L’armée des Etats-Unis a mis des années à blinder ce véhicule contre les missiles, le problème n’était pas la technologie mais l’électricité

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Said LARIBI

Véhicule de combat Bradley M2A4E1 vu de face, lanceurs d'intercepteurs et blocs de capteurs montés de part et d'autre de la tourelle
Il a fallu ajouter un groupe auxiliaire de puissance au châssis pour que la tourelle puisse alimenter radars, calculateurs et lanceurs. (© U.S. Army / 1re division de cavalerie)

L’armée américaine vient de livrer à ses premières unités une version de son véhicule de combat d’infanterie capable d’abattre en vol les roquettes, les missiles antichars et les drones qui le visent.

Il y a des annonces militaires qui passent inaperçues parce qu’elles tiennent dans un message sur les réseaux sociaux. Celle-ci en fait partie, et elle mérite largement mieux. Une grande division américaine a commencé à recevoir un engin d’un genre nouveau, qui ne se contente plus d’encaisser. Il riposte avant même d’avoir été touché.

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Deux unités servies avant les autres

Le premier bénéficiaire s’appelle le 6e escadron du 9e régiment de cavalerie, rattaché à la 1re division de cavalerie, l’une des grandes formations blindées américaines, stationnée au Texas. Il reçoit le M2A4E1, dernière déclinaison d’un véhicule entré en service au début des années 1980. Dans la foulée, un second bataillon touche une variante baptisée M7A4E1, celle des observateurs avancés, ces équipes qui repèrent les cibles et déclenchent l’artillerie. L’armée n’a précisé ni les quantités ni le calendrier, ce qui en dit déjà long sur la discrétion entretenue autour du programme.

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Quatre yeux qui ne clignent jamais

Le cœur du système tient dans quatre blocs répartis autour de la tourelle. Chacun associe un petit radar à antenne active, c’est-à-dire un radar sans pièce mobile qui balaie l’espace électroniquement, et une caméra infrarouge. Ensemble, ils couvrent l’intégralité du tour du véhicule et scrutent en permanence ce qui bouge. Un projectile qui approche est détecté, suivi, et sa trajectoire calculée en quelques millièmes de seconde. Le dispositif ne dort jamais et ne demande aucune action de l’équipage, ce qui tombe bien, parce que personne n’aurait le temps de réagir.

L'armée des Etats-Unis a mis des années à blinder ce véhicule contre les missiles, le problème n'était pas la technologie mais l'électricité
Le 6e escadron du 9e régiment de cavalerie est la première unité américaine à percevoir cette version dotée d’une protection active. (© U.S. Army / 1re division de cavalerie)

Le temps d’un battement de cils

Voilà le vrai défi technique. Une roquette tirée à cent mètres met moins d’une demi-seconde à parcourir la distance. Entre l’instant où les capteurs voient quelque chose et celui où il faut agir, il ne reste donc presque rien. Le calculateur doit trier le vrai danger du faux, pointer l’un des deux lanceurs montés sur la tourelle, puis expédier un petit intercepteur à la rencontre du projectile. Celui-ci n’a même pas besoin de le percuter. Il explose tout près de lui, et l’onde de choc suffit à le détruire ou à le dévier de sa course.

Le détail qui change tout pour l’infanterie

C’est ici que le système se distingue de son grand rival, et le raisonnement vaut d’être compris. Un véhicule de combat d’infanterie transporte des fantassins qui en descendent et se battent tout autour de lui. Si la protection explose au-dessus de leur tête en projetant des projectiles dans toutes les directions, elle met en danger ceux qu’elle est censée couvrir. Le reproche est documenté pour le système concurrent, dont la littérature spécialisée relève qu’il complique les tactiques classiques d’infanterie accompagnant les blindés. D’où le parti pris inverse, une petite charge de souffledéclenchée à bonne distance et logée dans une enveloppe qui se consume au lieu de se fragmenter. Le constructeur revendique une destruction sans impact, l’onde de choc suffisant à neutraliser la menace sans faire détoner sa propre charge.

Système Concepteur Principe de l’intercepteur Véhicules équipés
Iron Fist Elbit, Israël Charge de souffle, enveloppe combustible Bradley, CV90, Eitan
Trophy Rafael, Israël Projectiles formés par explosion Abrams, Merkava, Leopard 2

Pourquoi il a fallu attendre une génération entière

L’idée traîne depuis des années dans les bureaux américains, et elle a longtemps buté sur un obstacle bêtement électrique. Le bureau d’évaluation des armements du Pentagone l’avait écrit noir sur blanc, la version alors en service ne produisait pas assez de courant pour faire tourner radars, calculateurs et lanceurs en plus de l’électronique déjà présente à bord. Il a fallu que la génération actuelle reçoive un groupe auxiliaire de puissance pour que l’installation devienne possible. Le même châssis gagne au passage un viseur thermique haute définition et un système de climatisation pour l’équipage et les passagers.

Sept interceptions sur dix, pas davantage

Restons honnêtes sur les performances, parce que le marketing militaire a tendance à l’oublier. Les premiers essais de 2018 n’arrêtaient qu’une menace sur deux. Il a fallu revoir le positionnement des capteurs, le câblage et surtout le logiciel de décision pour que la campagne de 2022, menée dans deux centres d’essais américains, atteigne 70 %. C’est considérable, mais ce n’est pas un bouclier. Une protection active achète des probabilités, elle ne rend personne invulnérable. Le budget suit la même logique de montée en puissance. Après une première commande d’environ 33 millions d’euros en 2024, le Pentagone a passé en janvier 2026 une commande de suivi avoisinant 204 millions d’euros pour généraliser l’équipement.

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Pendant ce temps, l’Europe signait

Le mouvement dépasse largement les États-Unis, et c’est sans doute le signal le plus intéressant. En janvier 2026, le constructeur suédois des véhicules de combat CV90 a commandé le même système pour environ 134 millions d’euros, à destination des flottes de plusieurs pays européens de l’Alliance. Les premiers exemplaires tchèques ainsi équipés étaient sortis d’usine dès août 2025. Israël en dote ses propres blindés de transport et même ses bulldozers blindés. En trois ans, un gadget d’ingénieur est devenu un équipement standard.

Sources :

  • 1re division de cavalerie de l’armée américaine, publication du 6 octobre 2026
  • The War Zone, présentation du M2A4E1 et de son installation Iron Fist
  • Elbit Systems, fiche officielle du système Iron Fist
  • Defense News, résultats des campagnes d’essais 2018 et 2022 sur Bradley
  • Rapports du bureau d’évaluation des armements du Pentagone sur la puissance électrique du Bradley
  • Contrats Iron Fist de 2024 et de janvier 2026, et commande CV90 de janvier 2026

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