Le 26 octobre 2026, la Force terrestre d’autodéfense japonaise a déployé pour la première fois en manœuvres son nouveau missile anti-navire Type 25, dérivé longue portée du Type 12. Pour l’exercice Keen Sword 27, la plus grande manœuvre terrestre jamais tenue au Japon, auquel participe la France aux côtés de sept autres pays alliés.
Le lanceur Type 25 est arrivé au terrain d’entraînement d’Ōnohara, dans la préfecture de Nagasaki, pour un cycle de tirs simulés contre des cibles maritimes. Les équipages ont joué la séquence complète d’une frappe anti-navire, de la réception des informations de ciblage transmises par les forces américaines jusqu’à la mise à feu.
Les unités engagées proviennent de la 4ᵉ Division et de la 2ᵉ Brigade d’artillerie, qui commande les régiments missiles de Kyushu. Avec ce déploiement, le Japon donne une démonstration opérationnelle de ce qu’il a formalisé en mars dernier : la bascule officielle vers une capacité de contre-attaque longue portée que son armée n’avait plus connue depuis 1945.
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De 200 à 1 000 kilomètres : un saut capacitaire inédit depuis 1945 pour le Japon avec le nouveau missile anti-navire Type 25
Le Type 25 est une refonte complète du Type 12 adopté en 2012 par les forces japonaises. L’enveloppe extérieure a été redessinée pour abaisser la signature radar, le moteur et la gestion carburant ont été entièrement revus, et la charge militaire s’est épaissie.
Le vrai bond est surtout sa portée qui passe d’environ 200 à près de 1 000 kilomètres. Le changement a été acté par le ministère de la Défense japonais le 31 mars 2026, lors du déploiement officiel du 5ᵉ Régiment anti-navire au Camp Kengun, à Kumamoto. Mitsubishi Heavy Industries, maître d’œuvre du programme, livre déjà la version terrestre, et prévoit pour l’exercice budgétaire 2027 l’arrivée en service de deux déclinaisons supplémentaires. La variante navale embarquera sur le destroyer Teruzuki, la variante aéroportée sous les F-2 modernisés.
| Caractéristique | Type 12 (original, 2012) | Type 25 (déployé 31 mars 2026) |
|---|---|---|
| Portée maximale | Environ 200 kilomètres | Environ 1 000 kilomètres |
| Vitesse | Subsonique, environ Mach 0,8 | Subsonique, profil furtif optimisé |
| Masse de la charge militaire | Environ 225 kilogrammes | Augmentée, précis non communiqué |
| Guidage | INS, GPS, radar actif terminal | INS, GPS, radar actif, liaison de données bidirectionnelle avec capteurs alliés |
| Constructeur | Mitsubishi Heavy Industries | Mitsubishi Heavy Industries |
| Plateformes de lancement | Lanceur terrestre sur camion | Camion (en service), destroyer Teruzuki (prévu FY 2027), chasseur F-2 (prévu FY 2027) |
| Doctrine d’emploi | Défense côtière, interdiction d’approche | Contre-attaque longue portée, cœur de la doctrine 2022 |
Le changement doctrinal est encore plus spectaculaire pour le pays du Soleil Levant. La stratégie de sécurité nationale adoptée en décembre 2022 par le gouvernement Kishida avait introduit officiellement la notion de capacité de contre-attaque (counterstrike capability), un concept que Tokyo avait toujours refusé d’assumer depuis 1945. Le Type 25 en est ainsi la traduction opérationnelle la plus immédiate : un missile capable de frapper depuis le sol japonais une base ennemie à mille kilomètres de distance.
Depuis Kyushu, toute la façade maritime chinoise à portée de tir
Une portée de mille kilomètres depuis Kyushu redessine la carte régionale. Depuis une batterie installée dans la préfecture de Kagoshima, un Type 25 peut désormais atteindre Shanghai, Qingdao, le détroit de Taïwan, la base navale chinoise de Ningbo-Zhoushan où mouille une partie de la Flotte de la mer de l’Est, l’ensemble des îles Senkaku-Diaoyu, et peut même pousser jusqu’à Qingdao où les Type 055 Renhai sont armés.
En clair, l’intégralité de la façade maritime chinoise opérationnelle en mer de Chine orientale entre dans le rayon de frappe japonais, sans que les lanceurs n’aient à quitter le sol national.
Cette redistribution des cartes explique pourquoi Pékin suit le dossier Type 25 avec autant d’attention, et pourquoi la Chine a lancé en parallèle plusieurs programmes de missiles anti-navires longue portée destinés à répliquer. Le YJ-21 chinois, de portée équivalente, forme désormais la contre-mesure directe. Le Type 25 japonais n’est pas plus rapide que ses homologues américains LRASM (environ 930 kilomètres de portée) ou le Tomahawk Block V dans sa variante anti-navire (jusqu’à 1 600 kilomètres), mais il est le premier missile de ce rang conçu, produit et déployé par le Japon lui-même. La différence est industrielle, politique et symbolique autant que technique.

Keen Sword 27, l’exercice le plus massif jamais tenu au Japon
Keen Sword 27 est l’édition la plus importante de cet exercice bisannuel organisé par les forces d’autodéfense japonaises et le Pacific Command américain. L’édition 2026 mobilise 56 000 personnels, 260 aéronefs et une trentaine de bâtiments de surface, sur l’ensemble de l’archipel de Kyushu et des îles Ryukyu, de camp Ishigaki à l’ouest d’Okinawa jusqu’aux terrains d’entraînement du Hokkaido au nord. Durée totale : onze jours, du 19 au 29 octobre 2026, avec cérémonie d’ouverture tenue à Camp Ishigaki.
Parmi les scénarios joués, le ministère de la Défense japonais a mis en avant la lutte anti-navire longue portée, la défense anti-sous-marine coordonnée entre marines alliées, les opérations amphibies dans l’archipel Nansei, et une composante cyberdéfense significative. L’exercice sert explicitement de signal politique vers Pékin, à un moment où les tensions autour des Senkaku et de Taïwan n’ont jamais été aussi vives depuis la crise des missiles de 1996.
La France dans les huit pays alliés participants
Fait notable pour notre pays : la Marine nationale faisait partie des huit forces alliées engagées aux côtés du Japon et des États-Unis, les sept autres étant l’Australie, le Canada, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et les Philippines. Pour Paris, c’est une étape supplémentaire dans la stratégie Indo-Pacifique engagée depuis 2018, et prolongée en 2025 par la mission Clemenceau 25 qui a envoyé le porte-avions Charles de Gaulle en Asie orientale pour la deuxième fois en cinq ans. Que la France soit la seule puissance européenne continentale avec l’Allemagne et les Pays-Bas à envoyer des unités opérationnelles à Keen Sword rappelle le fait que Paris considère que la stabilité de la mer de Chine orientale est aussi une affaire française, du fait de ses territoires et de son économie dans la zone.
La participation française, dont les contours exacts n’ont pas été rendus publics par les autorités japonaises, s’inscrit dans la même logique que les escales répétées du Charles de Gaulle à Yokosuka et les patrouilles de surveillance opérées depuis la base de Papeete et de Nouméa. Le signal politique est ainsi parfaitement clair.
La prochaine phase du Type 25 est désormais écrite : adopter en 2027 les versions navale et aéroportée, puis coupler l’ensemble à un réseau de capteurs partagés avec les alliés, avec la France dans la short list.
Sources principales
- Force terrestre d’autodéfense japonaise — Armée de l’Ouest, Exercice Keen Sword 27 : présentation officielle et photographies, (octobre 2026).
https://www.mod.go.jp/gsdf/wae/08keensword27_gallery/index.html
Publication officielle de l’armée japonaise consacrée à l’exercice Keen Sword 27, présentant les unités engagées et les différentes phases des manœuvres. - État-major interarmées japonais — Ministère de la Défense, Exercice militaire conjoint nippo-américain Keen Sword 27, (29 septembre 2026).
https://www.mod.go.jp/js/pdf/2026/p20260929_01e.pdf
Document officiel détaillant les dates, les effectifs, les moyens militaires mobilisés et la participation des forces alliées, notamment françaises. - Ministère japonais de la Défense — Stratégie nationale de défense du Japon, (16 décembre 2022).
https://www.mod.go.jp/j/approach/agenda/guideline/strategy/pdf/strategy_en.pdf
Document stratégique officiel présentant l’adoption des capacités de contre-attaque à longue portée, le renforcement de la défense des îles japonaises et le développement de nouveaux systèmes de missiles.
