La Pologne a reçu plus de 200 chars coréens dont une trentaine déjà en réparation et le ministère ne confirme ni ne dément

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• Said LARIBI

Said LARIBI

La Pologne a reçu plus de 200 chars coréens dont une trentaine déjà en réparation et le ministère ne confirme ni ne dément
Le chargement automatique du canon permet de réduire l’équipage à trois hommes, là où un char occidental classique en embarque quatre. (© Piotr Szafarski / 16e division mécanisée)

Un media polonais avance le chiffre d’une trentaine d’exemplaires immobilisés, la plupart dans la même garnison. Le ministère de la Défense ne confirme pas, ne dément pas, et parle de normalité.

L’affaire est sortie par un podcast d’investigation, pas par un communiqué. Elle concerne le K2 Black Panther, le char sud-coréen de Hyundai Rotem que Varsovie a acheté sur étagère pour muscler sa frontière est en un temps record. Deux cents exemplaires et quelques sont déjà livrés, et une partie d’entre eux ne roule plus. Le motif le plus cité est le plus ennuyeux qui soit pour un blindé de 55 tonnes : le moteur.

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Radio ZET affirme qu’environ trente K2 se trouvent en atelier avec des avaries diverses, et que la majorité d’entre eux stationnent à Braniewo, dans le nord-est du pays, où est implantée la 9e brigade de cavalerie blindée. L’information vient du podcast d’investigation de la station et de son journaliste Mariusz Gierszewski, pas d’une source officielle. Interrogé pour savoir si un char livré sur dix était en réparation et combien de moteurs s’étaient bloqués, le ministère n’a ni confirmé ni contesté les chiffres.

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Ce que l’arithmétique dit vraiment

La proportion a été mal arrondie un peu partout. Radio ZET avait interrogé le ministère sur l’hypothèse d’un char sur dix. Or trente exemplaires rapportés à un parc livré de « plus de deux cents » donnent plutôt un sur sept. La différence n’est pas anodine quand on parle de disponibilité opérationnelle. En l’absence de chiffre officiel sur le parc exact à la date du relevé, la fourchette honnête se situe donc entre 10 et 15 %.

Des moteurs qui chauffent, et parfois se bloquent

La nature des pannes a été décrite publiquement bien avant ce décompte. L’analyste militaire polonais Jarosław Wolski avait alerté plus tôt dans l’année sur des surchauffes et sur des cas de blocage complet des groupes motopropulseurs. Le terme employé est important : un moteur qui chauffe se répare, un moteur qui serre se remplace. Le K2 a tout de même de quoi répondre, puisque son moteur développe 1 500 chevaux et doit mouvoir un engin de 55 tonnes servi par trois hommes, avec un canon lisse de 120 millimètres alimenté par chargeur automatique.

Char K2 de l’armée polonaise en démonstration statique sur un champ de tir boueux, canon relevé, drapeaux polonais à ses côtés
Les premières livraisons ont commencé en 2022, et le premier contrat de 180 exemplaires s’est achevé en 2025. (© US Army National Guard / Matthew A. Foster)

Ce n’était pas la première alerte

En février 2026, le ministère avait déjà reconnu, de façon indirecte, l’existence de défauts de montage sur certains moteurs DV27K, le bloc de HD Hyundai Infracore qui équipe les K2GF polonais. Une campagne de service sous garantie avait été programmée par le constructeur pour corriger les exemplaires concernés. L’ampleur n’avait pas été communiquée. Le ministère soulignait alors que les comptes rendus des unités ne traduisaient aucune chute brutale du niveau de disponibilité. Huit mois plus tard, le discours n’a pas bougé d’un mot.

Militaires polonais alignés avec leurs certificats dans un atelier de maintenance, un char américain stationné derrière eux
Vingt-cinq militaires polonais ont suivi neuf semaines de formation, en salle et en pratique, avant d’être certifiés en septembre 2024. (© US Army / James Bath)

Ce moteur traîne une histoire derrière lui

L’histoire du groupe motopropulseur du K2 commence bien avant la Pologne. Séoul a longtemps voulu le produire entièrement sur place, moteur et boîte de vitesses. La transmission de S&T Dynamics a échoué six fois aux essais d’endurance, une épreuve qui exige de tenir 320 heures sans défaut. La production du deuxième lot coréen, lancée en 2014, s’est enlisée. En février 2018, l’agence d’acquisition DAPA a tranché en adoptant la boîte allemande Renk HSWL 295 TM, celle-là même qui équipait déjà le premier lot aux côtés d’un moteur MTU. Le K2GF vendu à la Pologne combine donc un moteur coréen et une transmission allemande.

Date Étape
2014 Lancement du deuxième lot coréen de K2, aussitôt enlisé
Avant 2018 Six échecs de la transmission S&T Dynamics aux essais d’endurance
Février 2018 Adoption de la boîte allemande Renk pour ce lot
2022 Premier contrat polonais, 180 K2GF
2025 Fin des livraisons de ce premier contrat
Février 2026 Défauts de montage reconnus sur des moteurs DV27K
Octobre 2026 Une trentaine de K2 signalés en atelier

Qui a le droit d’ouvrir le capot

Autre affirmation du reportage, nuancée par la réponse officielle : seuls des techniciens coréens pourraient intervenir. La réponse du ministère pose la règle. Tant qu’un véhicule est sous garantie, ou couvert par une campagne de service, c’est le fournisseur qui répare. Une fois la garantie échue, les unités de maintenance polonaises prennent le relais pour l’entretien courant. Le colonel Grzegorz Polak, porte-parole de l’Agence d’armement, ajoute que les pannes sont traitées avec l’industriel et n’entament pas la capacité des unités à remplir leurs missions.

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L’autre flotte a exactement le même angle mort

Varsovie a aussi commandé 366 Abrams américains, dont les turbines à gaz AGT1500 exigent un entretien lourd dans des installations certifiées pour l’aéronautique. La Pologne ne disposait pas de cette capacité à leur arrivée. L’atelier militaire aéronautique de Dęblin a signé en mai un accord avec le motoriste Honeywell pour ouvrir un centre agréé, attendu pour 2028. En attendant, des techniciens américains soutiennent la flotte sur place. Deux achats, deux pays fournisseurs, et la même dépendance à l’entretien.

Sources principales :

  • Defence Blog Engine faults leave some of Poland’s K2 tanks in repair (24 octobre 2026)
    https://defence-blog.com/engine-faults-leave-some-of-polands-k2-tanks-in-repair/
    Dépêche rapportant le chiffre d’une trentaine de chars en réparation, la réponse du ministère polonais et les caractéristiques du groupe motopropulseur.
  • Defence24 Niesprawne czołgi w Braniewie? Agencja Uzbrojenia odpowiada
    https://defence24.pl/sily-zbrojne/niesprawne-czolgi-w-braniewie-agencja-uzbrojenia-odpowiada
    Réponse officielle de l’Agence d’armement polonaise, avec la déclaration de son porte-parole sur le traitement des pannes sous garantie.
  • WNP.pl Czołgi za miliardy dla Polski popsute. Ok. 30 maszyn do naprawy. MON reaguje (octobre 2026)
    https://www.wnp.pl/bezpieczenstwo/czolgi-za-miliardy-dla-polski-popsute-ok-30-maszyn-do-naprawy-mon-reaguje,1112584.html
    Reprise polonaise de l’enquête radiophonique, avec le décompte des véhicules immobilisés et la réaction du ministère de la Défense.
  • Kresy.pl MON potwierdza problemy z silnikami K2. Zaplanowana akcja serwisowa czołgów Black Panther (8 février 2026)
    https://kresy.pl/wydarzenia/mon-potwierdza-problemy-z-silnikami-k2-zaplanowana-akcja-serwisowa-czolgow-black-panther/
    Article établissant que le ministère avait déjà reconnu des défauts de montage sur les moteurs et programmé une campagne de service sous garantie.
  • Defense News South Korea’s K2 tank to run on German transmission (14 février 2018)

    South Korea’s K2 tank to run on German transmission


    Récit des six échecs de la boîte de vitesses coréenne aux essais d’endurance de 320 heures et de la décision d’adopter une transmission allemande.

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