Des fantassins américains viennent de tirer dix-sept missiles de précision depuis un véhicule léger dérivé d’un pick-up du commerce. L’équivalent français existe, mais il est réservé à un hélicoptère.
L’affaire s’est déroulée dans le désert de l’Utah, sur trois jours, et elle marque une première. Jusqu’ici, ce missile israélien équipait des hélicoptères d’attaque et des véhicules tactiques protégés. Le voilà monté sur un engin ouvert de deux tonnes, conçu pour transporter une escouade d’infanterie et passer sous un hélicoptère au bout d’une élingue. Derrière la démonstration technique se joue une bascule doctrinale que la France n’a pas engagée.
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Dix-sept départs de feu dans le désert de l’Utah
Commençons par les faits bruts. L’industriel américain qui commercialise ce missile annonce dix-sept engagements réalisés en trois jours sur un champ de tir de l’Utah, tous depuis la version utilitaire du véhicule léger d’infanterie. Les soldats ont suivi leur formation et effectué les tirs dans la même semaine. La majorité des coups visait des cibles simulées à des distances variables.
Un pick-up de série sous le lanceur
Le véhicule mérite qu’on s’y attarde, parce qu’il n’a rien d’un blindé. Il dérive d’un pick-up de grande série, pèse un peu plus de deux tonnes, et transporte neuf occupants avec leurs sacs dans sa version de base. Il passe sous un hélicoptère de transport au bout d’une élingue, tient dans la soute d’un appareil plus gros, et peut être largué en parachute depuis un avion de transport. La variante employée ici compte cinq places et une benne arrière modulable.

Ce que fait ce missile que les autres ne font pas
Vient la partie intéressante. Cet engin de conception israélienne frappe à une trentaine de kilomètres depuis un lanceur terrestre, et surtout il renvoie une image vidéo à son opérateur pendant tout le vol. Le tireur peut donc le guider vers une cible masquée par une colline ou un bâtiment, et changer d’objectif alors que le missile est déjà en l’air. C’est exactement ce que le fantassin américain ne pouvait pas faire avec son missile antichar d’épaule, limité à quelques kilomètres en vue directe.
Le missile français qui sait déjà tout faire, à cinq kilomètres
Et la France dans tout ça ? Elle dispose depuis 2018 d’un missile d’infanterie qui coche presque toutes les cases. Quinze kilos tube compris, un autodirecteur bimode, la possibilité de tirer sans visibilité directe sur désignation d’un tiers, et surtout la capacité de réorienter l’engin en vol vers une autre cible. Il se tire depuis un trépied, depuis un véhicule de combat, et même depuis une embarcation. Sa portée plafonne à cinq kilomètres.

Et celui qui ira plus loin, mais sous un hélicoptère
Reste le grand frère, encore en développement. Il annonce 12 à 20 kilomètres pour une quarantaine de kilos, une liaison de données bidirectionnelle qui renvoie l’image, et la possibilité de modifier la trajectoire en vol. Il vient d’enchaîner un quatrième tir réussi et entre en phase de qualification. Mais il est conçu pour l’hélicoptère de combat, et aucun tir depuis un véhicule terrestre n’a été annoncé à ce jour.
| Missile d’infanterie français | Missile longue portée français | Missile tiré dans l’Utah | |
|---|---|---|---|
| Portée annoncée | Jusqu’à 5 km | 12 à 20 km | Environ 30 km |
| Masse | 15 kg | Environ 40 kg | Non communiquée |
| Plateforme | Trépied, véhicule, embarcation | Hélicoptère de combat | Véhicule léger d’infanterie |
| Changement de cible en vol | Oui | Trajectoire modifiable | Oui |
| Statut | En service depuis 2018 | Qualification en cours | Démonstration |
Ce que l’industriel n’a pas dit
Un peu de prudence s’impose avant de s’enthousiasmer. Le communiqué ne précise ni les dates exactes des tirs, ni combien de coups ont touché leur cible, ni le nombre de systèmes que l’armée américaine compte acheter. Le programme a franchi sa première étape en août 2025 et décroché une tranche de 30 millions de dollars, soit environ 26,7 millions d’euros, en octobre de la même année pour l’intégration sur le véhicule.
Une brigade légère qui frappe comme de l’artillerie
L’enjeu dépasse largement un contrat. L’armée américaine transforme ses brigades d’infanterie en formations montées sur véhicules légers, et cherche à leur donner une capacité de frappe de précision dans la profondeur qu’elles n’ont jamais eue. Une partie des soldats présents dans l’Utah appartenait d’ailleurs à des unités chargées d’expérimenter les matériels avant leur adoption générale. Une brigade à pied deviendrait ainsi capable de détruire un poste de commandement à trente kilomètres.
Sources :
- The Defence Blog, sur la campagne de tirs et les déclarations de l’industriel, 20 octobre 2026
- Zone Militaire (Opex360), sur l’avancement du missile français longue portée et ses caractéristiques, septembre 2026
- Données publiques sur le missile d’infanterie français en service, sa portée et ses plateformes de tir
- Données publiques sur le véhicule léger d’infanterie américain, sa masse, sa capacité et son aérotransportabilité
- Banque centrale européenne, taux de référence euro dollar du 21 octobre 2026