La France peut se vanter de posséder un trésor inestimable : le seul exemplaire connu au monde encore en état de marche et avec moteur d’origine du char Tigre I

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• Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Depuis septembre 2026, La France peut se vanter d'avoir le seul exemplaire au monde encore en état de marche et avec moteur d'origine du char Tigre I
Le Tigre I 114 « Bretagne » du Musée du blindé de Saumur - crédit : DR

Après soixante-dix ans d’attente et de silence, ce char Tigre a de nouveau rugi à Saumur.

Fin septembre 2026, le Musée des Blindés de Saumur a fait redémarrer son char Tigre I, au terme d’une longue restauration baptisée « Le Tigre à cœur ouvert ». L’engin devient seuelement le deuxième Tigre I au monde à rouler de nouveau, après le célèbre Tiger 131 du musée de Bovington, au Royaume-Uni.

Surtout, il est désormais le seul à le faire avec son moteur d’origine, là où l’exemplaire britannique tourne grâce à un Maybach de remplacement. L’occasion pour nous de vous conter l’histoire peu commune de ce char qui aura vécu une seconde guerre mondiale « peu commune ».

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Notre Tigre, portant le numéro de tourelle 114, sort des usines Henschel en avril 1944 et rejoint aussitôt le front de Normandie. Comme tant d’autres, il y connaît le sort réservé à cette mécanique aussi redoutable que capricieuse : il tombe en panne dans la poche de Falaise et son équipage allemand l’abandonne. C’est là que son destin bascule. Récupéré et remis en état par des résistants des Forces françaises de l’intérieur, le fauve change de camp et participe aux combats pour la libération du pays, notamment autour de la poche de Saint-Nazaire.

La suite est plus étonnante encore. Versé dans l’armée française, l’engin sert durant l’occupation en Allemagne sous les noms de « Bretagne » puis de « Colmar », au point d’avoir porté les couleurs françaises plus longtemps que les couleurs allemandes !

Il devient même le tout dernier Tigre en service actif au monde, avant d’être transformé en « char laboratoire » : les ingénieurs français le démontent et l’étudient pour rattraper le retard technologique accumulé pendant l’Occupation. Endormi ensuite à Satory, près de Paris, il est sauvé par le fondateur du musée, le colonel Michel Aubry, qui en fait l’une des pièces maîtresses de sa collection (l’auteur de cet article qui a eu l’immense plaisir d’être pris en photo devant remercie ce « bienfaiteur »).

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La livrée « Bretagne » n’a rien d’une fantaisie

La remise en route du char a ravivé un débat sur les réseaux sociaux : certains passionnés reprochent au musée sa livrée, frappée du nom « Bretagne » et d’une cocarde tricolore, jugée peu conforme à un Tigre allemand.

Comme souvent avec les réseaux sociaux, les « rageux » sont à côté de la plaque puisque, comme nous venons de le voir, cette livrée correspond très exactement à la période française du char, lorsqu’il combattait sous pavillon national.

Loin de trahir l’Histoire, le camouflage est au contraire un rappel que certains matériels ont pu servir dans les deux camps pendant la guerre (dans l’autre sens, le IIIe Reich n’a pas hésité non plus à utiliser les excellents Somua-S35 après l’armistice de 1940).

Le seul Tigre à rugir avec son moteur d’origine

Sur les 1 354 Tigre I produits par l’Allemagne, il n’en subsiste que six exemplaires complets dans le monde, et celui de Saumur est le seul à avoir conservé la totalité de ses pièces d’origine, jusqu’à son précieux bloc moteur. Ce moteur, un Maybach V12, n’avait plus tourné depuis 1955. Démonté en décembre 2022, il a livré une bonne surprise aux mécaniciens : malgré son grand âge, il était remarquablement conservé (« Deutsch Qualität »).

La restauration a mobilisé les quatre ouvriers d’État de l’atelier du musée, épaulés par des bénévoles passionnés et par l’entreprise polonaise Panzer Farm, spécialiste chargée du bloc moteur, avec le concours de la marque COBI. Le financement, lui, est venu du public : une collecte participative a réuni plus de 270 000 euros auprès de quelque 2 500 donateurs, preuve de l’attachement suscité par ce chantier à la fois historique, patrimonial et mémoriel.

Fiche technique du Tigre I :

Caractéristique Tigre I (Panzerkampfwagen VI Ausf. E)
Constructeur Henschel (Allemagne)
Production 1 354 exemplaires (1942-1944)
Équipage 5 hommes
Masse Environ 57 tonnes en ordre de combat
Longueur 8,45 m (canon vers l’avant)
Largeur 3,7 m
Hauteur 3 m
Moteur Maybach HL230 P45, V12 essence, environ 700 ch
Vitesse sur route Environ 40 km/h
Autonomie Environ 110 à 140 km sur route
Armement principal Canon de 8,8 cm KwK 36 L/56
Armement secondaire 2 mitrailleuses MG34 de 7,92 mm
Blindage De 25 à 120 mm
Exemplaires complets subsistants 6 dans le monde (seul celui de Saumur avec toutes ses pièces d’origine)

Petit rappel utile, il ne faut pas confondre ce Tigre I avec le Tigre II, ou Königstiger, que Saumur fait rouler depuis des années, lui aussi rareté unique au monde avec son moteur d’origine.

Sources principales :

  • Musée des Blindés de Saumur Projet de restauration du Tigre I

    Projet de restauration


    Parcours du char n°114, service sous les noms de « Bretagne » puis « Colmar » et conservation de toutes ses pièces d’origine.

  • Musée des Blindés de Saumur Le Tigre à cœur ouvert (phase II)

    le tigre a coeur ouvert phase ii


    Déroulé de la restauration, rôle de Panzer Farm sur le bloc moteur et collecte participative de plus de 270 000 euros.

  • Wikipédia Tiger 131
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Tiger_131
    Seul Tigre I resté en état de marche jusqu’ici, à Bovington, remotorisé avec un Maybach HL230 de remplacement.
  • Vibration Maine-et-Loire : mission accomplie pour le Musée des Blindés de Saumur (janvier 2024)
    https://www.vibration.fr/maine-et-loire-mission-accomplie-pour-le-musee-des-blindes-de-saumur
    Démontage du moteur en décembre 2022, état de conservation exceptionnel et objectif de faire rouler le char.

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