Safran vient de prendre une participation dans Akira, une entreprise de Bayonne qui veut produire en série des propulseurs de drones et des micro-turbines destinées à la défense.
L’annonce du 22 septembre est passée presque inaperçue. Safran est entré au capital d’Akira, une société d’une soixantaine de personnes installée à Bayonne et à Bergerac, dont le nom ne dit rien au grand public. Elle en dit pourtant long sur une faiblesse que la guerre des drones a mise à nu. Les appareils français volent encore souvent avec des moteurs venus d’ailleurs.
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Un actionnariat qui en dit long
Regardez qui figure déjà au tour de table et vous comprendrez l’enjeu. En février 2025, le fonds Definvest était entré au capital aux côtés de MBDA. Ce véhicule de 100 millions d’euros, piloté par Bpifrance pour le compte de la Direction générale de l’armement, existe précisément pour sécuriser les PME jugées stratégiques. Autrement dit, l’État avait déjà posé une main sur cette entreprise. Safran arrive aujourd’hui avec sa structure d’investissement maison, Safran Corporate Ventures, pour une participation minoritaire dont le montant n’a pas été communiqué.
| Date | Nouvel actionnaire | Ce que ça signifie |
|---|---|---|
| Février 2025 | Definvest et MBDA | L’État et le missilier sécurisent un fournisseur |
| Septembre 2026 | Safran Corporate Ventures | Le motoriste consolide un partenaire de longue date |
Des moteurs de moto aux turbines de défense
L’histoire de la maison vaut le détour. Akira naît en avril 2003 sous l’impulsion de quatre ingénieurs venus d’un préparateur moteur de Magny-Cours. Leur terrain de jeu, à l’époque, c’est la compétition. L’entreprise se fait un nom en travaillant pour Kawasaki, avec six titres de champion du monde de Superbike et plus de cent vingt victoires à la clé. En 2018, elle rachète Price Induction, spécialiste des petits turboréacteurs, puis s’installe au technopôle de Bayonne l’année suivante. Le savoir-faire acquis sur les bancs d’essais de moto sert aujourd’hui à qualifier des turbines.
Ce que fabrique vraiment cette maison
Akira conçoit, prototype et teste des groupes propulsifs et des machines tournantes. Traduction pour les non-initiés : des turbomachines, des moteurs à pistons, des machines électriques, des transmissions et des pompes. L’entreprise assemble et teste plus de 250 machines tournantes par an et a livré autant de bancs d’essais à ses clients. Avec une douzaine de millions d’euros de chiffre d’affaires et une croissance de 35 % entre 2022 et 2024, elle reste une PME, mais une PME que les grands groupes s’arrachent.
Le maillon faible des drones français
Voilà le contexte qui explique tout. La France a livré ces derniers mois des milliers de petits drones à ses armées, mais les moteurs électriques, les batteries et les optiques qui les équipent viennent très majoritairement de l’étranger, souvent de Chine. Pékin contrôle environ 90 % de la production mondiale de néodyme, l’aimant qui fait tourner ces moteurs. Des industriels français réagissent, comme Valeo qui doit produire à partir de 2027 des moteurs sans terres rares lourdes. Akira, lui, se positionne sur un autre créneau, celui des propulseurs thermiques et des micro-turbines, plutôt destinés aux drones de plus grande taille et aux munitions rôdeuses.

Trois chantiers pour passer à la série
L’argent levé doit servir à franchir une étape que beaucoup de PME ratent, le passage du prototype à la production régulière. Trois priorités sont affichées.
- Renforcer les moyens de production et les capacités d’essais
- Décrocher la certification qualité EN9100
- Développer les marchés des propulseurs de drones et des micro-turbines de défense
Le deuxième point paraît administratif, il est déterminant. L’EN9100 est la norme qualité de l’aéronautique, une sorte de passeport sans lequel aucun donneur d’ordre ne confie de production en série.
Un pied dans le moteur d’avion de demain
L’entreprise ne mise pas tout sur la défense. Elle travaille déjà avec trois entités du groupe Safran et participe au développement et aux essais du démonstrateur RISE, ce projet de moteur à hélices non carénées censé réduire fortement la consommation des avions de ligne. Elle planche aussi sur l’hybridation et sur la combustion de l’hydrogène, et développe un générateur électrique à micro-turbine de 6 kW. Des sujets où personne ne sait encore quelle technologie l’emportera, et où il vaut mieux disposer d’un partenaire capable de bricoler vite.
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Pourquoi Safran n’a pas signé un simple contrat
Reste une question. Pourquoi entrer au capital plutôt que passer commande ? Parce qu’un contrat ne garantit ni la capacité industrielle, ni la disponibilité du partenaire, ni qu’un concurrent étranger ne rachètera pas la société demain. Le directeur d’Akira parle d’une industrie française qui allie excellence technologique, souveraineté et compétitivité. La formule est convenue, elle décrit pourtant assez bien ce que fabrique cette opération. Un fournisseur verrouillé, au capital duquel siègent désormais l’État, un missilier et un motoriste.
Sources :
- Safran, communiqué du 22 septembre 2026
- Bpifrance, communiqué sur l’entrée de Definvest et MBDA au capital, février 2025
- Akira, présentation de son histoire et de ses activités