La marine belge vient de désigner en interne la frégate qui a sa préférence pour renouveler sa flotte, et ce n’est ni celle de son partenaire néerlandais, ni celle que proposent les chantiers français.
L’information a été révélée le 20 septembre par la chaîne publique flamande VRT. Selon une évaluation interne de la marine belge qu’elle a pu consulter, c’est la frégate italienne FREMM EVO, construite par Fincantieri, qui tiendrait la corde pour équiper la Belgique avec trois navires, pour un budget estimé à 3,2 milliards d’euros et une première livraison possible dès 2030.
Rien n’est encore signé, et la décision formelle n’est pas attendue avant l’automne, mais tout indique que le programme commun mené avec les Pays-Bas est en train de sombrer.
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Bruxelles aurait choisi la FREMM pour remplacer ses vieilles frégates de classe Karel Doorman
Un programme commun parti à la dérive
Remontons un peu dans le temps, à la genèse du programme ASWF, ces frégates anti-sous-marines que la Belgique et les Pays-Bas avaient décidé d’acquérir ensemble.
Le projet, piloté par les Néerlandais et confié au chantier Damen associé à Thales Nederland, devait fournir quatre navires (deux par marine) pour remplacer les vieilles frégates de classe Karel Doorman. Sur le papier, c’était l’exemple parfait de la coopération européenne : deux pays qui mutualisent la conception, l’achat et l’entretien de navires identiques.
La réalité a malheureusement viré au cauchemar industriel. Les marges du dessin de coque initial se sont révélées insuffisantes, imposant un navire plus grand, donc plus lourd et plus cher. Les surcoûts cumulés ont dépassé 100 %, le prix unitaire grimpant d’environ 600 millions à plus de 1,3 milliard d’euros, et la facture des deux frégates belges est montée de 1,2 à plus de 2,5 milliards. Côté calendrier, la première livraison a glissé de 2027-2028 à 2033-2034, et à ce jour le dessin définitif du navire n’est même pas encore arrêté…
Excédé, le ministre belge de la Défense Theo Francken a lancé mi-juillet une consultation officielle auprès de chantiers de cinq pays : France, Allemagne, Italie, Espagne et Turquie, en se donnant jusqu’à l’automne pour trancher : rester, ou partir.
L’italien tient la corde
Sur les onze candidats potentiels passés en revue par la marine belge, c’est donc le chantier italien qui se détacherait.
La FREMM EVO n’a rien d’un navire au rabais : 6 700 tonnes, deux hangars (l’un pour un hélicoptère NH-90, l’autre pour des drones navals), 32 cellules de missiles et une vocation affirmée de lutte anti-sous-marine. Un bémol toutefois, relevé par un officier belge : l’Italie laisserait peu de marge pour y intégrer des spécifications proprement belges, rançon d’une solution largement figée.
À cette fiche technique flatteuse s’ajoute un autre facteur non négligeable : la politique.
Le Premier ministre belge Bart De Wever et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni s’entendent bien, et les deux dirigeants ont évoqué cet achat de plusieurs milliards lors d’une visite de De Wever à Rome début septembre. Aucune négociation de prix n’a encore eu lieu, mais dans ce genre de dossier, une bonne entente au sommet donne souvent un coup de pouce.
Si Bruxelles saute le pas, la vieille coopération navale belgo-néerlandaise, scellée dès 1948, en sortira en revanche durablement fragilisée.
Un camouflet pour les chantiers français ?
On pourrait croire à un revers pour la France. Naval Group figure parmi les industriels consultés, et sa frégate de défense et d’intervention (FDI) constitue une candidate naturelle à ce type de besoin.
En l’occurrence le mot « camouflet » est sans doute exagéré. L’année 2025 a été historique pour Naval Group, avec près de 19 milliards d’euros de prises de commandes et un carnet qui frôle désormais les 32 milliards. Entre les FDI françaises et grecques, les quatre nouvelles frégates vendues à la Suède et à livrer à partir de 2030, les sous-marins océaniques dérivés du Barracuda commandés par les Pays-Bas, et le sous-marin nucléaire lanceur d’engins de troisième génération, les chantiers de Lorient et de Cherbourg sont saturés pour toute la décennie.
Son plan de transformation vise certes à passer de deux à trois frégates livrées par an d’ici 2030, mais le besoin de la Belgique est sans doute un peu trop immédiat pour tenter le coup chez un constructeur qui pourrait peiner à suivre la cadence que son succès lui impose.
Que la FREMM italienne l’emporte pourrait donc arranger tout le monde : Fincantieri décroche un contrat, et Naval Group évite de promettre un calendrier qu’il aurait le plus grand mal à tenir.
Rien n’est encore joué pour autant. La Belgique n’a pas encore officiellement quitté le programme ASWF, et une décision de cette ampleur se prend normalement de concert avec La Haye. Le calendrier, lui, se resserre : d’ici l’automne, Bruxelles devra choisir entre la fidélité à un partenaire historique et l’efficacité d’une offre venue du Sud.
Sa décision dira surtout à l’Europe si les grands programmes navals partagés entre ses membres peuvent survivre à leurs propres dérapages, ou si, à la première déconvenue, chacun repart faire ses courses de son côté !
Sources principales :
- VRT NWS Belgische marine mikt op nieuwe Italiaanse gevechtsschepen, is Nederlandse piste gekelderd ? (20 septembre 2026)
https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/09/20/belgische-marine-mikt-op-nieuwe-italiaanse-gevechtsschepen-nede
Évaluation interne de la marine belge favorable à la FREMM EVO, trois frégates dans les 3,2 milliards d’euros, livraison 2030 et contexte politique De Wever-Meloni. - La Libre La Belgique attend toujours ses nouvelles frégates néerlandaises et perd patience : face à l’urgence, une autre piste se dessine (22 septembre 2026)
https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2026/09/22/la-belgique-attend-toujours-ses-nouvelles-fregates-neerlandaises-et-perd-patience-face-a-lurgence-une-autre-piste-se-dessine-SWRU4JAK7BA5JG42AF5KE3DO2M/
Onze candidats examinés, caractéristiques de la FREMM EVO, bémol sur les spécifications belges et calendrier de décision. - Army Recognition Belgium seeks new frigate builders as Dutch ASWF partnership faces soaring costs and seven-year delay (20 juillet 2026)
https://www.armyrecognition.com/news/navy-news/2026/belgium-navy-aswf-frigate-rfi-theo-francken
Lancement de la consultation auprès de cinq pays, envolée des coûts et glissement du calendrier de livraison. - Naval News Belgium Eyes ASWF Alternatives as Damen Timeline and Costs Soar (21 juillet 2026)
https://www.navalnews.com/naval-news/2026/07/belgium-aswf-frigate-alternatives-damen-delays/
Origine de la crise de conception, options industrielles alternatives et place de la FREMM EVO italienne. - Zone Militaire (Opex360) La Belgique va se renseigner auprès de cinq pays, dont la France, pour sauver son programme de nouvelles frégates (20 juillet 2026)
Détail de la démarche belge, place de Naval Group et de la FDI parmi les candidats consultés.
Lien licence image de la fiche technique de la FREMM EVO : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fasan_Virginio_(F_591)[email protected]
