Ce drone de combat sera suspendu à une grue avant son premier vol, comme un avion de 1954 qu’un seul pilote au monde a su poser

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• Said LARIBI

Said LARIBI

Assemblé au Texas, ce premier exemplaire grandeur réelle rejoint un centre d’essais du Kansas où l’attend un protocole en quatre paliers. (© Shield AI, image extraite d’une vidéo du constructeur)
Assemblé au Texas, ce premier exemplaire grandeur réelle rejoint un centre d’essais du Kansas où l’attend un protocole en quatre paliers. (© Shield AI, image extraite d’une vidéo du constructeur)

Le premier exemplaire grandeur réelle vient de sortir d’atelier au Texas, et ses concepteurs ne le laisseront pas voler seul avant de l’avoir accroché à l’une des plus grandes grues du monde.

L’appareil décolle debout, posé sur sa queue, puis bascule à l’horizontale pour voler comme un avion ordinaire. Cette configuration fascine les ingénieurs depuis soixante-dix ans sans jamais déboucher, parce que la poser relevait de l’exploit personnel. Le prototype quitte le Texas pour le Kansas, où l’attend un protocole d’essais en quatre étapes d’une prudence inhabituelle. La dernière seulement autorisera un vol libre.

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Un prototype grandeur réelle sorti d’un atelier texan

L’engin, numéroté 001, a été assemblé à Frisco, au nord de Dallas, et rejoint désormais un centre d’essais en vol installé à Newton, dans le Kansas. Le constructeur annonce trois prototypes au total pour soutenir la campagne d’essais. Il ne s’agit plus d’une maquette ni d’un modèle à l’échelle réduite comme celui exposé au printemps dernier dans un salon naval, mais bien d’un appareil complet. Son responsable de programme insiste : c’est bien un véhicule à pleine échelle. Un porte-parole ajoute que la définition continuera d’évoluer au fil des essais.

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Quatre étapes avant de le lâcher

Le protocole annoncé progresse par paliers. L’appareil restera d’abord couché sur son véhicule de lancement et de récupération, moteur tournant à l’horizontale. Il sera ensuite redressé pour que le réacteur tourne à la verticale, l’engin toujours au sol. Vient alors l’étape la plus spectaculaire : une grue parmi les plus grandes du monde est en cours d’installation sur le site du Kansas, et le drone y sera suspendu pour voler en étant retenu. Le câble ne sera retiré qu’ensuite, pour les premiers vols réellement libres.

L’avion expérimental américain Convair XFY-1 Pogo en vol stationnaire, nez vers le ciel et hélices en rotation, un Grumman Avenger passant en arrière-plan
Photographié le 30 novembre 1954 sur une base navale californienne, l’appareil n’aura connu qu’un seul pilote avant l’abandon du programme huit mois plus tard. (Photo US Navy / domaine public)

Un avion de 1954 avait suivi le même protocole

Ce déroulé n’a rien d’original, et c’est précisément ce qui le rend intéressant. Le 19 avril 1954, sur une base californienne, un chasseur expérimental américain conçu pour décoller sur sa queue entamait ses essais au bout d’un câble. Il y accumulera une soixantaine d’heures avant son premier vol libre, le 1er août 1954, à six mètres du sol. La bascule vers le vol horizontal viendra le 2 novembre. Le programme sera abandonné en août 1955, et un seul pilote au monde aura jamais fait voler cet appareil. Son concurrent direct, développé en parallèle par un autre industriel, n’est quant à lui jamais parvenu à décoller ni à se poser à la verticale.

Appareil de 1954 Appareil de 2026
Essais retenus Au câble, dès avril 1954 À la grue, en préparation
Aux commandes Un pilote humain Un logiciel
Premier vol libre 1er août 1954, à six mètres Non daté
Issue Abandonné en août 1955 Production visée pour 2029

Cette fois, le siège est vide

L’avion des années 1950 n’a pas été vaincu par sa mécanique mais par ce qu’il exigeait de son pilote. Pour se poser, celui-ci devait regarder par-dessus son épaule pendant une descente verticale, freiner à la puissance moteur et tenir l’engin à la gouverne de direction et aux élevons, sans verrière bulle pour voir derrière lui. Le drone actuel s’en remet à un logiciel d’autonomie maison, conçu pour fonctionner même lorsque les signaux de positionnement par satellite et les liaisons de communication deviennent inutilisables. Le pari est net : la machine réussirait en série ce qui n’a jamais été à la portée que d’un seul être humain.

La cellule bouge encore

Les images du prototype révèlent plusieurs changements. Le dessin de l’aile est passé d’un cerf-volant anguleux à une pointe de flèche à bord d’attaque rectiligne. La tuyère orientable dépasse désormais nettement du bord de fuite, alors qu’elle était encastrée sur les modèles précédents. Surtout, deux excroissances dorsales percées d’une ouverture frontale encadrent l’échine arrière, et deux orifices circulaires grillagés, qui pourraient abriter de petits ventilateurs, les accompagnent. Le constructeur a refusé d’en expliquer la fonction.

Un moteur de chasseur et une tuyère d’expérimentation

La motorisation repose sur un turboréacteur F110 de génération récente, équipé d’une tuyère orientable qui assure le tangage et le lacet, le roulis étant confié à des jets d’air prélevés aux ailes. Les essais d’allumage, de mouvement de tuyère et d’intégration ont été menés en juillet dernier sur un site de l’industriel motoriste, dans l’Ohio. La soute interne doit accepter des munitions atteignant 907 kg, et l’appareil mesure environ deux fois la taille des premiers drones d’accompagnement américains, ce qui le rapproche davantage d’un avion de combat que d’un ailier.

Un seul acteur européen est digne de figurer sur cette liste de l’armée américaine pour ses drones : le français Parrot sur le programme Short Range Reconnaissance

Un calendrier que les spécialistes jugent très ambitieux

L’objectif affiché consiste à faire voler en 2028 un exemplaire équipé de l’ensemble de ses systèmes de mission, puis à lancer la production de série en 2029, année où une capacité opérationnelle au moins limitée est espérée. La marine américaine a engagé 177,5 millions d’euros, somme que l’industriel dit égaler sur ses fonds propres, soit 355 millionsau total. La presse spécialisée qualifie ce calendrier d’extraordinairement ambitieux, et l’appareil n’a pas encore quitté le sol.

Sources :

  • The War Zone, « Prototype X-BAT VTOL ‘Fighter’ Drone Unveiled », novembre 2026
    https://www.twz.com/news-features/x-bat-vtol-fighter-drone-prototype-unveiled
    Détaille le protocole d’essais en quatre étapes, l’installation de la grue au Kansas, les changements de dessin de la cellule et les échéances de 2028 et 2029.
  • Interesting Engineering, « First full-scale X-BAT combat drone prototype packs 2,000-mile range », 3 novembre 2026
    https://interestingengineering.com/military/x-bat-combat-drone-full-scale-prototype
    Dépêche d’origine, qui fournit l’acheminement de Frisco vers Newton, les essais moteur de juillet dans l’Ohio et la capacité d’emport interne.
  • FlightGlobal, « Shield AI completes assembly of first X-Bat prototype », novembre 2026
    https://www.flightglobal.com/defence/2026/11/shield-ai-completes-assembly-of-first-x-bat-prototype/
    Confirme l’assemblage au Texas, le transfert vers le Kansas et le nombre de trois prototypes destinés aux essais en vol.
  • U.S. Naval Institute, Naval History Magazine, « Historic Aircraft: Tail-Sitters, Part II », juillet 2013
    https://www.usni.org/magazines/naval-history-magazine/2013/july/historic-aircraft-tail-sitters-part-ii-convair
    Source de référence pour le chasseur expérimental de 1954, ses essais au câble à partir du 19 avril, son premier vol libre du 1er août et son abandon en août 1955.
  • HistoryNet, « Tail-Sitters », dossier sur les chasseurs à décollage vertical des années 1950

    Tail-Sitters


    Établit que James Coleman fut le seul pilote à faire voler l’appareil de 1954, décrit la procédure d’atterrissage par-dessus l’épaule et précise que l’appareil concurrent n’a jamais réalisé de décollage ni d’atterrissage vertical.

  • Banque centrale européenne, taux de change de référence de l’euro, 4 novembre 2026
    https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html
    Taux de 1,1267 dollar pour un euro, utilisé pour les conversions monétaires de cet article.

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