La France mise énormément sur ce nouvel allié en Méditerranée qui est un des seuls en Europe à lui acheter du matériel militaire : la Grèce

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• Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

La France mise énormément sur ce nouvel allié en Méditerranée qui est un des seuls en Europe à lui acheter du matériel militaire : la Grèce
Une frégate de défense et d'intervention (FDI) destinée à la marine hellénique. La Grèce a commandé une quatrième unité à Naval Group en novembre 2025. Crédit : Naval Group.

Naval Group a confirmé en avril 2026 avoir répondu à la demande d’information lancée fin 2025 par la Marine hellénique pour le remplacement des sous-marins Type 209.

L’offre porte sur le Blacksword Barracuda, dérivé conventionnel du sous-marin nucléaire d’attaque Suffren, pour un programme grec de quatre bâtiments. Si Athènes retient la proposition française, la Grèce deviendrait le troisième pays européen à armer la famille Barracuda, après la France et les Pays-Bas, et le premier partenaire de la Méditerranée orientale à aligner Rafale, FDI et sous-marins Naval Group dans la même filière industrielle.

La proposition est le prolongement direct d’une relation de défense qui s’est transformée en profondeur depuis 2020. L’été de cette année-là, la France avait déployé Rafale et bâtiments de surface aux côtés de la Marine hellénique pour contrer la pression turque autour du navire de recherche Oruç Reis en Méditerranée orientale. Un an plus tard, Athènes signait son premier contrat Rafale, suivi d’un partenariat stratégique franco-grec incluant une clause d’assistance mutuelle en cas d’attaque armée.

Le 25 avril 2026, lors de la visite du président français à Athènes, l’accord a été élargi à l’énergie, l’économie, la technologie et l’innovation.

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En mars 2026, après la vague d’attaques de drones contre Chypre, la Grèce a projeté des F-16 et deux frégates (dont la première FDI Kimon, flambant neuve et tout juste admise au service actif). La France a suivi avec la frégate Languedoc puis la force aéronavale du Charles de Gaulle. L’image d’un dispositif franco-grec opérant au profit d’un troisième État européen a donné à l’alliance une consistance que les traités seuls n’auraient pas produite.

Dans le même mouvement, la Grèce a été incluse en 2026 dans le premier cercle de pays européens associés au dialogue sur la dissuasion renforcée lancé par Paris, et reste à ce jour le seul membre d’Europe du Sud dans ce groupe initial.

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Sur le plan matériel, la Marine hellénique a déjà quatre FDI HN commandées à Naval Group, avec Kimon livrée en décembre 2025 et Nearchos attendue à très court terme. L’Armée de l’air hellénique aligne 24 Rafale et vient de signer en 2026 un accord avec MBDA pour la maintenance et la modernisation de son parc de missiles MICA et Exocet. Le soutien industriel s’ancre dans les chantiers grecs : les Chantiers de Salamine construisent déjà des sections de FDI qui équipent aussi bien les frégates grecques que les frégates françaises, et Naval Group a transféré du savoir-faire associé.

Dates récentes à retenir dans l’alliance franco-grecque :

Jalon Programme ou événement Statut
2020 Déploiement français aux côtés de la Grèce (crise Oruç Reis) Opération ponctuelle
2021 Partenariat stratégique franco-grec avec clause d’assistance Signé
2021-2026 24 Rafale pour l’Armée de l’air hellénique Livrés
2022-2025 4 frégates FDI HN (Kimon, Nearchos, Formion, Themistoklis) Première livrée en décembre 2025, 4e activée en 2025
Mars 2026 Opération conjointe de protection de Chypre après attaques de drones Déploiement coordonné
2026 Accord MBDA pour support et modernisation MICA et Exocet Signé
25 avril 2026 Partenariat stratégique renforcé (énergie, économie, technologie) Signé à Athènes
Avril 2026 Proposition Blacksword Barracuda pour 4 sous-marins Réponse Naval Group au RFI grec, en cours d’évaluation

Un sous-marin nucléaire sans nucléaire

La proposition française veut transposer la logique opérationnelle d’un sous-marin nucléaire d’attaque sur une plateforme à propulsion conventionnelle. Le Blacksword Barracuda hérite directement du Suffren, premier des SNA de nouvelle génération français admis au service actif en 2022, dont il reprend le système de combat, l’architecture des capteurs et une partie des sous-ensembles. Le constructeur français assume la filiation : le Blacksword est présenté comme un SNA sans réacteur, pensé pour des pays qui veulent la polyvalence d’un sous-marin de haute mer sans l’infrastructure nucléaire associée.

L’un des arguments techniques les plus mis en avant est la capacité d’emport : le bâtiment peut accueillir près de 30 armes lourdes dans ses tubes et son magasin, soit un mélange de torpilles lourdes F21, de missiles anti-navires Exocet SM39 et de mines marines. Fait notable, l’architecture est conçue pour accueillir des missiles de croisière navals destinés à des frappes contre des cibles à terre. Si cette option était intégrée à la configuration grecque, elle changerait la nature même de la dissuasion sous-marine hellénique : un sous-marin devenu capable de menacer en profondeur un adversaire continental.

La seconde singularité tient à l’architecture énergétique. Naval Group a fait le choix de batteries lithium-ion de dernière génération, plutôt qu’un système AIP (Air Independent Propulsion) classique comme on en trouve sur les Type 212 allemands ou les Soryu japonais. Les batteries lithium-ion offrent une densité énergétique supérieure et une puissance instantanée beaucoup plus élevée, ce qui autorise des accélérations plus franches, des vitesses sous-marines plus hautes et des changements de position tactique plus rapides. L’avantage logistique est tout aussi concret : le rechargement se fait en mer sans infrastructure dédiée, contrairement à certains AIP qui exigent des installations de ravitaillement spécifiques en base.

Fiche technique Blacksword Barracuda

Après les Pays-Bas, la Grèce ?

Les Pays-Bas ont retenu la famille Barracuda en mars 2024, après un processus d’évaluation particulièrement exigeant qui opposait l’offre française au Type 212CD allemand de ThyssenKrupp Marine Systems et à l’A26 suédois de Saab. Le contrat a été signé en septembre 2024 pour quatre sous-marins de la future classe Orka, livraisons attendues à partir du début des années 2030. La marine royale néerlandaise, qui opère depuis des décennies des sous-marins conventionnels de haute mer dans un rôle de reconnaissance et de patrouille lointaine, a validé la philosophie Barracuda.

Le contrat néerlandais a été signé pour un montant global de 5,65 milliards d’euros, maintenance et formation incluses, ce qui place le coût unitaire autour de 1,4 milliard d’euros par bâtiment. Appliqué à un programme grec de quatre unités avec un spectre d’exigences voisin, l’enveloppe tournerait donc autour de ce montant, selon le contenu local et les options finalement retenues, notamment l’intégration ou non de missiles de croisière pour frappes à terre. À titre de référence, le plan grec de modernisation des armées, dévoilé en mars 2025, prévoit plus de 25 milliards d’euros d’acquisitions d’ici 2036, dans lequel les quatre sous-marins constitueraient la plus grosse ligne budgétaire isolée.

La fin du monopole allemand, un laboratoire pour les futures alliances en Méditerranée pour la France

Pour Naval Group, cette première commande export conventionnelle aux Pays-Bas a cassé le monopole de fait des Allemands sur les sous-marins non-nucléaires européens.

Si Athènes retient à son tour la proposition française, Naval Group construira une véritable famille sous-marine conventionnelle européenne, portée par trois marines de haut niveau. L’industrie allemande TKMS, qui alignait jusqu’ici le Type 212CD comme standard européen de référence, se verrait concurrencée sur son terrain par un dérivé direct du SNA français. L’enjeu industriel dépasse la seule Marine hellénique : chaque pays supplémentaire qui adopte la famille Barracuda allège le coût unitaire pour les clients suivants et renforce l’écosystème d’armement et de maintenance européen.

Le volet industriel grec est en préparation. Naval Group discute avec les Chantiers de Skaramangás, situés dans la baie de Salamine à l’ouest d’Athènes, pour accueillir une partie du travail d’assemblage ou de modification des futures coques grecques. Le site, longtemps en difficulté financière, a été repris en 2022 par le groupe grec ONEX et a entamé sa remise à niveau industrielle. La reproduction, à l’échelle du sous-marin, de ce que les FDI ont permis à Salamine, pèsera lourd dans l’arbitrage politique final.

Terminons tout de même en précisant que la décision grecque n’est pas prise. Le RFI de fin 2025 ouvrait la porte à d’autres candidats, et Berlin pousse ses solutions de son côté. L’arbitrage se jouera dans les mois à venir, au terme d’un processus où les critères techniques, le coût unitaire, les transferts de technologie, les retombées industrielles locales et le degré d’alignement stratégique avec Paris pèseront autant que les performances pures.

Pour la France, le signal envoyé est clair : la Grèce est devenue, en six ans, le laboratoire européen de la coopération de défense bilatérale avec Paris, et Naval Group entend transformer cette dynamique en programme sous-marin.

Sources principales :

Naval News Naval Group Offers Blacksword Barracuda Submarine to Greece (avril 2026)

Naval Group Offers Blacksword Barracuda Submarine to Greece


Compte rendu détaillé de la proposition Naval Group à la Marine hellénique, chiffres et spécifications.

Naval News Hellenic Navy Outlines Requirements for Next-Generation Submarine Program (mai 2025)

Hellenic Navy Outlines Requirements for Next-Generation Submarine Program


Présentation officielle des besoins grecs pour le futur sous-marin, lors du salon CNE 2025.

Naval News The Netherlands Select Naval Group for its New Submarines (mars 2024)

The Netherlands Select Naval Group for its New Submarines


Sélection initiale de Naval Group par les Pays-Bas pour la classe Orka, précédent européen.

Breaking Defense Netherlands and France’s Naval Group shake on Barracuda submarine delivery contract (septembre 2024)
https://breakingdefense.com/2024/09/netherlands-and-frances-naval-group-shake-on-barracuda-submarine-delivery-contract/
Signature du contrat néerlandais pour quatre Blacksword Barracuda, chiffrages.

Shephard Media Naval Group’s Barracuda bid could deepen Franco-Greek naval alignment
https://www.shephardmedia.com/news/naval-warfare/naval-group-barracuda-bid-deepen-franco-greek-naval-alignment/
Analyse de la portée stratégique de la proposition pour l’alliance franco-hellénique.

NemesisHD Grèce-France : L’alliance stratégique et la proposition officielle concernant les sous-marins Blacksword Barracuda

Ελλάδα–Γαλλία: Η στρατηγική συμμαχία και η επίσημη πρόταση για υποβρύχια Blacksword Barracuda


Analyse hellénique de la relation franco-grecque et des enjeux industriels locaux.

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