Cinq ans après la vente record de Rafale, la France passe une nouvelle étape dans son rapprochement avec les Émirats arabes unis : la DGA signe avec EDGE

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• Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Cinq ans après la vente record de Rafale, la France passe une nouvelle étape dans son rapprochement avec les Émirats arabes unis : la DGA signe avec EDGE
Présentation du premier Rafale F4 destiné aux Émirats arabes unis, le 29 janvier 2025. L'appareil doit poursuivre ses essais en vol chez Dassault Aviation avant sa livraison. Crédit : Dassault Aviation.

En octobre 2026, un cadre de partenariat stratégique défense a été signé entre Paris et Abu Dhabi : la coopération industrielle avec les Émirats arabes unis change officiellement de dimension.

Le 20 octobre 2026, dans le parc industriel de Tawazun à Abu Dhabi, Emmanuel Macron a visité quatre filiales d’EDGE Group aux côtés du président émirati Mohamed ben Zayed Al Nahyan : ADASI, EPI, HALCON et POWERTECH.

Au même moment, Catherine Vautrin, ministre française des Armées et des Anciens Combattants, échangeait avec Mohammed Al Mazrouei, ministre d’État émirati chargé des Affaires de défense, les instruments d’un accord-cadre industriel et technologique engageant la Direction générale de l’armement française avec l’État émirati. Cette fois, ce n’est plus un industriel qui signe avec un autre industriel. C’est la DGA qui signe avec EDGE.

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En décembre 2021, le président Emmanuel Macron était à Dubaï où le contrat des 80 Rafale F4 (environ 14 milliards d’euros, armement et support compris) scellait la plus grosse vente d’avions de combat jamais réalisée par Dassault à un seul client. Depuis, les choses n’ont pas ralenti. Dassault a encaissé le premier acompte en avril 2022 et les livraisons ont débuté en 2027. Entre-temps, la France a conservé sa base militaire 104 à Al Dhafra, en service continu depuis 2009, qui héberge Rafale, A330 MRTT et environ 650 militaires français en permanence, chiffre monté par rotations lors de crises.

En juin 2026, la mécanique industrielle s’est mise au diapason et a commencé à accélérer. EDGE a lancé le 11 juin sa filiale européenne basée à Paris. Cinq jours plus tard, à Eurosatory, Safran Electronics & Defense et EDGE signaient un protocole d’accord pour créer deux coentreprises consacrées aux armements guidés de précision, l’une en France, l’autre aux Émirats. L’armement vedette évoqué dans ce protocole appartient à la famille HAMMER, la bombe guidée AASM qui équipe le Rafale et qui s’exporte avec lui.

Quatre mois plus tard, à Abu Dhabi, c’est la DGA elle-même qui met son sceau sur l’ensemble. Le signal est clair : Paris considère désormais EDGE comme un partenaire industriel structurel.

Les quatre filiales qu’EDGE a choisi de montrer à Macron

Le choix des sites visités n’est pas fortuit. ADASI, EPI, HALCON et POWERTECH couvrent précisément les quatre segments où EDGE veut jouer en Europe, et où la France a soit des trous capacitaires, soit un intérêt à ouvrir un second canal de production hors de son territoire. Le tableau ci-dessous résume ce que fait chaque entité et pourquoi Paris s’y intéresse.

Un drone Shadow 25 lors du salon DALO Industry Days 2026, au Danemark. Crédit : EDGE Group.
Un drone Shadow 25 lors du salon DALO Industry Days 2026, au Danemark. Crédit : EDGE Group.
Filiale EDGE Spécialité Produits phares
ADASI (Abu Dhabi Autonomous Systems Investments) Drones aériens, maritimes et terrestres, munitions longue portée Drone VTOL, munition rôdeuse RW-24, famille de systèmes autonomes
EPI Entité industrielle de précision d’EDGE (activités non détaillées publiquement lors de la visite) Composants et sous-systèmes de précision pour le périmètre défense du groupe
HALCON Missiles et munitions guidées Famille Desert Sting 16 et 25, contrats UAE Armed Forces supérieurs à un milliard de dollars depuis 2019
POWERTECH Propulsion aéronautique et moteurs pour drones, missiles, aéronefs Portefeuille d’OEM lancé en février 2025 à IDEX, cinq nouveaux modèles présentés au Dubai Airshow 2025

Un petit poucet qui joue dans la cour des grands

EDGE n’a que six ans d’existence. Faisal Al Bannai l’a créé le 5 novembre 2019 par fusion de plus de 25 entités publiques émiraties.

Pourtant, le groupe commence à peser dans la cour européenne :

Groupe Chiffre d’affaires Carnet de commandes Effectifs
EDGE Group (2024) 4,7 milliards de dollars (environ 4,0 milliards d’euros) Plus de 25 milliards de dollars (environ 21,3 milliards d’euros) Plus de 12 000
MBDA (2024) 4,9 milliards d’euros 37 milliards d’euros Plus de 18 000
KNDS (2025) 4,4 milliards d’euros 33,1 milliards d’euros Environ 11 000
Rheinmetall (2024) 9,75 milliards d’euros 30,7 milliards d’euros 28 539 (ETP)

Le groupe émirati pèse déjà presque autant que MBDA en chiffre d’affaires et dépasse KNDS. Le SIPRI le classe depuis 2024 dans son top 25 mondial des industriels de défense, aucun autre acteur du Golfe n’y figure.

L’actionnaire d’EDGE est l’État émirati, Mubadala, le fonds souverain d’Abu Dhabi. Le dialogue entre Paris et Abu Dhabi passe donc inévitablement par l’État, et la signature de la DGA le 20 octobre 2026 ne fait que l’acter.

Partenariat ou dépendance qui s’installe ?

Reste la question qui dérange, posée dès juin dernier et qui n’a toujours pas de réponse officielle. Jusqu’où la France souhaite-t-elle laisser EDGE prendre pied sur son sol, et avec quelles contreparties ? Les coentreprises Safran-EDGE n’ont toujours pas de calendrier d’installation, aucun montant d’investissement n’a été rendu public, et la nature exacte des armements qui seront co-développés reste à préciser. La seule chose dont on est sûr, c’est que les deux pays jouent le long terme : Rafale F4 livrés à partir de 2027, HAMMER de nouvelle génération visé pour 2029-2030, et désormais un cadre industriel bilatéral porté par la DGA.

Côté Paris, le pari est double. Ouvrir un second marché à ses industriels, et sécuriser une relation militaire dans une région où la pression américaine pour vendre du F-35 reste maximale.

Côté Abu Dhabi, l’ambition est claire : passer du statut de client à celui de co-producteur, et sortir du schéma classique où le Golfe achète la technologie occidentale sans jamais la fabriquer. La trajectoire d’EDGE depuis 2019, de 50 millions à 3,5 milliards de dollars d’exports annuels, montre que l’ambition n’est pas une pose. Si les coentreprises Safran se concrétisent, le prochain Rafale F5 pourrait bien emporter sous ses ailes des bombes guidées pensées à Paris et assemblées en partie à Abu Dhabi.

Le signal politique du 20 octobre engage désormais la DGA, pas seulement un industriel. La prochaine étape, concrètement, sera la signature officielle des deux coentreprises Safran-EDGE : le passage d’un term sheet à une structure juridique.

Sources principales :

  • Safran Group EDGE and Safran Sign Joint Venture Term Sheet for Next-Generation Missile Development (16 juin 2026)
    https://www.safran-group.com/pressroom/edge-and-safran-sign-joint-venture-term-sheet-next-generation-missile-development-2026-06-16
    Communiqué officiel de Safran actant la signature du protocole d’accord avec EDGE Group à Eurosatory.
  • Mohamed bin Zayed (bureau officiel) UAE and French Presidents visit Tawazun Industrial Park in Abu Dhabi (20 octobre 2026)
    https://www.mohamedbinzayed.ae/en/latest-news-listing/2026/10/UAE-and-French-Presidents-visit-Tawazun-Industrial-Park-in-Abu-Dhabi
    Communiqué du bureau présidentiel émirati sur la visite conjointe des deux chefs d’État à Tawazun Industrial Park.
  • The National News President Sheikh Mohamed and France’s Macron tour Abu Dhabi defence companies (20 octobre 2026)
    https://www.thenationalnews.com/news/uae/2026/10/20/president-sheikh-mohamed-and-frances-macron-tour-abu-dhabi-defence-companies/
    Reportage détaillé de la visite, confirmant la signature du cadre de partenariat stratégique défense entre Catherine Vautrin et Mohammed Al Mazrouei.

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