Dans une Baltique devenue verrou stratégique de l’OTAN mais toujours truffée de mines et désormais guettée par les drones, Saab propose un navire qui refuse de choisir entre chasser les mines et patrouiller.
À première vue, l’engin de 66 mètres ressemble à un bâtiment de guerre des mines classique. Pourtant en y regardant de plus près, on se rend compte que le constructeur suédois a voulu faire tenir dans une seule coque plusieurs un chasseur de mines, un patrouilleur et un navire capable de se défendre contre les drones.
Un concept qui pourrait intéresser de nombreuses marines dans le monde.
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Le constructeur suédois a dévoilé son nouveau concept de chasseur de mines MCMV 24 au salon DALO Industry Days, au Danemark
Un navire qui refuse de choisir
Le chasseur de mines traditionnel est un spécialiste : lent, discret, taillé pour une seule tâche, débusquer et neutraliser les mines. Le MCMV 24 prendrait le contre-pied de cette logique. Saab l’a conçu comme une plateforme « bonne à tout faire », déclinable en version patrouilleur ou garde-côtes selon les besoins, autour d’une coque commune. L’intérêt saute aux yeux pour un état-major aux moyens comptés : une seule famille de navires à entretenir, un équipage formé sur un socle unique, des pièces mutualisées.
Pour une petite marine, entretenir deux flottes spécialisées côte à côte est un luxe difficile à financer.
Ce pari vise une clientèle précise qui se situe autour de la Baltique. Les marines estonienne, lettonne et lituanienne ont bâti depuis des décennies une vraie expertise de la guerre des mines sur cette mer. Leurs besoins ont pourtant changé : elles réclament désormais des moyens de patrouille au large, pour surveiller leurs approches maritimes et les infrastructures qui tapissent les fonds. Un bâtiment qui sait à la fois traquer une mine et tenir une zone répond exactement à cette double attente, sans obliger ces marines modestes à aligner deux types de navires distincts.
La Baltique n’est plus une arrière-cour
La Baltique est un cimetière de mines : les deux guerres mondiales y ont laissé des dizaines de milliers d’engins, dont beaucoup dorment encore sous la surface. À cet héritage s’ajoute une menace bien vivante. Depuis l’invasion de l’Ukraine, la tension avec la Russie a transformé cette mer semi-fermée en zone de friction permanente, où les câbles sous-marins et les gazoducs sont sabotés à répétition et où le mouillage de mines redevient une hypothèse sérieuse.
Saab part d’un constat simple : dans un tel théâtre, la menace ne se cantonne pas à quelques zones identifiées. Elle s’étend des côtes ennemies jusqu’aux ports amis, en passant par le large. Traiter les mines à distance de sécurité, depuis un navire resté à l’écart, devient compliqué. Le constructeur a donc préféré un bâtiment plus compact, capable d’entrer directement dans la zone piégée pour y travailler. Comme la panoplie des menaces s’élargit (mines classiques, mines larguées par avion, et bientôt mines déposées par des drones de surface), le navire devait aussi savoir se défendre seul, sans escorte dédiée.
Vitesse contre discrétion
La polyvalence a un prix, et il se lit d’abord dans la motorisation. Sur la classe Koster, référence suédoise du genre, la propulsion repose sur des propulseurs Voith Schneider, ces hélices cycloïdales qui offrent une manœuvrabilité et une discrétion remarquables, au prix de la vitesse. Le MCMV 24 leur tourne le dos et revient à des hélices classiques. Le navire y perd un peu en finesse de manœuvre et en discrétion acoustique, mais il gagne en allonge : 22 nœuds, soit environ 41 km/h, contre une quinzaine pour un chasseur de mines ordinaire. Cette vitesse est présentée comme la clé d’une souplesse d’emploi que les bâtiments de guerre des mines n’autorisent pas d’habitude.
Le reste de l’équipement a été soigné. La coque en composite plastique renforcé de fibre de verre, spécialité du chantier Kockums de Saab, reste amagnétique pour ne pas réveiller les mines à influence. Le navire reçoit un radar Giraffe 1X et le système de conduite de tir et électro-optique CEROS. La liste d’options d’armement aligne un canon de pont Bofors de 40 mm, la torpille légère maison (la TP 47 dans la marine suédoise) et les missiles anti-drones Nimbrix, un intercepteur « tire-et-oublie » à destruction directe, annoncé à bas coût, capable de traiter un drone entre 2 et 5 kilomètres.
La chasse aux mines proprement dite s’appuie sur des engins sous-marins télépilotés et autonomes : une porte d’étrave sert à mettre à l’eau et à récupérer un robot Double Eagle, une rampe arrière lance un drone de surface dédié, et le pont arrière accueille des modules de mission interchangeables. Le contraste avec la classe Koster, que le MCMV 24 pourrait remplacer, résume tous ces choix :
| Caractéristique | MCMV 24 (concept) | Classe Koster |
|---|---|---|
| Longueur | 66 m | 47,5 m |
| Vitesse maximale | 22 nœuds (environ 41 km/h) | 15 nœuds (environ 28 km/h) |
| Propulsion | Hélices classiques | Propulseurs Voith Schneider |
| Coque | Composite GRP amagnétique | Composite GRP amagnétique |
| Capteurs principaux | Radar Giraffe 1X, conduite de tir CEROS | Radar de navigation, sonar de chasse aux mines |
| Armement | Canon Bofors 40 mm, torpille TP 47, missiles anti-drones Nimbrix | Canon de 40 mm, mortiers anti-sous-marins |
| Guerre des mines | ROV/AUV, porte d’étrave, rampe pour drone de surface | ROV, dragage mécanique et à influence |
| Statut | Concept dévoilé en 2026 | En service depuis les années 1980 |
Des clients à convaincre
Le premier prospect pourrait être la Suède elle-même, qui cherche un successeur à sa classe Koster, des navires dérivés de la classe Landsort conçue dans les années 1980. Saab dit aussi avoir entamé des discussions précoces avec le Danemark et l’Allemagne, deux marines aux besoins voisins. De quoi esquisser un marché régional, à condition que le concept dépasse un jour le stade de la planche à dessin.
En misant sur la polyvalence et la vitesse, Saab s’écarte de la tendance dominante, qui voit plutôt de grands bâtiments-mères rester à distance et envoyer des drones faire le sale boulot à leur place. Les marines baltes trancheront selon leur budget et leur doctrine : préfèreront-elles un « couteau suisse » qui entre lui-même dans le champ de mines, ou un porteur prudent qui délègue le risque à des machines ?
Sources principales :
- Naval News Saab Reveals MCMV 24 Mine Warfare Concept Tailored for the Baltic (7 septembre 2026)
https://www.navalnews.com/naval-news/2026/09/saab-mcmv-24-mine-countermeasures-vessel/
Présentation du concept au DALO Industry Days : dimensions, choix de propulsion, capteurs, armement et clients visés. - Saab Mine Counter Measure Vessels (MCMV)
https://www.saab.com/products/mine-counter-measure-vessels
Héritage de Saab Kockums en guerre des mines, coque composite amagnétique et filiation des classes Landsort, Koster et Bedok. - Wikipedia Landsort-class mine countermeasures vessel
https://en.wikipedia.org/wiki/Landsort-class_mine_countermeasures_vessel
Caractéristiques de la classe Landsort/Koster : longueur, propulseurs Voith Schneider, vitesse et coque en fibre de verre.