Le Royaume-Uni n’a plus le choix pour sa dissuasion nucléaire et va investir 7 milliards d’euros dans des docks flottants permettant l’entretien de ses sous-marins

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• Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Base navale de Clyde - Faslane - crédit : Royal Navy

La dissuasion nucléaire britannique dépend en partie d’un unique ascenseur à navires mis en service en 1993.

Ce lundi 28 septembre, à la tribune du congrès travailliste de Liverpool, le chancelier de l’Échiquier John Healey a confirmé que les trois docks flottants destinés à l’entretien des sous-marins nucléaires de la Royal Navy seront construits au Royaume-Uni, au terme d’un appel d’offres.

Il y a urgence pour la plus grande rivale de la Marine nationale puisque la base de Faslane, sur la Clyde en Écosse, qui abrite toute la force sous-marine britannique, est engorgée au point de peser sur la disponibilité de la flotte. Le secrétaire à la Défense Wes Streeting y voit un chantier qui modernisera la base « pour des décennies ».

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Le Royaume-Uni prépare un appel d’offres pour trois docks flottants destinés à l’entretien des sous-marins nucléaires de la Royal Navy

À Faslane, il n’existe actuellement qu’un seul moyen de sortir un sous-marin de l’eau afin d’inspecter sa coque, son gouvernail ou son hélice : un « ascenseur à navires », le shiplift, inauguré en 1993 pour 314 millions de livres (environ 360 millions d’euros). Sur cet unique équipement, les SNLE de classe Vanguard, qui portent la dissuasion, passent toujours en premier. Quand l’ascenseur vieillissant est tombé en indisponibilité en 2023 et 2024, il a directement nourri l’énorme retard de maintenance qui paralyse aujourd’hui la flotte sous-marine.

L’autre base, Devonport, dans le sud de l’Angleterre, n’offre aucun répit : ses cales sèches sont saturées, avec le HMS Victorious immobilisé pour plusieurs années et le plus ancien des sous-marins d’attaque, le HMS Astute, en révision depuis l’été 2025. La situation a atteint un tel point qu’à un moment récent, la totalité des sous-marins d’attaque britanniques étaient à quai, aucun à la mer. Une marine qui fait reposer une flotte entière sur un seul point de passage s’expose au pire : il suffit que ce maillon lâche pour que tout se grippe.

Ce navire français surnommé la « reine des quais » est le deuxième plus long de la Marine nationale derrière le Charles de Gaulle : Le Monge

Trois docks flottants pour desserrer l’étau

La réponse porte un nom de code : programme EUSTON, lancé fin 2023. Son principe est de doter Faslane de docks flottants, ces cales mobiles que l’on immerge pour y faire entrer un navire avant de le soulever hors de l’eau. C’est une solution plus rapide et moins coûteuse que de creuser des cales sèches dans la roche. Le plan d’investissement de défense de juin 2026 a fait passer la cible de deux à trois docks. Chacun devra être taillé pour le futur SNLE de classe Dreadnought et ses 17 200 tonnes en plongée, avec une capacité de levage de l’ordre de 18 000 à 20 000 tonnes et une longueur d’au moins 150 mètres.

Aucun montant officiel n’a été dévoilé, mais le Financial Times avance 6 milliards de livres (près de 7 milliards d’euros) pour ces seuls docks, à rapprocher de l’enveloppe de 15,1 milliards de livres (environ 17,4 milliards d’euros) prévue pour l’infrastructure de Faslane sur dix ans. Ces docks devront accueillir tour à tour l’ensemble de la flotte, d’aujourd’hui à demain, comme le résume le tableau ci-dessous.

Vue de l'avant bâbord du sous-marin nucléaire lanceur d'engins britannique HMS Vanguard (SSBN-28) - crédit : OS2 JOHN BOUVIA
Vue de l’avant bâbord du sous-marin nucléaire lanceur d’engins britannique HMS Vanguard (SSBN-28) – crédit : OS2 JOHN BOUVIA
Classe Type Déplacement en plongée Statut
Vanguard SNLE (dissuasion) Environ 16 000 tonnes 4 navires en service, priorité absolue, en fin de vie
Astute Sous-marin d’attaque Environ 7 400 tonnes 7 navires (dernier en achèvement), à Faslane depuis 2020
Dreadnought SNLE (dissuasion) 17 200 tonnes 4 navires à venir, remplaceront les Vanguard
SSN-AUKUS Sous-marin d’attaque Non communiqué (plus gros que les Astute) Futur programme trilatéral AUKUS, horizon années 2030-2040

Et la France, comment fait-elle ?

De son côté, Paris a réparti la charge sur deux bases et confié le tout à un seul maître d’œuvre, Naval Group. Les quatre sous-marins lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique sont stationnés à l’Île Longue, dans la rade de Brest, où se déroule leur entretien courant entre deux patrouilles. Tous les dix ans environ, chacun rejoint le bassin 8 de la base navale de Brest, une cale sèche dédiée, pour un « grand carénage » d’une quinzaine de mois qui mobilise plus de 900 personnes.

Les sous-marins d’attaque, eux, sont basés et entretenus à Toulon. Du dessin à Cherbourg jusqu’à la maintenance à Brest et Toulon, la chaîne reste entièrement française, cette maîtrise de bout en bout que Londres cherche justement à retrouver. La France ne dispose pas pour autant d’un matelas de sécurité : Naval Group le reconnaît lui-même, son calendrier d’entretien ne tolère « aucun grain de sable ». La différence tient surtout à l’architecture : des cales fixes réparties sur deux ports, plutôt qu’un unique ascenseur.

Le paradoxe du « construire britannique »

Wes Streeting a martelé l’argument qui plaît en congrès : ces docks seront bâtis au Royaume-Uni, pour soutenir l’industrie souveraine et l’emploi, sous la pression insistante des syndicats GMB et Unite. L’intention est louable, mais elle bute sur un détail embarrassant : le pays n’a plus construit de dock flottant depuis soixante ans. Le dernier, l’AFD60, sortait des chantiers de Portsmouth en 1966, a servi sur la Clyde jusqu’en 1997, puis a été revendu pour un usage commercial en Islande. Le savoir-faire est à reconstituer presque de zéro.

Le mieux placé pour décrocher le marché, avec son chantier de Methil sur le Firth of Forth, s’appelle Navantia UK (la filiale de l’espagnol Navantia). D’autres candidats existent, comme le groupe Balaena, éventuellement associé à Babcock, mais aucun n’a l’habitude d’un ouvrage aussi exigeant. Surtout, « construit » au Royaume-Uni ne signifie pas « conçu » au Royaume-Uni : un maître d’œuvre britannique s’appuyant sur une ingénierie étrangère reste l’hypothèse la plus réaliste. La souveraineté affichée est donc, pour l’heure, partielle.

Sources principales :

Navy Lookout Three new floating submarine docks for the Royal Navy to be built in Britain (28 septembre 2026)

Three new floating submarine docks for the Royal Navy to be built in Britain 


Annonce du chancelier, dimensionnement des docks pour la classe Dreadnought et estimation de coût du Financial Times.

UK Defence Journal Faslane submarine docks to be reserved for British shipyards (28 septembre 2026)
https://ukdefencejournal.org.uk/faslane-submarine-docks-to-be-reserved-for-british-shipyards/
Choix du « tout britannique », passage de deux à trois docks et inscription dans le programme de transformation de la Clyde.

Naval Group Le bassin 8 à Brest : un enjeu de sécurité nationale (2026)
https://www.naval-group.com/fr/actualites/le-bassin-8-brest-un-enjeu-de-securite-nationale
Entretien des SNLE à Brest (bassin 8), cycle d’IPER tous les dix ans et rôle de maître d’œuvre de Naval Group.

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