Six navires dont un porte-hélicoptères Mistral, un hélicoptère britannique et une nuée de drones lancés depuis l’île du Levant.
Du 28 septembre au 2 octobre 2026, la division entraînement de la Force d’action navale a conduit la sixième édition de l’exercice WILDFIRE, dédié à la lutte anti-drones aériens et de surface.
Cette année, l’exercice atteint des proportions encore jamais vues et ce n’est probablement que le début, tant l’urgence de préparer la Marine nationale aux nouvelles menaces se fait sentir.
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WILDFIRE : un exercice qui grossit avec la menace
WILDFIRE est né en 2022 avec une seule frégate pour éprouver, timidement, ses systèmes face aux drones. L’exercice a enflé année après année au rythme où les drones envahissaient les théâtres d’opérations. En 2025, cinq frégates et un ravitailleur affrontaient déjà vingt-six cibles aériennes de type Snipe et Banshee, ainsi que neuf zodiacs télécommandés simulant les attaques de petites embarcations rapides. L’édition 2026 franchit encore un nouveau palier avec, pour la première fois, l’intégration d’un porte-hélicoptères amphibie de la classe Mistral à côté des bâtiments de combat.
L’exercice se nourrit, pas à pas, des enseignements tirés des récents conflits : la mer Rouge, où les frégates européennes et américaines dépensent des missiles de défense aérienne hors de prix pour abattre des drones à quelques dizaines de milliers d’euros, et l’Ukraine, où drones et bateaux-suicides ont profondément changé la physionomie des affrontements sur la mer Noire.
La Marine nationale ne veut pas être prise de court le jour où la menace se présentera à ses propres portes et s’exerce donc à contrer ces nouvelles menaces.
Les forces engagées à Toulon
Six navires de combat et de soutien, l’ensemble des catégories de l’aviation navale, un allié britannique et plusieurs industriels se sont retrouvés dans la même zone d’entraînement, autour d’un « plastron » (les cibles d’exercice ) orchestré par la DGA :
| Catégorie | Moyens engagés dans WILDFIRE 26.2 |
|---|---|
| Bâtiments de surface | 1 FREMM à capacité de défense aérienne renforcée (FREMM DA), 1 bâtiment ravitailleur de force (BRF), 1 frégate de type La Fayette, 2 frégates de défense aérienne (classe Horizon), 1 porte-hélicoptères amphibie Mistral (première édition) |
| Aviation de combat | Rafale Marine des flottilles 12F et 17F |
| Patrouille maritime | 1 Atlantique 2 |
| Hélicoptères français | Flottilles 31F, 33F, 35F et 36F |
| Allié engagé | 1 hélicoptère AW159 Wildcat de la Royal Navy britannique |
| Plastron (menaces simulées) | Drones aériens et de surface mis en œuvre par la DGA Essais de missiles depuis l’île du Levant |
| Industriels partenaires | 8 industriels liés à la Marine, dont Naval Group explicitement identifié |

De jour comme de nuit, sous saturation
Les équipages ont été soumis, selon le ministère, à « des assauts et des essaims de drones » simulant une « menace saturante ». La formule traduit une réalité opérationnelle que l’on retrouve dans les attaques russes sur Odessa ou houthies en mer Rouge : les drones ne viennent plus seuls, mais par dizaines, souvent de nuit, et par vagues coordonnées. Face à ce type d’offensive, même un radar dernier cri et un missile high-tech ne suffisent plus. Il faut la bonne arme contre la bonne cible, le bon capteur au bon moment, et des hommes capables de prendre des décisions en quelques secondes dans un déluge d’alertes.
L’exercice a volontairement intégré de nouveaux équipements, testés en conditions réelles. Trois sont nommés par le ministère et viennent du même industriel, Naval Group : les drones intercepteurs de drones (DID), les drones de surface MAGELLAN, et le système d’auto-défense en champ proche Rampart. Ce dernier (dont nous vous avons parlé dans un récent article) a d’ailleurs effectué son baptême de feu en mer à cette occasion, à bord du Mistral, en abattant notamment un drone cible à la roquette guidée laser de 68 mm. L’équation économique devient enfin tenable : quelques milliers d’euros par tir, contre plusieurs millions pour un missile Aster.
Un triangle Marine, DGA, industriels
Au-delà des matériels, c’est tout un modèle de coopération que WILDFIRE met à l’épreuve. La Marine fournit les équipages et les navires. La DGA, via son centre d’essais de l’île du Levant, invente et met en œuvre les menaces, ajuste leur intensité, et mesure les parades. Huit industriels, dont Naval Group est le plus visible, mettent à disposition leurs prototypes pour qu’ils soient confrontés, enfin, à des conditions proches du combat.
Cette coopération inter-organique permet, en quelques jours, de valider ou de corriger un équipement, ou de nourrir le cahier des charges du suivant. Un lanceur comme le Rampart, par exemple, aurait mis des mois, voire des années, à prouver sa valeur sans ce type d’exercice. L’intégration d’un hélicoptère Wildcat de la Royal Navy ajoute une dimension supplémentaire : la Marine ne combattra sans doute jamais seule les futurs essaims de drones, et l’interopérabilité avec les alliés européens compte autant que la mise au point de nouveaux équipements.
Un déluge que la Marine voit arriver
Si la Marine investit à ce point dans WILDFIRE, c’est que la menace drones, loin de faiblir, s’industrialise. En Ukraine, la production nationale est passée d’environ 800 000 engins en 2023 à deux millions en 2024, puis à cinq millions ciblés en 2025, dont une grande majorité de drones FPV. Kiev vise désormais sept à dix millions d’unités pour 2026, et la Russie, selon les mêmes sources, affiche des chiffres similaires.
Rien que sur le mois de septembre 2026, Moscou aurait envoyé environ deux mille drones à réaction contre l’Ukraine, contre trois cent cinquante en juin, soit une multiplication par près de six en un trimestre !
Cette inflation déborde largement du théâtre ukrainien. Le marché mondial des drones militaires, dominé par les États-Unis et la Chine, affiche des taux de croissance à deux chiffres jusqu’en 2030. L’Iran continue d’exporter ses Shahed, la Turquie ses Bayraktar, et les armées européennes commencent, à leur tour, à constituer des stocks.
Autrement dit, la saturation que les équipages ont affrontée au large de Toulon pendant cinq jours n’est plus une hypothèse d’école : c’est le visage attendu de la prochaine opération en mer, qu’elle se joue en mer Rouge, en Méditerranée orientale ou en Baltique.
Sources principales :
- Ministère des Armées Communiqué de presse — Exercice WILDFIRE 26.2 : la Marine nationale s’entraîne face à la menace drone (2 octobre 2026)
Communiqué officiel détaillant les forces engagées, les moyens de l’aéronautique navale et les nouveaux équipements testés (DID, MAGELLAN, Rampart). - DGA (defense.gouv.fr) DGA Essais de missiles relève les défis toujours plus complexes de l’exercice Wildfire
https://www.defense.gouv.fr/dga/actualites/dga-essais-missiles-releve-defis-toujours-plus-complexes-lexercice-wildfire
Rôle du centre de l’île du Levant comme plastron, évolution de l’exercice depuis 2022 et détail des cibles mises en œuvre. - Polytechnique Insights How experience in Ukraine is redefining military balances with 5 million drones per year (2026)
https://www.polytechnique-insights.com/en/columns/science/how-experience-in-ukraine-is-redefining-military-balances-with-5-million-drones-per-year
Chiffres de production ukrainienne de drones (800 000 en 2023, 2 millions en 2024, 5 millions ciblés en 2025) et comparaison avec les volumes russes.
