La Russie vante un char capable de contourner l’ennemi sans se faire voir, les photos vérifiées en recensent 1 311 détruits ou capturés

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Une colonne de chars T-80BVM défilant sur la place Rouge à Moscou
Le programme de modernisation lancé en 2017 avait produit environ 140 exemplaires pour les forces terrestres à la date de 2021. (© Alexey Ereshko / Mil.ru / CC BY 4.0)

Quatre surnoms flatteurs dans un communiqué, dont celui d’assassin capable de contourner l’ennemi sans se faire repérer. En face, un décompte photographique qui raconte une autre histoire.

Le conglomérat public russe de l’armement a publié cette semaine une présentation de son char de combat modernisé, celui qui roule avec une turbine à gaz au lieu d’un diesel. Le texte lui prête quatre rôles et autant de métaphores, du bélier d’acier au tireur d’élite. L’un d’eux retient l’attention, celui d’assassin silencieux. Il se trouve qu’un décompte public permet de vérifier ce que ce silence a donné sur le terrain.

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Quatre surnoms dans un communiqué

Commençons par le texte lui-même, parce qu’il vaut le détour. Le conglomérat décrit un bélier d’acier qui enfonce les défenses adverses en tirant sous les essaims de drones, un tireur d’élite capable de détruire une cible à une dizaine de kilomètres en deux ou trois coups avec un drone pour corriger, et un assassin qui doit à sa turbine et à son camouflage de pouvoir déborder l’ennemi sans être vu. Le texte le qualifie même de char volant, allusion à ses sauts de tremplin lors des démonstrations militaires.

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Ce que dit le décompte en source ouverte

Passons au contrôle. Un collectif de recherche en sources ouvertes recense uniquement les pertes confirmées par une photo ou une vidéo, ce qui en fait un plancher et non un total. Son décompte établit 1 311 chars de cette famille détruits, endommagés, abandonnés ou capturés depuis février 2022. Parmi eux, 264 exemplaires de la version modernisée dont il est question ici.

Version Exemplaires recensés
Modèle d’origine des années 1980 712
Modèle d’origine, millésime 2022 148
Version modernisée 150
Version modernisée, millésime 2022 114
Autre variante modernisée de l’ère soviétique 107
Variante non identifiable sur les images 53

Le total dépasse la somme de ces lignes, d’autres déclinaisons plus rares complétant le tableau.

Le silence d’une turbine qui boit

L’argument du silence mérite qu’on s’y arrête. Il émane du conglomérat lui-même, personne ne l’a mesuré de façon indépendante. Ce qui est documenté, en revanche, c’est l’autre face de cette turbine : elle consomme énormément, et surtout elle brûle presque autant de carburant au ralenti qu’en roulant, faute de groupe auxiliaire. Un char posté en embuscade vide donc ses réservoirs en attendant. Pour un engin censé se faufiler et patienter, l’ironie est cruelle.

Un char que l’armée soviétique avait déjà refusé

L’histoire n’a pas commencé hier. Dès 1974, le ministre de la Défense soviétique refuse d’en autoriser la production, jugeant sa consommation trop élevée sans avantage clair en blindage ni en armement. Au début des années 1990, Moscou tranche en faveur d’un autre modèle à moteur diesel pour unifier son parc. La fabrication s’éteint en 2001, essentiellement tournée vers l’export à la fin. C’est ce char-là que l’industrie ressort aujourd’hui des hangars de stockage, et le constructeur a même été chargé en 2023 d’étudier une reprise de sa production.

Ce que contient vraiment la modernisation

Le programme lancé en 2017 n’a rien de cosmétique. Il apporte un blindage réactif de dernière génération, une conduite de tir renouvelée, un viseur à imagerie thermique, un chargeur automatique capable d’accepter des obus flèches récents, et des missiles guidés tirés par le tube du canon de 125 millimètres. Mais une partie des exemplaires reçoit un viseur simplifié, sans voie de jour et incapable de guider seul ces missiles.

Gros plan sur la tourelle d’un char T-80BVM exposé lors d’un salon d’armement russe
Les blocs rapportés sur la tourelle correspondent au blindage réactif de dernière génération apporté par le programme de 2017. (© Nickel nitride / CC0)

Le rôle de tireur d’élite est un aveu

Revenons sur le deuxième surnom, parce qu’il en dit long. Frapper à dix kilomètres avec un drone pour corriger le tir, c’est employer un char comme une pièce d’artillerie. Les deux camps le font en Ukraine, précisément parce qu’approcher au contact revient à se faire détruire par un drone qui coûte une fraction de son prix. Vendre cette pratique comme une qualité revient à reconnaître que le blindé ne peut plus remplir sa fonction d’origine.

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Combien en reste-t-il, personne ne le dit

Dernier point, et il est volontairement flou. En 2021, les forces terrestres russes alignaient environ 140 exemplaires modernisés, auxquels s’ajoutaient une cinquantaine dans les troupes côtières de la marine. Les contrats connus portent sur des lots de cinquante machines. Le constructeur continue de transformer des coques sorties de stockage, mais ni lui ni le conglomérat qui le chapeaute n’indiquent combien ont été livrées depuis. Le communiqué de cette semaine ne le dit pas davantage.

Sources :

  • The Defence Blog, sur la présentation publiée par le conglomérat russe et les surnoms employés, octobre 2026
  • Oryx, décompte des pertes de blindés confirmées par image depuis février 2022
  • GlobalSecurity, fiche technique de la version modernisée, contenu du programme de 2017 et parc en 2021
  • Données publiques sur l’histoire du programme, le refus de 1974, l’arrêt de production de 2001 et la consommation de la turbine

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