Un chasseur qui se vend d’autant mieux à l’international qu’il aurait fait ses preuves au combat face au Rafale.
Le 28 août 2026, la télévision d’État ouzbèke a levé le voile sur sa dernière acquisition : le chasseur chinois J-10CE. À l’occasion du 35e anniversaire de l’indépendance du pays, au moins six appareils ont été montrés sur la base de Karshi-Khanabad, dans le sud du pays, accueillis par la traditionnelle haie d’honneur des canons à eau.
Tachkent devient ainsi le deuxième client export de ce chasseur, après le Pakistan, et le premier État d’Asie centrale à s’offrir un avion de combat moderne venu de Chine. Une petite révolution dans une région longtemps chasse gardée de Moscou.
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le J-10 chinois vient de décrocher un nouveau client, l’Ouzbékistan
Un argument de vente forgé au combat
Une des raisons de ce succès commercial est probablement à chercher du côté de ce qu’il s’est passé lors de l’opération indienne Sindoor en 2025. Après ce choc frontalier entre l’Inde et le Pakistan, Islamabad avait revendiqué la destruction de plusieurs chasseurs indiens, dont au moins une victoire (supposée) sur un Rafale, à l’aide de J-10C tirant des missiles PL-15. Le décompte exact reste contesté, mais peu importe : sur le marché de l’armement, l’image s’est imprimée. Pour la première fois, un chasseur chinois se voyait crédité d’avoir tenu tête, voire dominé, un fleuron occidental.
Cet épisode est devenu le meilleur commercial de Chengdu, le constructeur du J-10. L’analyste chinois Zhang Junshe, cité par le Global Times, ne s’en cache pas : parmi les quatre raisons du choix ouzbek figure explicitement la « performance au combat prouvée » lors des engagements indo-pakistanais.
Nous l’écrivions récemment à propos de l’exercice sino-égyptien où J-16 et Rafale se croisaient : la Chine mène une véritable bataille de communication autour de ses avions. L’Ouzbékistan en est la démonstration concrète, cette fois traduite en contrat.
Que vaut vraiment le J-10CE ?
On parle d’ici de sa version export, J-10C. Il s’agit donc d’un chasseur monomoteur monoplace de génération dite 4++ (ce qui le situe juste sous les appareils furtifs de cinquième génération). Il embarque un radar à antenne active AESA, une suite de guerre électronique moderne et le missile air-air longue portée PL-15E, capable de frapper au-delà de la portée visuelle. De quoi faire entrer l’aviation ouzbèke dans une autre époque… du moins pour une partie.
À côté, l’Ouzbékistan aligne en effet encore des MiG-29 et des Su-27 hérités de l’ère soviétique, dont une partie seulement reste en état de voler, faute de pièces et d’entretien. Le J-10CE leur apporte la détection à longue distance, la résilience électronique et l’interception lointaine qui leur manquaient cruellement.
| Caractéristique | Chengdu J-10CE |
|---|---|
| Constructeur | Chengdu Aircraft Industry Group (Chine) |
| Type | Chasseur monomoteur monoplace, génération 4++ |
| Radar | AESA à antenne active |
| Missile principal | PL-15E (air-air longue portée) |
| Coût unitaire estimé | 40 à 50 millions de dollars (environ 34 à 43 millions d’euros) |
| Opérateurs export | Pakistan, Ouzbékistan |
| Clients potentiels | Bangladesh, Indonésie (intérêt exprimé) |
Combien d’avions, et à quel prix ?
Sur les chiffres, la prudence reste de mise. Si la ministre ouzbèke de la Défense avait confirmé une commande dès juillet 2025, et que de nombreux rapports évoquent un total de 24 appareils pour environ un milliard de dollars (environ 850 millions d’euros), Tachkent n’a jamais officiellement validé ce nombre, et seuls six chasseurs ont été montrés à ce jour. On parle donc, avec précaution, d’une commande rapportée de 24 J-10CE, dont une première fournée est arrivée cet été.
Le prix est clairement une des principales forces du J-10CE puisque, la commande ouzbèke suggérerait un coût de 40 ou 50 millions de dollars l’unité (environ 34 à 43 millions d’euros). Bien moins cher que ses concurrents occidentaux puisque de son côté le Rafale français a un prix compris dans une fourchette entre 100 et 120 millions de dollars pièce à l’export (environ 85 à 100 millions d’euros), quand F-35 américain grimpe, une fois le paquetage complet ajouté, entre 150 à 220 millions de dollars (environ 130 à 190 millions d’euros). Autrement dit, pour le prix d’un seul F-35 pleinement équipé, l’Ouzbékistan peut s’offrir trois ou quatre J-10 !
L’Ouzbékistan aurait d’ailleurs étudié le Rafale par le passé avant de le juger trop onéreux, selon certaines sources. Pour un pays qui doit renouveler toute une flotte vieillissante sans se ruiner, l’arithmétique chinoise était difficile à ignorer.
Moscou perd du terrain, sans être chassé
L’Ouzbékistan, historiquement dépendant de l’armement soviétique puis russe, pratique depuis des années une diversification méthodique de ses fournisseurs. Il a récemment acquis des hélicoptères Airbus, des avions de transport C295 européens et des C-390 brésiliens. La Chine n’est donc qu’un fournisseur parmi d’autres dans cette stratégie d’indépendance.
Il n’empêche que le symbole est fort. Sur le segment le plus prestigieux, celui du chasseur de combat, c’est Pékin et non Moscou (partenaire historique) qui a emporté la mise. La guerre en Ukraine y est pour beaucoup : accaparée par ses propres besoins, sous sanctions, l’industrie russe peine à honorer ses exportations et à fournir pièces et entretien. Ses anciens clients, échaudés, cherchent ailleurs et la Chine s’engouffre dans la brèche.
Un bémol vient toutefois tempérer l’euphorie chinoise. Pékin traîne une réputation inégale en matière de soutien après-vente et de fiabilité de ses matériels. Vendre l’avion est une chose, assurer son maintien en condition opérationnelle sur vingt ans en est une autre. C’est précisément sur ce terrain, celui du service et de la confiance dans la durée, que la Chine devra faire ses preuves si elle veut transformer ses succès ponctuels en présence durable.
Pour l’heure, une chose est sûre : chaque J-10 vendu à l’étranger est une pierre de plus dans la stratégie de Pékin, qui rêve depuis longtemps de rivaliser avec les grands exportateurs occidentaux et russes. L’Ouzbékistan vient de lui offrir une belle vitrine, en plein cœur de l’ancien empire soviétique.
Sources principales :
- Asian Military Review Uzbekistan receives J-10CE fighters from China (1er septembre 2026)
https://www.asianmilitaryreview.com/2026/09/uzbekistan-receives-j-10ce-fighters-from-china-foc/
Détail de la livraison, affectation des appareils et contexte de la percée chinoise en Asie centrale. - The Times of Central Asia Uzbekistan J-10CE Fighter Jets Confirmed in Official Footage (août 2026)
Uzbekistan J-10CE Fighter Jets Confirmed in Official Footage
État du parc ouzbek, nuance sur l’érosion de l’influence russe et incertitude sur le nombre commandé. - The Aviationist Uzbekistan Unveils its Chinese J-10CE Fighters (30 août 2026)
Popularité du J-10C après le conflit indo-pakistanais et intérêt du Bangladesh et de l’Indonésie. - The Eurasian Times Uzbekistan Unveils Chinese J-10 CE Fighter Jets, Confirmed as Second Export Customer After Pakistan (août 2026)
https://www.eurasiantimes.com/uzbekistan-unveils-chinese-j-10-ce-fighter-jets-confirmed-as-second-export-customer-after-pakistan/
Facteurs du choix ouzbek selon l’analyse chinoise et comparaison de coût avec les chasseurs occidentaux.
Image de mise en avant : Un J-10S lors de la compétition internationale « Aviadarts », en 2017
