La France a lancé l’étude de ce missile nucléaire en 2014, il entrera en service vers 2035, et personne n’a jamais confirmé sa vitesse

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• Said LARIBI

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Deux chasseurs embarqués de la Marine nationale en vol au-dessus de la mer, accompagnant un avion de patrouille maritime
Les chasseurs embarqués assurent la composante nucléaire depuis le porte-avions, ici photographiés en juin 2023 lors d’un exercice de tir antinavire. (Photo Marine nationale / Licence Ouverte 2.0)

Le futur missile de la composante aéroportée française volera au-delà de Mach 5 en manœuvrant, mais l’État n’en a publié ni la vitesse, ni la portée, ni la masse, ni la puissance.

Paris a notifié début juin 2026 à son industriel missilier le contrat de développement de l’arme qui remplacera le missile nucléaire actuel de ses chasseurs. Elle équipera le futur standard du Rafale, aussi bien depuis les bases terrestres que depuis le porte-avions. Les études ont démarré à l’été 2014, le ministre de la Défense de l’époque les a rendues publiques en novembre de la même année, et la mise en service est annoncée pour 2035. Vingt et un ans séparent donc la première étude de la première alerte.

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Vingt et un ans entre la première étude et la mise en service

Le calendrier mérite qu’on le déroule, parce qu’il dit beaucoup de la difficulté de l’exercice. En avril 2014, le chef d’état-major de l’armée de l’air explique devant les députés que deux pistes sont étudiées, l’une furtive, l’autre hypersonique, et qu’il préfère la seconde. Les études démarrent à l’été, et le ministre de la Défense les rend publiques le 20 novembre 2014. Le contrat de développement n’est notifié que le 2 juin 2026, près de douze ans plus tard, l’agence d’armement l’annonçant neuf jours après.

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Ce que l’État a dit, et tout ce qu’il a tu

L’annonce officielle nomme le porteur et les deux forces utilisatrices, dans l’armée de l’air et l’aéronautique navale. Elle qualifie l’arme de rupture technologique reposant sur un savoir-faire que peu de pays maîtrisent, et insiste sur son hypervélocité. En revanche, aucune vitesse maximale, aucune portée, aucune masse et aucune puissance de charge n’ont été publiées. Aucun n’a été officialisé. Le Mach 8 que l’on retrouve partout remonte à deux déclarations anciennes : celle du chef d’état-major de l’armée de l’air devant les députés en avril 2014, évoquant une option à Mach 7 ou 8, et celle d’un ingénieur du centre de recherche aérospatial français visant en 2015 cette vitesse pour une technologie de moteur. Aucun des deux ne décrivait une spécification du missile.

Décollage d’une fusée-sonde à trois étages emportant le planeur hypersonique expérimental français, panache lumineux sur ciel sombre, depuis le centre d’essais de Biscarrosse
Le démonstrateur français a été hissé le 26 juin 2023 depuis le centre d’essais landais de Biscarrosse par une fusée à trois étages, assemblée avec le concours de la marine américaine. (Photo DGA Essais de missiles)

Un moteur que presque personne ne sait faire

La propulsion retenue est le superstatoréacteur. Le principe : l’air entre, se mélange au carburant et brûle, mais contrairement à un statoréacteur classique, la combustion se produit alors que l’air traverse encore la chambre à une vitesse supersonique. Allumer et maintenir une flamme dans un courant d’air qui file à plusieurs fois la vitesse du son relève de l’exploit. Ce moteur n’a par ailleurs aucune pièce mobile et ne fonctionne qu’au-dessus d’un certain régime, ce qui impose un accélérateur pour l’amener jusque-là.

La France avait déjà fait voler un engin hypersonique, mais pas une arme

Le 26 juin 2023, un démonstrateur baptisé véhicule manœuvrant expérimental était lancé par fusée depuis le centre d’essais landais de Biscarrosse. La direction générale de l’armement avait alors parlé d’un défi technique inédit préparant la feuille de route nationale en hypervélocité. Mais il ne faut pas confondre les deux objets : cet engin était un planeur, sans moteur, qui retombe en manœuvrant après avoir été hissé par un lanceur. Le futur missile, lui, est propulsé. Le premier était un démonstrateur, le second sera une arme.

L’avion compte autant que le missile

Un missile excellent ne sert à rien si son porteur n’atteint pas la zone de tir. D’où le futur standard du Rafale, dont la qualification est visée vers 2033, avant une arrivée dans l’armée de l’air puis dans la marine. En septembre 2026, des contrats préparatoires ont été notifiés à l’avionneur, au missilier, au motoriste et à l’électronicien, la phase de réalisation devant démarrer fin 2026. Au programme, un nouveau radar, une guerre électronique revue, des capteurs optroniques et une connectivité renforcée. Un drone de combat furtif est développé pour accompagner l’avion et neutraliser les défenses adverses, sans qu’il soit établi qu’il emportera lui-même l’arme nucléaire.

En attendant, c’est l’ancien qui tient la boutique

Le 22 mai 2024, un Rafale B des forces aériennes stratégiques a tiré un missile ASMPA rénové, sans charge nucléaire, au terme d’un vol représentatif d’un raid. Le ministère présente cette version modernisée comme le moyen de tenir la crédibilité de la composante jusqu’à l’arrivée du successeur. Le Rafale B biplace assure la mission depuis le sol, le Rafale M depuis le porte-avions.

Missile en service Futur missile
Porteurs Rafale B et Rafale M Futur standard du Rafale
Vitesse Mach 3 en altitude Au-delà de Mach 5, valeur non publiée
Portée Non publiée Non publiée, estimée par la presse à plus de 1 000 km
Échéance Assure la permanence actuelle Vers 2035

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Depuis mars, Paris ne dit plus combien il en a

Le dernier élément est peut-être le plus frappant. L’arsenal français était estimé à environ 290 têtes avant le 2 mars 2026. Ce jour-là, le président annonce une augmentation, et simultanément que la France cessera de communiquer le volume de son arsenal. Le chiffre de 290 n’est donc plus valide, et aucun autre ne l’a remplacé. Le Royaume-Uni, lui, affiche un plafond déclaré de 260 têtes, limite politique et non inventaire, et prévoit douze F-35A au moins pour la mission nucléaire de l’OTAN avec des armes américaines. La France, elle, reste hors du groupe des plans nucléaires de l’Alliance.

Sources :

  • Army Recognition, « France Develops New Rafale F5 Fighter Jet and ASN4G Hypersonic Missile to Renew Its Nuclear Strike Force », 7 novembre 2026
    https://www.armyrecognition.com/news/aerospace-news/2026/france-develops-new-rafale-f5-fighter-jet-and-asn4g-hypersonic-missile-to-renew-its-nuclear-strike-force
    Dépêche d’origine, qui réunit le calendrier du programme, les contrats préparatoires de septembre 2026 et la comparaison avec la dissuasion britannique.
  • Naval News, « French DGA commissions MBDA to develop ASN4G hypersonic missile », 12 juin 2026

    French DGA commissions MBDA to develop ASN4G hypersonic missile


    Source de référence pour la notification du 2 juin 2026, les deux forces utilisatrices et les termes employés par l’État, qui ne publie aucune vitesse ni portée.

  • Naval News, « France Conducts First VMaX Hypersonic Glide Vehicle Test », juin 2023

    France Conducts First VMaX Hypersonic Glide Vehicle Test


    Établit la nature du démonstrateur essayé le 26 juin 2023 depuis Biscarrosse, un planeur non propulsé, et son rôle dans la feuille de route nationale en hypervélocité.

  • Defense News, « France studies nuclear missile replacement », 29 novembre 2014

    France Studies Nuclear Missile Replacement


    Rapporte l’annonce du ministre de la Défense le 20 novembre 2014 et les propos d’avril 2014 du chef d’état-major de l’armée de l’air sur une option à Mach 7 ou 8.

  • Defense News, « Onera explores Mach 8 missile engine technology », 17 octobre 2015
    https://www.defensenews.com/2015/10/17/onera-explores-mach-8-missile-engine-technology/
    Montre que le chiffre de Mach 8 est un objectif de recherche sur un banc d’essai moteur, et non une caractéristique annoncée du missile.
  • GlobalSecurity, notice ASN-4G
    https://www.globalsecurity.org/wmd/world/france/asn-4g.htm
    Situe le début des études à l’été 2014, détaille les programmes d’études amont sur la propulsion et donne les performances du missile actuellement en service.
  • Wikipédia, notice du missile ASN4G
    https://en.wikipedia.org/wiki/ASN4G
    Fournit l’origine des travaux au début des années 1990, la confirmation officielle de 2014, le choix du superstatoréacteur et les estimations de portée attribuées à la presse.

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