant sans en payer le prix, en tonnes comme en milliards.

Sources principales :

  • Naval News Australia Lays Keel for First Hunter-class Anti-Submarine Frigate (24 août 2026)
    https://www.navalnews.com/naval-news/2026/08/australia-lays-keel-first-hunter-class-frigate/
    Détail de la cérémonie, de la suite de capteurs anti-sous-marins et des retombées industrielles.
  • Navy Lookout Australia lays keel of first Hunter-class frigate amid concerns over weight (24 août 2026)

    Australia lays keel of first Hunter-class frigate amid concerns over weight


    Analyse de l’évolution du design par rapport au Type 26 et de la question du surpoids.

  • Ministère australien de la Défense Hunter Class Frigate
    https://www.defence.gov.au/defence-activities/projects/hunter-class-frigate
    Description officielle du programme, des modifications australiennes et des fournisseurs impliqués.
  • The Canberra Times (AAP) Troubled frigate build under way after landmark service (24 août 2026)
    https://www.canberratimes.com.au/story/9336545/troubled-frigate-build-under-way-after-landmark-service/
    Critiques sur le poids et la propulsion, et réponse du ministre Pat Conroy.

Image de mise en avant : représentation 3d de la classe Hunter – crédit : BAE System.

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