Les États-Unis ont supprimé la tourelle habitée de leur char et c’est la Russie qui avait eu l’idée en premier

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Said LARIBI

Les États-Unis ont supprimé la tourelle habitée de leur char et c'est la Russie qui avait eu l'idée en premier
L'armée américaine n'a précisé ni le lieu de l'exercice ni les unités engagées, et n'a publié aucun résultat de ces tirs. (Photo : Alexander Miller)

Le futur char lourd américain abandonne le poste de tir le plus exposé du véhicule. Personne ne sera plus assis là où les coups arrivent en premier.

Les images sont arrivées par un canal inattendu, le compte LinkedIn du directeur de la technologie auprès du chef d’état-major de l’armée américaine. On y voit tirer à munitions réelles le futur Abrams et les deux prototypes qui se disputent la succession du Bradley. C’est l’un des premiers aperçus publics de ces engins en action. Et le char qui apparaît ne ressemble plus vraiment à un Abrams.

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Une démonstration dévoilée sur un réseau social

La séquence n’est pas sortie d’un service de communication mais du fil personnel d’Alexander Miller, qui occupe une fonction de directeur technique auprès du plus haut gradé de l’armée de terre américaine. Il raconte avoir pris en main le pré-prototype du nouveau char, l’un des deux candidats au remplacement du Bradley, un canon automoteur et quelques optiques, puis avoir regardé des robots abattre des drones. Ni le lieu ni les unités engagées ne sont précisés, et aucun résultat n’a été publié depuis.

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Personne n’est plus assis là-haut

Voilà la rupture. Sur tous les Abrams depuis 1980, trois hommes travaillent dans la tourelle et un quatrième conduit dans la caisse. Le M1E3 inverse la logique. La tourelle ne contient plus personne, ni trappes ni périscopes, et les trois servants, chef de char, tireur et pilote, descendent s’asseoir à l’avant du véhicule, derrière le blindage le plus épais. Un chargeur automatique logé dans le panier arrière remplace le quatrième homme. Chaque poste peut d’ailleurs reprendre les fonctions d’un autre, au point que l’industriel a montré l’engin fonctionnant avec un seul opérateur, sans que ce soit le mode d’emploi prévu.

Opérateur installé à un poste de tir numérique dans un blindé, deux écrans superposés et une poignée de commande en main
Puisque la tourelle ne contient plus personne, l’équipage travaille sur écrans, avec une vue des alentours reconstituée par les caméras réparties sur le véhicule. (Photo : Alexander Miller)

Sept tonnes de moins sur la balance

Le chiffre paraît modeste, il ne l’est pas. L’Abrams actuel dans sa version la plus récente pèse 66,8 tonnes, un embonpoint qui lui interdit nombre de ponts et complique chaque transport stratégique. La cible du nouveau modèle descend à 60 tonnes. Supprimer l’habitacle de tourelle, c’est supprimer le volume à protéger qui coûte le plus cher en acier, puisqu’il faut blinder tout autour d’hommes debout. Méfiance avec les chiffres qui circulent, les sources américaines comptent en tonnes courtes de 907 kg, et plusieurs reprises ont converti de travers.

Abrams actuel Futur modèle
Masse 66,8 tonnes 60 tonnes visées
Équipage 4 hommes 3 hommes
Position de l’équipage 3 en tourelle, 1 en caisse Les 3 dans la caisse
Chargement Manuel Automatique
Motorisation Turbine Diesel hybridé

Une manette de jeu pour piloter soixante tonnes

Puisque plus personne ne regarde dehors par un périscope, tout passe par l’écran. Des caméras réparties sur la caisse et la tourelle reconstituent la vue extérieure, et les postes d’équipage sont entièrement logiciels, donc reconfigurables. Le détail qui amuse, c’est l’organe de conduite retenu sur le prototype, une manette de simulation du commerce, du type de celles qu’utilisent les joueurs de course automobile. L’argument est sérieux, un conducteur formé en quelques heures au lieu de quelques semaines.

Ce que Moscou avait montré en premier

Soyons honnêtes sur la paternité de l’idée. L’architecture à tourelle inhabitée et équipage regroupé dans une capsule blindée n’a rien d’une invention américaine. Le T-14 russe, présenté en 2015, est officiellement reconnu comme le premier char de série doté d’une tourelle entièrement inoccupée. Sa carrière opérationnelle est restée très modeste, mais le concept était posé. L’Amérique arrive donc onze ans plus tard sur une idée qu’elle avait longtemps jugée trop risquée, parce qu’un équipage privé de vision directe dépend entièrement de ses capteurs.

Canon automoteur de 155 mm monté sur châssis de camion militaire, tube relevé et vérins stabilisateurs déployés
L’armée américaine veut remplacer ses pièces tractées par un canon de 155 mm sur roues, capable de tirer puis de quitter sa position sans délai. (Photo : Alexander Miller)

Un parapluie contre les engins qui tombent du ciel

Le reste de la conception raconte la guerre d’aujourd’hui. L’engin recevra un système de protection active de conception israélienne, capable d’intercepter aussi bien un missile antichar qu’un drone-suicide piquant sur le toit. Un petit radar antidrone complète la veille. Au-dessus de la tourelle, un tourelleau téléopéré emporte un lance-grenades de 40 mm, une mitrailleuse et un missile Javelin. La motorisation changera aussi de nature. Le prototype filmé tourne encore à la turbine de 1 500 chevaux de l’Abrams actuel, mais la série doit recevoir un diesel Caterpillar de 1 000 à 1 100 chevaux assisté d’un moteur électrique, pour une consommation annoncée en baisse de 40 à 50 %.

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Deux rivaux pour le Bradley et un canon coréen

Le char n’était pas seul sur le terrain. Deux prototypes concourent pour remplacer le vénérable Bradley, l’un proposé par General Dynamics, l’autre dérivé du Lynx de Rheinmetall. Chaque industriel en construit huit, les premiers ont été livrés fin août et début septembre, et tous partiront dans la même brigade blindée du Texas pour être malmenés par des soldats, avec un passage au centre national d’entraînement prévu au printemps 2027. S’y ajoutait un canon automoteurde 155 mm sur roues, destiné à remplacer les pièces tractées, et pour lequel l’armée américaine a retenu en août une solution coréenne, six prototypes commandés avec une option sur douze de plus. Quant au char lui-même, sa capacité opérationnelle initiale n’est pas espérée avant 2030.

Sources :

  • Alexander Miller, directeur technique auprès du chef d’état-major de l’armée américaine, publication LinkedIn du 4 octobre 2026
  • The War Zone et Army Recognition, présentations du prototype et calendrier du programme
  • Guinness World Records, antériorité du char russe sur la tourelle inoccupée

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