Trois de ces embarcations patrouillent dans les eaux françaises depuis l’été 2025, et le prêt arrive à son terme au moment précis où le constructeur dévoile une déclinaison nettement plus dangereuse.
Le chantier suédois a présenté le 2 novembre 2026 une nouvelle version de son embarcation de combat, à la veille de l’ouverture du salon naval parisien. La coque s’allonge, la charge utile passe de trois à plus de cinq tonnes, et trois configurations sont proposées : surveillance, frappe antinavire et défense antiaérienne rapprochée. La Suède a reçu le premier exemplaire fin octobre pour ses essais de recette. La France, elle, essaie une version précédente et arrive au bout de son évaluation dans quelques semaines.
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Trois coques prêtées, et une évaluation qui s’achève
La Marine nationale n’a rien acheté, elle emprunte. Deux embarcations sont arrivées à la base navale de Brest le 30 juillet 2025, une troisième à Toulon quinze jours plus tôt, dans le cadre d’un prêt de dix-huit mois consenti par la marine suédoise au titre d’un accord de coopération technique et opérationnelle. Le bataillon de fusiliers marins Amyot d’Inville met en œuvre celles de Brest, une unité spécialisée dans la protection des sites sensibles. Brest abrite les sous-marins lanceurs d’engins français, et l’évaluation en Atlantique court jusqu’à décembre 2026.
Un trou dans la flotte française depuis une faillite
La marine française cherche un remplaçant à ses vedettes d’interception VFM depuis que la Direction générale de l’armement a résilié le contrat qui les produisait. Deux unités seulement avaient été livrées à partir de 2023, et le chantier Ufast a déposé le bilan en mars 2024. Le CB90 sait faire ce que faisaient ces vedettes, patrouille, escorte et protection des bases, mais il sait en plus débarquer une vingtaine de militaires, ce dont le VFM était incapable. Le prêt ressemble donc moins à une curiosité technique qu’à un essai avant achat.

Ce que Paris essaie n’est pas ce que Stockholm expose
Les coques confiées aux fusiliers marins sont des CB90 HSM, une version en service dans la marine suédoise, forte de 1 800 chevaux. Celle qui vient d’être dévoilée, le CB90 CX, en aligne 2 200, soit 22 % de plus, et près du double de la toute première génération. Elle mesure 18 m de long pour 4 m de large et 1,1 m de tirant d’eau, gagnant 1,4 m et 30 cm sur la génération intermédiaire. Deux moteurs diesel entraînent des hydrojets qui la poussent au-delà de 74 km/h en charge, avec une autonomie supérieure à 556 km.
Dix-huit mètres pour frapper à cent kilomètres
Trois configurations partagent la même coque. La version de surveillance embarque un radar Sea Giraffe 1X à balayage électronique et un affût téléopéré Trackfire doté de voies optique et infrarouge, d’un télémètre laser et d’une arme de 12,7 ou 30 mm. La version antinavire reçoit deux rampes pour le missile Marte ER, un engin à guidage radar actif en phase terminale qui rase la surface et frappe au-delà de 100 km, à condition qu’on lui fournisse la position de la cible. La version antiaérienne porte une tourelle SeaSnake 30.
| Configuration | Capteur ou arme principale | Mission |
|---|---|---|
| Surveillance | Radar Sea Giraffe 1X sur mât de 11 m | Détecter et transmettre des pistes |
| Antinavire | Deux rampes Marte ER | Frapper au-delà de 100 km |
| Antiaérienne | Tourelle SeaSnake 30, canon de 30 mm | Drones, hélicoptères, munitions rôdeuses |
Un radar qui porte loin, mais ne voit pas si loin
Le radar annonce une portée supérieure à 100 km et un tour d’horizon complet chaque seconde, pour moins de 150 kg. La courbure de la Terre impose pourtant sa loi. Hissé à 11 m sur son mât télescopique, il n’offre, selon le calcul géométrique, qu’une ligne de vue de 23 km sur un navire haut de cinq mètres, contre 18 km avec le mât replié à 4 m. Le gain réel se limite donc à cinq kilomètres sur une cible de surface. Face à un appareil volant à mille mètres d’altitude, la ligne de vue atteint en revanche 126 km.
Le canon coûte deux fois le bateau
La Suède a commandé trente-six embarcations de cette famille entre juin 2024 et le premier semestre 2026. Les trente-deux premières représentent 1,3 milliard de couronnes, soit environ 118 millions d’euros, ce qui met l’unité à 3,7 millions d’euros. En février 2026, l’agence suédoise d’acquisition a par ailleurs commandé huit tourelles SeaSnake 30 pour 63 millions d’euros, munitions et soutien compris, avec une option portant sur vingt-neuf exemplaires au plus. Elles armeront les embarcations neuves. La tourelle ressort ainsi à 7,9 millions d’euros, plus du double de la coque qui la porte. Livraisons à partir de février 2028.
Zéro à dix marins, et huit missiles avant la panne sèche
L’engin se manœuvre avec un équipage ou sans personne à bord, grâce à deux ensembles logiciels qui gèrent l’un l’automatisation et le tir, l’autre la navigation autonome et la télécommande. Le tir reste soumis à une décision humaine. Le modèle d’origine embarquait trois marins et dix-huit combattants équipés, celui-ci plafonne à dix personnes, l’équipement de mission mangeant la place. Quatre bateaux porteurs de missiles n’alignent que huit coups prêts, et la capacité de rechargement à bord n’est pas communiquée. La Suède a du reste retenu un autre missile pour ses propres unités.
Sources :
- Saab, communiqué « Saab announces Combat Boat 90 CX », 2 novembre 2026
https://www.saab.com/newsroom/press-releases/2026/saab-announces-combat-boat-90-cx
Communiqué d’origine du constructeur, qui annonce les trois configurations et la conduite optionnellement habitée, sans nommer le missile ni préciser le calibre du canon. - Army Recognition, « Saab’s new CB90 CX combat boat can attack warships beyond 100 km and shoot down drones autonomously », 2 novembre 2026
https://www.armyrecognition.com
Dépêche d’origine, qui donne les trois configurations, les dimensions, la puissance, la charge utile et les calculs d’horizon radar. - Naval News, « French Navy naval base welcomes CB90 fast combat patrol boats », juillet 2025
https://www.navalnews.com/?p=76103
Établit le prêt de dix-huit mois consenti par la marine suédoise, les dates d’arrivée à Brest et à Toulon et l’unité chargée de la mise en œuvre. - Naval News, « Favorable winds for Saab CB 90 in Sweden and France », 2025
https://www.navalnews.com/?p=75113
Précise que la France essaie la version CB90 HSM, détaille la résiliation du contrat VFM et la faillite du chantier, et donne la commande suédoise de vingt-deux unités. - Naval News, « Swedish Navy procures Seasnake 30mm RWS from Rheinmetall », février 2026
https://www.navalnews.com/naval-news/2026/02/swedish-navy-procures-seasnake-30mm-rws-from-rheinmetall/
Confirme les huit systèmes commandés pour environ 63 millions d’euros, l’option portant sur vingt-neuf exemplaires au plus et la première livraison en février 2028. - Euronaval, informations pratiques du salon 2026
https://www.euronaval.com/?p=3845
Confirme la tenue du salon naval parisien du 3 au 6 novembre 2026, soit le lendemain de la présentation. - Banque centrale européenne, taux de change de référence de l’euro, 30 octobre 2026
https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html
Taux de 10,9780 couronnes suédoises pour un euro, utilisé pour toutes les conversions monétaires de cet article.
