Il n’y aura finalement qu’un seul avionneur américain avec un monopole absolu pour construire les avions de sixième génération des États-Unis : Boeing

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• Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Il n'y aura finalement qu'un seul avionneur américain avec un monopole absolu pour construire les avions de sixième génération des États-Unis : Boeing
Représentation 3D du futur F/A-XX sur la base de dessins d'étude de Boeing - crédit : Forum-Militaire.fr

En choisissant Boeing pour construire le futur chasseur embarqué de sa marine, le Pentagone offre à l’avionneur américain le monopole absolu sur les chasseurs de sixième génération des États-Unis.

Le 29 septembre 2026, l’US Navy a désigné Boeing comme maître d’œuvre de son futur chasseur embarqué, le F/A-XX, au terme d’une compétition l’opposant à Northrop Grumman. Le contrat de développement, dévoilé par Breaking Defense puis confirmé par le Pentagone, dépasse les 20 milliards de dollars (près de 17 milliards d’euros).

L’appareil doit théoriquement voler « au début des années 2030 » et remplacera à terme les F/A-18 Super Hornet et les avions de guerre électronique EA-18G Growler qui arment les porte-avions américains.

Mine de rien, c’est un séisme industriel qui vient couronner un retour spectaculaire pour l’avionneur américain.

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Et à la fin ,c’est Boeing qui rafle tout !

En mars 2025, Boeing avait déjà décroché le F-47, le chasseur de sixième génération de l’US Air Force destiné à succéder au F-22 Raptor, pour un contrat de développement lui aussi chiffré autour de 20 milliards de dollars, avec 185 appareils prévus et un premier vol visé pour 2028.

Dix-huit mois plus tard, l’avionneur rafle donc le second grand chasseur américain, celui de la marine, coiffant Northrop Grumman après avoir éliminé Lockheed Martin dès le premier tour. Boeing détient donc désormais, seul, le futur de la chasse américaine de sixième génération !

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Un  retour des enfers

Pour comprendre le retournement de situation, il faut se souvenir d’où revient le groupe.

Début 2025, sa branche chasseurs était menacée d’extinction, avec la fin de la production du F/A-18 et un F-15EX en bout de course. Le retentissant échec commercial de la version passagers du 737 MAX, les déboires du programme spatial Starliner et une réputation industrielle en berne pesaient lourd.

Pour le patron de la défense Boeing, Steve Parker : « Livrer deux chasseurs de pointe en parallèle a toujours été notre plan. » L’avionneur a d’ailleurs investi 1,8 milliard de dollars dans une nouvelle usine à Saint-Louis. Pour Lockheed Martin, historiquement dominant avec le F-22 et le F-35, comme pour Northrop Grumman qui compte sur son B-21 Raider, la double éviction est un revers dont il faudra du temps pour se remettre.

F-47 et F/A-XX : deux avions, deux missions

Contrairement à la logique du F-35, où un même appareil sert Air Force, Navy et Marines, la marine américaine a explicitement refusé de partager sa cellule avec l’armée de l’air. F-47 et F/A-XX seront donc bien deux avions distincts.

Rendu graphique du F-47 dévoilé le 21 mars 2025 - crédit : Boeing
Rendu graphique du F-47 dévoilé le 21 mars 2025 – crédit : Boeing

Le premier est un chasseur de supériorité aérienne à longue portée, taillé pour percer les défenses adverses depuis des bases terrestres, avec un rayon d’action de plus de 1 000 milles nautiques (1 850 km), soit 25 % de rayon d’action de plus que le F-35C .

Le second devra opérer depuis un porte-avions, ce qui impose des contraintes très différentes : train d’atterrissage renforcé, crosse d’appontage, capacité à encaisser les catapultages, autonomie accrue pour agir loin de son bâtiment porteur.

Les deux partagent, en revanche, une même génération technologique : furtivité poussée, fusion de capteurs, intelligence artificielle embarquée et surtout capacité à commander une meute de drones ailiers autonomes, les fameux Collaborative Combat Aircraft.

Pendant ce temps, en Europe…

Pour être gentil, on va dire que la situation est moins claire sur le  Vieux Continent.

Le programme franco-germano-espagnol SCAF, censé accoucher d’un chasseur européen de sixième génération à l’horizon 2040, a été officiellement enterré le 8 juin 2026 par Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz, après des mois de blocage entre Dassault Aviation et Airbus sur la maîtrise d’œuvre. Berlin serait tenté de rejoindre le programme concurrent britannico-italo-japonais, le GCAP.

Paris, de son côté, étudie la piste d’un chasseur mené en propre, avec des rapprochements évoqués côté Inde ou Suède, sans que rien ne soit engagé. La Chine, de son côté, a dévoilé plusieurs prototypes de sixième génération, le J-36 et le J-50, dont le degré de maturité reste difficile à évaluer :

Programme Pays / partenaires Maître d’œuvre Statut
F-47 (NGAD) États-Unis (Air Force) Boeing Contrat mars 2025, ~20 Md$ ; premier vol visé 2028, 185 appareils
F/A-XX États-Unis (Navy) Boeing Contrat septembre 2026, plus de 20 Md$ ; premier vol au début des années 2030
GCAP (Tempest) Royaume-Uni, Italie, Japon BAE Systems, Leonardo, MHI En développement, entrée en service visée 2035
SCAF (NGF) France, Allemagne, Espagne Dassault (initial), Airbus Chasseur commun abandonné le 8 juin 2026 ; France en réflexion
J-36 / J-50 Chine Chengdu / Shenyang Prototypes dévoilés en 2024-2025, maturité à confirmer
MiG-41 Russie Mikoyan (RSK MiG) Concept annoncé, développement à l’arrêt de facto

Monopole : une bénédiction ou un risque ?

La double victoire de Boeing n’est pas qu’une bonne nouvelle pour Washington. Concentrer sur un seul industriel deux programmes chiffrés à des centaines de milliards de dollars, alors que le groupe traverse une décennie difficile, revient à mettre beaucoup d’œufs dans un panier fragile. Un dérapage sur l’un ou l’autre programme pèserait immédiatement sur le rythme de renouvellement de toute la chasse américaine. À l’inverse, mutualiser les technologies entre F-47 et F/A-XX peut, en bonne logique, réduire les coûts et accélérer la mise au point.

Reste que, encore une fois, pendant que les États-Unis avancent en parallèle sur deux avions, un pour l’armée de l’air, un pour la marine, le Vieux Continent regarde son propre projet commun s’effondrer sur des querelles industrielles. La sixième génération se joue désormais entre Washington, Pékin, Londres avec ses partenaires et, probablement (si elle en trouve les moyens) Paris.

Sources principales :

  • Boeing (communiqué de presse) U.S. Navy Selects Boeing for F/A-XX Program (29 septembre 2026)
    https://www.prnewswire.com/news-releases/us-navy-selects-boeing-for-fa-xx-program-302893513.html
    Communiqué officiel de l’industriel, mission de conception et de production, remplacement des F/A-18 Super Hornet.
  • USNI News Boeing Picked to Build Navy’s F/A-XX Carrier Fighter in Estimated $20B Deal (29 septembre 2026)
    https://news.usni.org/2026/09/29/boeing-picked-to-build-navys-f-a-xx-carrier-fighter-in-20b-contract
    Annonce officielle du Pentagone, déclarations du sous-secrétaire à la Défense Michael Duffey et du secrétaire à la Marine par intérim Hung Cao, financement 2026 de 1,7 milliard de dollars.
  • Janes DoD, US Navy award USD20 billion contract to Boeing for F/A-XX programme (29 septembre 2026)
    https://www.janes.com/defence-intelligence-insights/defence-news/air/dod-us-navy-award-usd20-billion-contract-to-boeing-for-fa-xx-programme
    Contenu du contrat de développement, appareils d’essais, interopérabilité avec les Collaborative Combat Aircraft.

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