La Russie dépensait des missiles hors de prix contre des drones à moins de 70 000 euros, elle vient de monter un canon sur un camion

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• Said LARIBI

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Tourelle antidrone russe de 30 mm montée sur un camion militaire et faisant feu, vérins stabilisateurs déployés au sol
Présenté en mai près de Moscou puis exposé en septembre dans un salon égyptien, ce système ne tirait jusqu’ici que depuis des emplacements fixes. (© Rostec)

Le conglomérat d’armement russe présente une version mobile de sa tourelle antidrone, jusqu’ici réservée à la protection de sites fixes, au moment où les frappes ukrainiennes ont mis à l’arrêt plus d’un cinquième des capacités de raffinage du pays.

L’appareil n’a rien de révolutionnaire : des canons automatiques de 30 mm, un radar, des caméras, le tout posé sur un châssis de camion militaire. Son intérêt est ailleurs. Il répond à un problème que toutes les armées découvrent en même temps, celui du coût. Intercepter un engin à quelques dizaines de milliers d’euros avec une munition guidée bien plus chère n’est tenable ni budgétairement, ni industriellement.

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Le fabricant explique que le module de combat, le radar et les capteurs optiques sont désormais installés sur un châssis roulant, ce qui permet de déplacer rapidement la protection d’un site à l’autre. Des médias russes avaient rapporté en juin que l’ensemble serait monté sur un camion militaire Oural. Jusqu’à présent, le système n’existait qu’en version fixe, pensée pour garder un emplacement précis. Les groupes de tir mobiles y gagnent, selon l’industriel, des capacités élargies contre les cibles aériennes.

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Comment abattre un drone sans jamais le toucher

L’arme tire des obus de 30 mm à détonation programmée. Plutôt que de viser l’engin lui-même, la conduite de tir calcule un point situé juste devant lui et commande l’explosion à cet endroit précis, libérant un nuage d’éclats dans lequel le drone s’engouffre. Le coup au but devient inutile. Le module emporte 300 projectiles et engage, selon son constructeur, les appareils à voilure fixe jusqu’à 1 km et les petits quadricoptères jusqu’à 800 m. Un radar, une caméra thermique et des capteurs optiques assurent la détection de jour comme de nuit, et plusieurs tourelles se pilotent depuis un poste de commandement distant d’environ un kilomètre.

Tourelle du système antiaérien russe Pantsir-S1 vue en contre-plongée, radar de poursuite circulaire au centre, tubes de missiles et canons de 30 mm dressés vers le ciel
Ce système complet, vendu à l’exportation autour de douze millions d’euros, associe un radar de poursuite, douze missiles prêts au tir et deux canons jumelés de 30 mm. (© Vitaly V. Kuzmin / CC BY-SA 4.0)

Ce que coûte un drone qui brûle une raffinerie

Le drone de frappe en profondeur le plus produit par l’Ukraine revient, selon le dirigeant de son fabricant, à une somme comprise entre 49 000 et 67 000 euros. Il emporte une charge de 60 à 120 kg, franchit jusqu’à 1 600 km, et des exemplaires auraient parcouru plus de 2 500 km pour atteindre la plus grande raffinerie russe en juillet dernier. Sa production est passée de trente à plus de cent unités par jour. En face, un système antiaérien russe de type Pantsir s’affiche à l’exportation entre 11,7 et 13,1 millions d’euros. Un modèle ukrainien plus sophistiqué, à environ 178 000 euros, complète la panoplie.

Vingt et une raffineries sur trente-huit

Les chiffres varient selon les sources, et il faut les prendre avec prudence, mais la tendance ne fait pas débat.

Indicateur Chiffre Source et date
Grandes raffineries touchées 21 sur 38 BBC Verify, octobre 2025
Frappes sur des sites pétroliers Plus de 300 CNN, juin 2026
Capacité de raffinage à l’arrêt Plus de 20 % Agence internationale de l’énergie, juillet 2026
Régions touchées par la pénurie 78 sur 83 Novaya Gazeta Europe, juillet 2026

L’état-major ukrainien avance pour sa part près de 43 % de capacités neutralisées, un chiffre bien supérieur à celui de l’agence internationale et qu’aucune source indépendante ne confirme. Les files d’attente aux stations-service et les restrictions à quarante litres par client relèvent en revanche du constat.

« Tirer sur des moineaux au canon »

La formule est d’un responsable du même conglomérat, en 2024, pour justifier une décision exactement inverse. Il présentait alors une version d’un système antiaérien débarrassée de ses canons, remplacés par quarante-huit intercepteurs miniatures réputés bon marché. Deux ans plus tard, le même industriel remet un canon sur un camion. Entre les deux, la guerre a tranché en faveur de l’obus, nettement moins cher qu’un missile, fût-il miniaturisé.

Rangée d’engins ukrainiens de frappe longue portée à réacteur dorsal, alignés sur des tréteaux dans une usine
Le président ukrainien et le chef du comité militaire de l’OTAN visitaient en février 2025 une usine produisant les armes de frappe en profondeur du pays. (Photo Présidence de l’Ukraine / CC0)

Des promesses que personne n’a vérifiées

Le constructeur affirme que la version fixe a fait ses preuves au combat, qu’elle abat des drones de types variés et même des missiles de croisière, et que ses obus programmables divisent par plusieurs fois la consommation de munitions par cible. Aucune de ces affirmations n’a été vérifiée indépendamment. Le prix du système n’est pas davantage communiqué, ce qui rend impossible de mesurer l’économie réelle par rapport à un missile. Prudence, donc, devant un argumentaire qui est aussi un argumentaire de vente.

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Déjà en vitrine pour l’étranger

L’engin a été montré pour la première fois en mai dernier lors d’un forum de sécurité organisé près de Moscou. En septembre, il a franchi les frontières pour la première fois à l’occasion d’un salon aéronautique en Égypte, explicitement à destination d’acheteurs étrangers. La logique commerciale est limpide : la Russie vend une solution présentée comme éprouvée dans la seule guerre où les drones bon marché frappent quotidiennement, et le marché des acheteurs inquiets ne manque pas.

Sources :

  • Defence Blog, « Russia unveils new anti-drone gun system », 6 novembre 2026
    https://defence-blog.com
    Dépêche d’origine, qui donne le passage en version mobile, les caractéristiques du module et la mention explicite que les affirmations du constructeur ne sont pas vérifiées.
  • Wikipédia, notice du drone de frappe ukrainien Liutyi
    https://en.wikipedia.org/wiki/Liutyi
    Fournit le coût unitaire de 200 000 dollars, la portée de 1 000 à 2 000 km, la masse de charge militaire et la liste des sites russes atteints.
  • Wikipédia, notice du drone de frappe ukrainien Fire Point FP-1
    https://en.wikipedia.org/wiki/Fire_Point_FP-1
    Donne le coût unitaire de 55 000 à 75 000 dollars avancé par le dirigeant du fabricant, la portée de 1 600 km, la charge militaire et la montée en cadence à plus de cent unités par jour.
  • Wikipédia, notice du système antiaérien Pantsir
    https://en.wikipedia.org/wiki/Pantsir_missile_system
    Donne le prix à l’exportation compris entre 13,15 et 14,67 millions de dollars et l’armement en canons de 30 mm.
  • Wikipédia, notice de la crise des carburants en Russie, 2025 et 2026
    https://en.wikipedia.org/wiki/2025%E2%80%932026_Russian_fuel_crisis
    Rassemble les évaluations de la BBC, de CNN, de l’Agence internationale de l’énergie et de Novaya Gazeta Europe sur les raffineries touchées et les pénuries régionales.
  • The War Zone, « Pantsir Packed With Drone-Intercepting Mini Missiles Unveiled By Russia », 13 août 2024
    https://www.twz.com/land/pantsir-packed-with-drone-intercepting-mini-missiles-unveiled-by-russia
    Source de la formule sur les moineaux et de la version sans canon emportant quarante-huit intercepteurs, utilisée pour la comparaison avec la décision de 2026.
  • Banque centrale européenne, taux de change de référence de l’euro, 5 novembre 2026
    https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html
    Taux de 1,1224 dollar pour un euro, utilisé pour toutes les conversions monétaires de cet article.

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