Une image prise le 18 septembre au-dessus d’un chantier du nord-est de la Chine dévoile la silhouette d’un sous-marin nucléaire inédit, avec deux ouvertures à l’avant que personne n’explique.
Il mesure environ 120 m, il est encore hérissé d’échafaudages, et il concentre depuis quelques jours l’attention des spécialistes du monde entier. Le sous-marin en cours d’achèvement au chantier de Bohai, à Huludao, affiche des solutions techniques que la marine chinoise n’avait jamais montrées réunies sur une même coque. Reste une énigme à la proue, deux trous ronds dont la fonction divise les analystes.
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Une photo prise le 18 septembre
Tout part d’un cliché vendu par un opérateur de satellites d’observation. Une première image datée du 1er septembre avait circulé quelques heures plus tôt via une revue de défense britannique. Celle du 18 septembre est plus nette et tombe au bon moment, le bateau étant en phase d’équipement, quand on installe les systèmes avant les essais en mer. Les spécialistes le désignent comme un Type 095, une étiquette commode mais totalement officieuse. Aucun document chinois ne l’a jamais confirmée.
Deux détails que les Français connaissent par cœur
L’arrière du bateau révèle deux choix techniques qui n’ont rien d’anodin. D’abord un propulseur caréné, un pumpjet dans le jargon, où l’ensemble du système est enfermé dans une sorte de tuyau plutôt que de tourner à l’air libre. Moins de bruit, meilleur rendement, surtout quand la coque file vite en plongée. Ensuite des plans de profondeur disposés en X et non en croix, ce qui améliore la maniabilité là où le fond remonte brutalement et réduit encore la signature acoustique. Rien de révolutionnaire pour un marin français. La pompe-hélice équipe nos lanceurs d’engins depuis les années 1990, et les Suffren ont inauguré les barres en X côté tricolore.
The clearest photos we have on the Type 095 SSN!
As we can see, there is one confirmed chamber than could physically fit about 18-24 VLS Cells. There is a big chance that more than one VLS Chamber exists, with an estimate VLS count from 24-48+ VLS pic.twitter.com/0ZJ8gsl4su
— PLA Military Updates🇨🇳 (@PLA_MilitaryUpd) September 21, 2026
Deux trous dont personne ne connaît l’usage
Et puis il y a la proue. L’image montre deux grandes ouvertures circulaires côte à côte, devant le kiosque. Première hypothèse, des puits de lancement pour des munitions, à l’image des deux tubes géants que les Américains installent à l’avant de leurs sous-marins Virginia depuis le bloc III. Deuxième hypothèse, beaucoup moins spectaculaire, ces ouvertures se situent précisément là où devrait loger le sonar principal. Aucune image publique ne permet de trancher.

La zone que l’on a pris soin de bâcher
Derrière le kiosque, l’image du 1er septembre montrait une ouverture rectangulaire. Beaucoup y ont vu l’emplacement d’un système de lancement vertical, ces puits qui permettent de tirer des missiles de croisière sans passer par les tubes lance-torpilles. Sur l’image du 18 septembre, la zone est recouverte d’une structure qui masque les travaux. Un analyste naval spécialiste du sujet invite à la prudence. Il rappelle que cet espace pourrait aussi donner accès au compartiment réacteur, et que sur le Type 093B, les lanceurs avaient d’abord été dissimulés sous une bâche avant d’apparaître clairement.
New image of what appears to be the Type 09V/095 SSN launched by Bohai in February this year, obtained by @JanesINTEL (paywalled link). Most obviously a VLS is not clearly discernible, other features are as previously expected.https://t.co/28yypzlTee pic.twitter.com/5I3rB2Bedn
— Alex Luck (@AlexLuck9) September 21, 2026
Trois coques, et une question sans réponse
Autre mystère, on ignore quel bateau a été photographié. Le chantier de Bohai a mis à l’eau une première coque en février, puis une deuxième au printemps. Shanghai a fait de même au même moment. Des rôles opérationnels différents, ou les étapes successives d’un même programme ? L’analyste penche pour la seconde hypothèse, tout en réclamant des images plus précises. Un épisode résume la prudence qu’impose ce genre de renseignement. Quand la coque de Shanghai est apparue en juin, les premiers observateurs l’ont crue dépourvue de kiosque. Il a fallu des clichés plus nets pour établir qu’elle en possède bien un, simplement minuscule.
| Coque | Mise à l’eau | Longueur | Largeur | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| Bohai, première | Février 2026 | Environ 110 m | 12 à 13 m | Environ 10 000 t en plongée |
| Bohai, seconde | Fin mai 2026 | Environ 120 m | Non mesurée | Configuration jugée plus aboutie |
| Jiangnan, à Shanghai | Repérée le 1er juin 2026 | Environ 120 m | 10 à 11 m | Coque nettement plus fine |
Paris a basculé il y a vingt-cinq ans
La France a vécu cette transition bien avant. Son dernier sous-marin classique, l’Ouessant, a quitté le service en 2001, et depuis, la Marine nationale n’aligne que du nucléaire, six sous-marins d’attaque et quatre lanceurs d’engins. Les Suffren remplacent un à un les vieux Rubis, à raison d’une coque tous les deux ans environ, pour un programme de 9,1 milliards d’euros, soit près d’un milliard par bateau. Quant au premier lanceur d’engins de troisième génération, mis en chantier à Cherbourg en 2024, il n’entrera en service qu’en 2035. D’un côté une flotte stable et renouvelée au compte-gouttes, de l’autre une flotte en expansion.
| France | Chine | |
|---|---|---|
| Sous-marins nucléaires | 10 | 14, et une quarantaine visés en 2035 |
| Sous-marins conventionnels | Aucun depuis 2001 | Plus de 50 |
| Cadence | Une coque tous les deux ans | Trois coques mises à l’eau en 2026 |
| Dernières unités | 99,5 m, 5 300 t | 110 à 120 m, environ 10 000 t |
Ce que ces coques annoncent
Le renseignement naval américain a résumé la manœuvre devant le Congrès en mars. La construction chinoise bascule du diesel vers le tout-nucléaire. La flotte, aujourd’hui de plus de soixante unités très majoritairement conventionnelles, devrait atteindre quatre-vingts bateaux en 2035, dont la moitié à propulsion atomique. Depuis 2010, le pays a plus que doublé sa capacité de production. Tout ne roule pas pour autant. En 2024, un sous-marin flambant neuf a coulé à quai à Wuchang avant même d’avoir navigué.
Sources :
- Imagerie satellite Vantor des 1er et 18 septembre 2026
- Analyses d’Alex Luck, spécialiste des sous-marins chinois
- Office of Naval Intelligence, témoignage du contre-amiral Mike Brookes, 2 mars 2026
- Naval Group et Marine nationale, programmes Suffren et SNLE de troisième génération
- The War Zone et Janes, septembre 2026
