Ce lanceur français est unique dans le paysage mondial de la défense rapprochée et Naval Group vient de le tester pour la première fois en pleine mer : le Rampart

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• Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Ce lanceur français est unique dans le paysage mondial de la défense rapprochée et Naval Group vient de le tester pour la première fois en pleine mer : le Rampart
Armement du lanceur Rampart lors de l'exercice de juin 2026 à Canjuers - crédit : Naval Group

Au large de Toulon, la Marine nationale vient de tirer en mer pour la première fois avec le Rampart, un nouveau système d’armes modulaire conçu par Naval Group pour répondre, à bas coût, à l’avalanche de drones qui ont transformé la guerre navale.

Entre le 28 septembre et le 2 octobre 2026, la Marine nationale a conduit au large de Toulon la sixième édition de son exercice anti-drones, baptisé WILDFIRE 26.2.

Six navires engagés, dont une FREMM de défense aérienne, deux destroyers Horizon, une frégate La Fayette et, pour la première fois, un porte-hélicoptères amphibie (PHA) de la classe Mistral. Soutien aérien par des Rafale Marine et un Atlantique 2. En face, des drones simulés depuis l’île du Levant par la DGA Essais de Missiles.

Un entraînement comme tant d’autres, à ceci près qu’un nouvel équipement y faisait son baptême de mer : le Rampart, un lanceur français conçu pour abattre des drones sans ruiner le trésor public.

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Depuis fin 2023, les frégates européennes et américaines qui patrouillent en mer Rouge pour protéger le trafic marchand face aux attaques des Houthis se retrouvent à utiliser des missiles de défense aérienne de plusieurs millions d’euros l’unité, comme l’Aster 15 ou le SM-2, pour abattre des drones kamikaze qui coûtent, eux, de quelques dizaines à quelques centaines de milliers d’euros. L’équation est intenable sur la durée. Chaque engagement vide un peu plus un stock stratégique de missiles, dont le réapprovisionnement se compte en mois, voire en années.

Et plus la Russie et l’Iran accélèrent la production de leurs drones à réaction, plus la pression monte.

C’est à partir de ce constat, et sur fonds propres, que Naval Group a imaginé le Rampart. L’idée est donc d’offrir aux navires de guerre une capacité de défense rapprochée qui tire la bonne munition contre la bonne menace, sans gaspiller des missiles hors de prix pour arrêter des engins rustiques.

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Un lanceur, quatre modules, mille possibilités

La promesse technique tient en un mot : modularité.

Pesant environ quatre tonnes, non pénétrant (il ne traverse pas le pont du navire), le Rampart repose sur quatre modules de munitions interchangeables pour une charge utile totale d’une tonne. L’opérateur choisit ce qu’il embarque en fonction de la mission. Pour contrer un essaim de drones à faible coût, il remplit son lanceur de roquettes guidées laser Thales de 68 mm, jusqu’à vingt par module, soit quatre-vingts par lanceur complet.

Pour une menace plus coriace, il peut y glisser des roquettes de 70 mm au standard OTAN, ou monter en gamme avec un missile sol-air à très courte portée comme le polonais Piorun, voire le Sky Knight de l’émirati Edge. Naval Group étudie également l’intégration d’une munition rôdeuse, la TOUTATIS de Thales, ou de missiles multi-rôles légers de type Martlet.

Le lanceur peut agir en autonomie, via un poste dédié, ou se connecter au système de combat du navire porteur, auquel cas il reçoit ses pistes directement des radars de bord. Ses engagements se font dans un rayon d’environ huit kilomètres, portée qui dépendra en pratique de la munition choisie.

Tirs réussis lors des essais du Rampart à Canjuers - crédit : Naval Group
Tirs réussis lors des essais du Rampart à Canjuers – crédit : Naval Group
Caractéristique Rampart
Type Système d’armes de défense rapprochée (CIWS) modulaire
Développeur Naval Group (sur fonds propres)
Masse Environ 4 tonnes
Charge utile en munitions Jusqu’à 1 000 kg répartis sur 4 modules interchangeables
Portée d’engagement Jusqu’à 8 km (selon la munition choisie)
Installation Non pénétrante (sans découpe du pont)
Mobilité du lanceur Rotation en azimut et en élévation
Munitions intégrées ou en cours d’intégration Roquettes 68 mm guidées et non guidées Thales (80 par lanceur) ; roquettes 70 mm Thales Belgique (48 par lanceur) ; missile Piorun (Pologne) ; Sky Knight (Edge, EAU) ; TOUTATIS, Martlet et munitions KNDS à l’étude
Modes de fonctionnement Autonome ou connecté au système de combat du navire
Version terrestre Montée sur châssis Arquus Zetros 2648A
Premier tir à terre 30 janvier 2026 (roquette 68 mm Thales)
Premier tir en mer Fin septembre 2026, à bord d’un BPC Mistral

Baptême du feu en mer

C’est à bord d’un Mistral, repéré dès le 21 septembre à Toulon avec le lanceur installé sur son sponson avant tribord, que le Rampart a tiré pour la première fois en mer. Pendant WILDFIRE 26.2, l’équipage et les ingénieurs de Naval Group ont enchaîné deux configurations. D’abord une salve de roquettes 68 mm non guidées contre une cible de surface, dans un rôle que les Américains appellent de leur côté « tomato killer » (tuer une petite embarcation rapide). Ensuite, une roquette 68 mm guidée laser contre un drone aérien cible, pour valider la capacité d’interception anti-drones. Un missile Piorun polonais était également présent dans l’un des quatre modules, son autodirecteur actif et accroché sur la cible, sans tir cette fois (l’exercice du jour ne ciblant pas ce genre de munitions).

Cette première en mer couronne une montée en gamme méthodique. Le premier tir à terre avait eu lieu le 30 janvier 2026 au centre de la DGA. Une campagne au camp de Canjuers, en mai, avait permis de qualifier les engagements à trois et cinq kilomètres. Six mois plus tard, c’est à la mer que l’arme doit prouver qu’elle tient ses promesses, dans la houle, avec un porteur en mouvement et des cibles en évolution. Le Mistral était la plateforme idéale : grand, stable, doté d’espace libre pour accueillir un démonstrateur, et correspondant au type de bâtiment amphibie qui mériterait justement un tel bouclier dans des zones comme la mer Rouge.

Dans le paysage mondial des défenses rapprochées, un lanceur singulier

Le Rampart n’arrive pas en terrain vierge, mais sa philosophie modulaire fait figure d’exception.

Les grandes marines disposent toutes de systèmes de défense rapprochée, chacun avec sa logique propre. Les Américains ont par exemple imposé deux standards : le Phalanx, canon rotatif Vulcan de 20 mm qui crache 4 500 obus par minute, en service depuis 1980 ; et le RIM-116 Rolling Airframe Missile, petit missile infrarouge supersonique souvent intégré dans le SeaRAM. Les Néerlandais exploitent leur Goalkeeper, un canon rotatif de 30 mm. Les Britanniques misent sur le Sea Ceptor de MBDA, missile sol-air de 25 kilomètres de portée en lancement vertical. Les Chinois alignent leur Type 1130, canon rotatif de 30 mm à 11 000 coups par minute. Les Russes combinent, dans leur Pantsir-M, canon et missiles. Tous partagent toutefois un trait commun : ils ne tirent qu’un seul type de munition.

Deux systèmes seulement s’approchent de la philosophie Rampart. Le Multi-Mission Launcher américain de Lockheed Martin, à architecture ouverte, peut tirer AIM-9X Sidewinder, Hellfire, Stinger, Miniature Hit-to-Kill et même l’intercepteur israélien Tamir de l’Iron Dome ; mais il est resté terrestre, intégré au programme Enduring Shield du groupe Dynetics, et n’a pas franchi le pas de la mer.

Chez l’israélien Rafael, le Typhoon MLS décline le canon marinisé Typhoon en versions capables d’emporter des missiles Spike NLOS, mais sa polyvalence reste focalisée sur l’anti-surface.

À ce jour, Rampart est donc le seul système naval réellement modulaire opérationnel, capable de mêler dans un même lanceur roquettes non guidées à quelques milliers d’euros, missiles sol-air sophistiqués, munitions rôdeuses et missiles antichars. C’est précisément cette flexibilité, et le coût à l’engagement qu’elle rend possible, qui séduit les marines confrontées à des menaces de plus en plus hétéroclites.

Système Pays Type Portée et particularité
Rampart France (Naval Group) Lanceur modulaire naval (roquettes et missiles) Jusqu’à 8 km ; 4 modules interchangeables, mix de munitions possible
Multi-Mission Launcher (MML) États-Unis (Lockheed Martin / Dynetics) Lanceur modulaire terrestre Variable ; architecture ouverte, tire AIM-9X, Hellfire, Stinger, MHTK, Tamir
Typhoon MLS Israël (Rafael) Station d’armes polyvalente navale (canon + missiles) Variable ; focalisé anti-surface (Spike NLOS)
Phalanx CIWS États-Unis (General Dynamics) Canon rotatif Vulcan 20 mm Environ 3,5 km ; 4 500 coups/min, en service depuis 1980
RIM-116 RAM / SeaRAM États-Unis / Allemagne (Raytheon / Diehl) Missile sol-air infrarouge supersonique 9 à 15 km ; lanceur de 11 ou 21 cellules
Sea Ceptor Royaume-Uni (MBDA) Missile sol-air (CAMM) Plus de 25 km ; Mach 3, lancement vertical
Goalkeeper Pays-Bas (Thales Netherlands) Canon rotatif Gatling 30 mm Environ 2 km ; 4 200 coups/min
Type 1130 Chine Canon rotatif 30 mm Environ 3 km ; 11 000 coups/min, record de cadence
Pantsir-M Russie Canon 30 mm + missiles sol-air combinés 4 km (canon), 20 km (missile)

L’export comme horizon

Naval Group ne vise pas que la Marine nationale. Le Rampart est pensé comme une plateforme ouverte, « agnostique » selon le vocabulaire du groupe, c’est-à-dire capable d’accueillir sans distinction les munitions des différents clients. L’intégration en cours du Piorun polonais et du Sky Knight émirati illustre cette logique : chaque pays acquéreur pourra garnir ses modules avec ses propres armes ou celles de ses alliés, sans dépendre d’un fournisseur unique. Les prochaines étapes du calendrier confirment cette ambition.

Une campagne d’essais est prévue en 2027 en Belgique, avec des roquettes de 70 mm fabriquées par Thales Belgium. Une autre devrait suivre aux Émirats arabes unis, cette fois autour du Sky Knight d’Edge Group.

Sources principales :

  • Marine nationale (defense.gouv.fr) Wildfire : « Nos navires sont prêts à contrer la menace des drones »
    https://www.defense.gouv.fr/actualites/wildfire-nos-navires-sont-prets-contrer-menace-drones
    Communiqué officiel de la Marine nationale sur l’exercice WILDFIRE 26.2 et la montée en puissance de la lutte anti-drones.
  • Marine nationale (defense.gouv.fr) Wildfire : exercice de lutte contre les drones
    https://www.defense.gouv.fr/marine/actualites/wildfire-exercice-lutte-contre-drones
    Déroulé officiel de l’exercice, navires engagés et dispositif opérationnel.
  • DGA (defense.gouv.fr) DGA Essais de missiles relève les défis toujours plus complexes de l’exercice Wildfire
    https://www.defense.gouv.fr/dga/actualites/dga-essais-missiles-releve-defis-toujours-plus-complexes-lexercice-wildfire
    Rôle de la DGA Essais de missiles depuis l’île du Levant pour simuler les menaces drones.
  • Naval Group (communiqué de presse) The multipurpose and modular launching system now has a name: Rampart (juin 2026)
    https://www.naval-group.com/en/multipurpose-and-modular-launching-system-now-has-name-rampart
    Communiqué officiel du constructeur sur le baptême du système, architecture modulaire et calendrier d’intégration.

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