La Turquie défie Rheinmetall avec un canon de 35 mm capable d’abattre des drones en roulant

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Said LARIBI

La Turquie défie Rheinmetall avec un canon de 35 mm capable d'abattre des drones en roulant
Le KORKUT associe un radar de conduite de tir et un ensemble optronique sur la même tourelle, pour poursuivre des drones qu'un radar seul détecte mal. (© ASELSAN)

Tirer juste depuis un véhicule lancé sur une piste, contre une cible qui bouge elle aussi, reste l’exercice le plus difficile de la défense antiaérienne rapprochée. ASELSAN vient de le faire en public.

Il y a les démonstrations de salon, avec des maquettes sous les projecteurs, et il y a les séances de tir réel où l’on compte les impacts. Le groupe turc ASELSAN a choisi la seconde formule pour son système KORKUT 35, devant des délégations venues de douze pays. Au programme, des drones de toutes tailles abattus en vol et une cible terrestre mobile traitée sans que le véhicule ne s’arrête une seconde. Voilà pourquoi ce détail compte plus qu’il n’y paraît.

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L’exercice s’est déroulé le 27 septembre selon plusieurs scénarios, avec des cibles bien réelles. Le système a engagé successivement des drones à voilure fixe, des modèles en aile delta et des mini-drones de quelques kilos, ceux qu’on ne voit pas venir et qu’on entend à peine. Dans un scénario distinct, il a tiré sur une cible terrestre mobile alors que le porteur roulait lui aussi, l’industriel mesurant à cette occasion la précision et la dispersion des coups. Une façon de dire que la performance a été chiffrée, pas seulement filmée.

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Le vrai test de la catégorie

Pour comprendre l’enjeu, il faut se représenter une colonne blindée en mouvement. Tirer juste depuis une caisse qui tangue reste l’exercice le plus exigeant pour un canon antiaérien automoteur, parce que la moindre oscillation se traduit par des mètres d’écart à deux kilomètres de distance. Des engins conçus pour engager en roulant existent pourtant depuis les années 1960, à commencer par le ZSU-23-4 soviétique, mais la précision obtenue est longtemps restée médiocre. Or une colonne en manœuvre est au plus vulnérable quand elle avance, donc quand elle est repérable. Les drones-suicides ont transformé ce problème ancien en urgence quotidienne.

Vue en contre-plongée des deux canons de 35 mm du système KORKUT pointés vers le ciel pendant les essais de tir
Les deux tubes de 35 mm programment chaque obus au moment du départ du coup, pour qu’il éclate à la distance calculée par la conduite de tir. (© ASELSAN)

Une tourelle qui efface les cahots

La réponse technique tient en un mot, la stabilisation. La tourelle du KORKUT compense les mouvements du châssis pour maintenir la ligne de visée, ce qui suppose des asservissements rapides et une bonne connaissance de l’assiette du véhicule à chaque instant. S’y ajoute un double système de détection, un radar de conduite de tir et un ensemble optronique capable de poursuivre automatiquement une cible. Deux capteurs valent mieux qu’un contre un objet petit, lent et volant à basse altitude, cas de figure où un radar seul peine.

Console de conduite de tir du KORKUT montrant un drone en aile delta verrouillé par la poursuite optronique, avec l'écran radar en partie basse
Contre un drone petit et lent, le radar seul suffit rarement, d’où la poursuite optronique qui verrouille la cible et alimente en continu la conduite de tir. (© ASELSAN)

Des obus qui explosent avant d’arriver

Le calibre retenu est le 35 mm, en installation à deux tubes, pour une cadence d’environ 1 100 coups par minute et une portée d’engagement de 4 km. Mais le vrai atout se trouve dans la munition. Les obus ATOM sont programmés en sortie de tube pour éclater à une distance déterminée, libérant une gerbe de billes de tungstène au bon endroit. Plus besoin de toucher le drone, il suffit de le traverser avec un nuage de projectiles. L’industriel revendique en prime une résistance au brouillage électromagnétique, ce qui n’a rien d’anecdotique face à un adversaire équipé.

Quinze secondes pour changer de munition

Le détail qui fait la différence en opération se cache dans l’alimentation. Le système utilise un dispositif sans maillon qui accepte deux types de munitions chargés simultanément dans le magasin. Passer de l’un à l’autre prend moins de quinze secondes. Concrètement, l’équipage bascule de l’obus classique à l’obus programmable selon ce qu’il a devant lui, sans manipulation lourde. Le magasin emporte 200 coups prêts au tir et 200 en réserve.

Cinquante drones pour une seule section

Le KORKUT ne se conçoit pas à l’unité. Il s’emploie par section, trois véhicules de tir accompagnés d’un véhicule de commandement doté d’un radar de veille tridimensionnel dont la portée atteint 70 km. C’est lui qui distribue les cibles et évite que trois tourelles ne tirent sur le même drone. Selon l’industriel, un tel ensemble peut traiter une cinquantaine d’appareils hostiles. Le système est employé par l’armée turque depuis 2016 dans sa version chenillée, sur un châssis FNSS, avec une quarantaine d’exemplaires commandés. La version à roues, montée sur un 8×8 Otokar ARMA II et officiellement désignée KORKUT 140/35, a été dévoilée à Paris en 2024 et vise plutôt la protection de bases aériennes et les clients attachés à la mobilité routière.

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Ce que l’Europe aligne en face

Le concurrent le plus sérieux s’appelle Skyranger. Rheinmetall a raflé une série de contrats européens avec sa tourelle de 30 mm, et les commandes s’empilent depuis deux ans. Les philosophies diffèrent pourtant nettement.

KORKUT 35 Skyranger 30
Armement 35 mm, deux tubes 30 mm, un tube
Cadence Environ 1 100 coups par minute 1 200 coups par minute
Portée du canon 4 km 3 km
Munition programmable ATOM, billes de tungstène PMC455, environ 500 cylindres
Missiles associés Aucun Stinger, Mistral 3 ou SkyKnight, jusqu’à 10 km
Châssis Otokar ARMA II 8×8 Boxer, Pandur, Piranha V, Lynx

Le Turc mise sur un calibre supérieur et un kilomètre de portée en plus, l’Allemand sur la combinaison canon et missiles. Côté carnet de commandes, Rheinmetall a pris une avance considérable, avec 19 systèmes vendus à Berlin pour 595 millions d’euros, 36 à Vienne, 50 à 75 à La Haye et une vingtaine à Bruxelles cet été. C’est précisément ce marché qu’ASELSAN vise en invitant douze délégations à compter les impacts.

Sources :

  • ASELSAN, communiqué et vidéo de la démonstration de tir réel
  • European Security and Defence, présentation de la version à roues, juin 2024
  • Army Recognition, essais dynamiques contre drone FPV, janvier 2026
  • Données publiques sur les systèmes KORKUT et Skyranger

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