L’Italie paie 5,14 milliards d’euros à l’Allemagne pour son char mais refuse son canon de 130 mm

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• Said LARIBI

Said LARIBI

L'Italie paie 5,14 milliards d'euros à l'Allemagne pour son char mais refuse son canon de 130 mm
Le démonstrateur exposé à Paris reposait sur une caisse de Leopard 2A4 surmontée d'une tourelle inédite, la version de série devant recevoir un châssis entièrement nouveau. (© Saïd Laribi / Forum Militaire)

Rome vient d’ouvrir une procédure d’achat géante pour remplacer ses vieux Ariete, avec un engin dérivé du Panther de Rheinmetall mais assemblé en Italie.

L’information n’a pas été annoncée en fanfare. Elle est apparue le 21 septembre dans une base de données de l’autorité anticorruption italienne, sous la forme d’une ligne austère et d’un code de dix caractères. Derrière ce document se cache le futur char de combat de l’armée italienne, un engin conçu avec l’allemand Rheinmetall. Et la manière dont Rome a monté cette affaire mérite qu’on s’y arrête.

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Une ligne dans une base de données

Le montant donne le ton, 5,14 milliards d’euros, pour la fourniture d’un nouveau char et des véhicules dérivés de sa caisse. L’acheteur est la direction des armements terrestres du ministère, à Rome. Le reste est remarquablement vide. Aucun fournisseur n’est nommé, aucune quantité n’est précisée, aucun calendrier de livraison n’apparaît. Un observateur italien a repéré la ligne le lendemain et l’a relayée sur les réseaux. Détail savoureux, la date limite de remise des offres était fixée au jour même de la publication.

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Deux blasons sur une même plaque

Le programme porte le nom de New Main Battle Tank, après avoir été un temps baptisé char de combat italien. Il est développé par LRMV, une coentreprise née en octobre 2024 entre l’italien Leonardo et l’allemand Rheinmetall. Le capital est partagé à parts égales, le siège juridique est à Rome et le siège opérationnel à La Spezia. Surtout, 60 % des travauxdoivent être réalisés en Italie, l’assemblage final, les essais d’homologation, la livraison et le soutien logistique compris. La répartition des rôles est nette. L’Allemand fournit la plateforme, l’Italien apporte l’électronique, les systèmes de mission et l’intégration de l’armement.

Un Panther qui apprend l’italien

La base technique, c’est le Panther KF51 de Rheinmetall, un char présenté comme la nouvelle génération allemande. Rome ne l’achète pourtant pas sur étagère. L’engin est retravaillé selon les besoins de l’armée italienne, au point de devenir un modèle distinct. Le démonstrateur exposé au salon Eurosatory de Paris en juin donnait d’ailleurs une image trompeuse, puisqu’il reposait sur une caisse de Leopard 2A4 coiffée d’une tourelle neuve. La version de série recevra un châssis inédit. Les chiffres annoncés décrivent un engin de 69,5 tonnes servi par quatre hommes, capable de 70 km/h et de 450 km d’autonomie.

Char Panther KF51 de Rheinmetall en mouvement sur une piste forestière, camouflage pixelisé gris et jaune, canon pointé vers la gauche
Le Panther KF51 sert de base technique au futur char italien, qui en reprend l’architecture avant d’être adapté aux besoins de l’armée de Rome. (© Rheinmetall)

Le calibre de la discorde

Voilà le choix le plus discuté du programme. Rheinmetall pousse depuis des années son canon de 130 mm, censé redonner l’avantage face aux blindages modernes. L’Italie a préféré rester au 120 mm, un Rh-120 de 55 calibres de long alimenté par un chargeur automatique qui tient 20 obus prêts au tir. L’industriel met en avant la maturité du Panther et la compatibilité avec les obus guidés Vulcano de Leonardo, qui permettent de frapper loin avec précision. S’y ajoute un argument que la presse spécialisée relève systématiquement, la commonalité des munitions dans l’Alliance, où le 120 mm à âme lisse domine largement, du Leopard à l’Abrams. Passer au 130 aurait isolé les unités italiennes dans une coalition. L’option reste ouverte, la fiche technique prévoyant le changement de calibre.

Char NMBT de LRMV vu de trois quarts sur le stand Leonardo à Eurosatory 2026, avec sa fiche technique et un obus Vulcano de 120 mm au premier plan
Sur le stand LRMV, le char était présenté aux côtés d’un obus guidé Vulcano de 120 mm, l’argument que l’industriel oppose au passage à un calibre supérieur. (© Guillaume Aigron / Forum Militaire)

Un char qui tire aussi sur les drones

Le reste de l’armement raconte l’époque. À côté du canon principal, une mitrailleuse de 12,7 mm. Au-dessus, un tourelleau téléopéré Blaze 30 signé Leonardo, qui tire du 30 mm à fragmentation programmable, de quoi engager des cibles au sol comme des appareils volants. Le démonstrateur parisien portait en plus des lanceurs de munitions rôdeuses, ces petits engins qui tournent au-dessus d’une zone avant de plonger sur leur cible, et qui servent aussi de capteurs déportés pour l’équipage. La protection suit la même logique, avec un lanceur de leurres ROSY et un dispositif Strike Shield chargé d’intercepter les projectiles avant l’impact.

Ce que l’Ariete laisse derrière lui

L’engin remplacé n’a pas démérité, il a simplement vieilli. Le C1 Ariete est entré en service au milieu des années 1990, à environ 200 exemplaires. Faute de successeur, Rome a lancé une rénovation à mi-vie vers le standard C2, confiée au consortium CIO formé par Iveco et Leonardo. Le contrat signé en août 2023 porte sur 90 chars pour près de 849 millions d’euros, avec une option sur 35 de plus. Le premier exemplaire modernisé est arrivé dans les unités en juillet 2025. Une solution d’attente, le temps que le nouveau char apparaisse. Les premières livraisons du NMBT sont visées dès 2027, neuf engins pour commencer, avant un pic de production annoncé pour 2031.

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Le vrai chiffre est ailleurs

Ces 5,14 milliards ne sont qu’une part d’un ensemble plus vaste. Fin 2024, une commission parlementaire a validé une enveloppe de 8,2 milliards d’euros courant de 2025 à 2038 pour cette famille de blindés. Le compte annoncé par la coentreprise est précis, 132 chars armés et environ 140 véhicules spécialisés bâtis sur la même caisse, dépannage, génie et pose de pont, soit un peu plus de 270 engins. Un chiffre de 380 chars avait circulé début 2025, avant que le programme ne se stabilise sur ce format. Et la même coentreprise pilote un second marché, encore plus gros en volume.

Programme Base technique Volume annoncé
Nouveau char de combat Panther KF51 de Rheinmetall 132 chars et environ 140 véhicules spécialisés
Système de combat blindé Lynx de Rheinmetall plus de 1 000 véhicules en 16 versions

Sources :

  • Autorité nationale anticorruption italienne, fiche BD0D09994D publiée le 21 septembre 2026
  • Leonardo et Rheinmetall, communiqués sur la création de la coentreprise LRMV, 15 octobre 2024
  • LRMV, présentation du démonstrateur au salon Eurosatory, Paris, juin 2026
  • Contrat de modernisation des chars Ariete au standard C2, consortium CIO, août 2023
  • Defence Blog, Militarnyi, EDR Magazine, TURDEF

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