Le mondial de la défense navale se tient dans un contexte stratégique inédit depuis la fin de la guerre froide, placé par ses organisateurs sous le thème « Vers la haute intensité ».
Dans son communiqué publié le 30 octobre, le ministère des Armées et des Anciens combattants ne cache pas la gravité du moment. « Le monde est caractérisé par le désordre stratégique qui ne cesse de s’accroître », résume l’amiral Christophe Cluzel, chef d’état-major de la Marine nationale (CEMM). « Ce désordre s’appuie sur le délitement de l’ordre international et sur une dynamique de réarmement, notamment dans le domaine naval. »
C’est donc une Marine qui s’adapte à un retour durable de la haute intensité qui va installer son stand G98 dans le Hall 6 du Parc des Expositions Paris-Nord Villepinte lors d’Euronaval 2026 et qui en sera, bien sûr, l’une des vedettes.
Le salon lui, ne s’est jamais aussi bien porté et attend 40 % d’exposants supplémentaires par rapport à 2024 !
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Euronaval 2026 en chiffres : 30e édition, 705 exposants, 150 délégations officielles
Créé en 1968, Euronaval est le plus grand salon mondial consacré à la défense navale. Organisé tous les deux ans par la SOGENA (Société d’organisation et de gestion d’évènements navals), filiale du GICAN (Groupement des Industries de Construction et Activités Navales), il réunit tout l’écosystème professionnel : constructeurs, équipementiers, forces armées, délégations étrangères, bureaux d’achat, start-ups et investisseurs.
Cette 30e édition confirme une dynamique de croissance qu’on avait déjà vue à Eurosatory et au Bourget, dans le sillage général du retour du facteur militaire sur l’agenda politique européen.
« Vers la haute intensité », fil rouge d’une édition qui regarde Ukraine, mer Rouge et détroit d’Ormuz
Le thème choisi par les organisateurs décrit littéralement la bascule stratégique à l’œuvre. Les drones navals de surface qui coulent des bâtiments de guerre russes en mer Noire, les attaques balistiques et aériennes houthies en mer Rouge contre le trafic marchand depuis bientôt trois ans, les tensions récurrentes dans le détroit d’Ormuz, le harcèlement maritime chinois autour de Taïwan et des Philippines, le sabotage probable de câbles sous-marins et de gazoducs en mer Baltique : les marines occidentales ont basculé en moins de cinq ans d’une logique de police des mers à une logique de combat de haute intensité.
Les thématiques retenues cette année reflètent exactement cette évolution : systèmes autonomes et drones (36 exposants rien que pour les drones aériens dans le Hall 6), intelligence artificielle, cyberdéfense, guerre électronique, systèmes de combat intégrés, propulsion, énergie et fonds marins. La conférence inaugurale Insight Series du 19 octobre 2026 portait d’ailleurs sur la lutte anti-drones comme « nouvelle frontière » du combat naval, un thème qui irrigue tout le salon.
L’édition 2026 introduit aussi plusieurs nouveautés : un tunnel immersif inédit à l’entrée du Hall 6, le plateau TV EURONAVAL Talks diffusé en direct pendant toute la durée du salon, les concours EURONAVAL Awards et SEAnnovation qui récompensent les innovations industrielles et les start-ups du secteur, et un dispositif renforcé de rendez-vous B2B sur mesure pour les délégations officielles étrangères.
À noter sur le plan politique : le gouvernement français a de nouveau imposé des restrictions aux exposants israéliens, qui ne peuvent présenter que du matériel dédié à la défense antiaérienne, antimissile et antibalistique, comme ce fut le cas en 2024 après une décision du Conseil de défense et de sécurité nationale qui avait été partiellement suspendue par le tribunal de commerce de Paris. Un cadre que les organisateurs qualifient de « très restrictif », qui concerne un nombre limité d’exposants mais qui alimentera sans doute une partie du débat public pendant les quatre jours du salon.
Trois fronts qui redéfinissent la stratégie navale française
Le premier front, le plus visible, est celui de la mer Rouge. Depuis le 19 février 2024, la Marine nationale participe à l’opération européenne Aspides, lancée pour protéger le trafic maritime commercial dans le détroit de Bab-el-Mandeb face aux attaques de drones et de missiles tirés par les Houthis depuis le Yémen. Plusieurs frégates françaises se sont succédé sur zone (Languedoc, Alsace, Chevalier Paul, Provence, parmi d’autres) et le mandat de la mission a été prolongé par le Conseil européen à plusieurs reprises. Pour la première fois depuis des décennies, des frégates françaises engagent de l’Aster et du Mica VL en situation réelle, et à cadence industrielle.
Le deuxième front est celui de l’Indopacifique, zone de compétition stratégique majeure entre Washington et Pékin. La France y est, rappelons-le, le seul État européen à disposer d’une présence souveraine permanente, avec notamment ses territoires de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française, de Wallis-et-Futuna, de Mayotte et de La Réunion, et près de deux millions de ressortissants installés sur place.
Le troisième front, moins médiatique mais tout aussi stratégique, est celui des fonds marins. Les câbles sous-marins (qui transportent plus de 95 % du trafic internet mondial), les gazoducs, les capteurs sous-marins et les ressources minières profondes sont devenus la cible potentielle d’opérations hybrides de sabotage ou d’espionnage. La France a publié sa stratégie « Maîtrise des fonds marins » dès 2022, et déploie progressivement une capacité combinant drones sous-marins profonds (AUV, Autonomous Underwater Vehicle, et ROV, Remotely Operated Vehicle) et bâtiments spécialisés.
Villepinte, vitrine des équipements qui préparent la Marine à 2040
Sur le stand ministère des Armées, les visiteurs pourront voir en maquettes ou en démonstration l’essentiel des systèmes que la Marine met en service ou va mettre en service dans la décennie qui vient. L’ensemble couvre toute la chaîne : voir, comprendre, protéger, agir.
Équipements et programmes présentés par le ministère des Armées à Euronaval 2026 :
| Système ou programme | Fonction | Industriel principal | Horizon |
|---|---|---|---|
| Syracuse IVB | Télécommunications militaires satellitaires sécurisées (prochaine génération) | Airbus Defence & Space, Thales Alenia Space | Mise en orbite à partir de la fin de la décennie |
| OneWeb Nexus | Communications satellitaires militaires en orbite basse (LEO, Low Earth Orbit) | Eutelsat OneWeb | Déploiement en cours |
| CAPTAS-4 | Sonar remorqué actif et passif très basse fréquence pour la lutte anti-sous-marine | Thales | En service sur les frégates FREMM et à venir sur les FDI |
| Drones de surface (USV) et sous-marins (AUV, ROV) | Surveillance, lutte anti-mines, cartographie des fonds marins, patrouille | Naval Group, Exail (ex-ECA Group), Thales | Entrée en service progressive |
| RapidFire | Système de défense rapprochée (CIWS, Close-In Weapon System) 40 mm anti-drones et anti-menaces asymétriques | Thales, KNDS France | Qualification en cours, intégration prévue sur les futurs patrouilleurs et bâtiments ravitailleurs |
| Frégate de défense et d’intervention (FDI) | Frégate de premier rang multirôle de 4 500 tonnes | Naval Group | Première unité française (Amiral Ronarc’h) livrée en octobre 2025, cinq unités commandées |
| Rafale Marine | Avion de combat embarqué (chasse, assaut, reconnaissance, dissuasion) | Dassault Aviation | En service, en cours de modernisation vers le standard F5 |
| Sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Suffren | SNA (sous-marin nucléaire d’attaque) de nouvelle génération, lutte sous la mer et frappe terrestre à distance | Naval Group, TechnicAtome | Trois unités en service (Suffren, Duguay-Trouin, Tourville), trois autres à venir d’ici 2030 |
| Porte-avions France Libre | Successeur du Charles de Gaulle, propulsion nucléaire, trois catapultes, 75 000 tonnes | Naval Group, Chantiers de l’Atlantique, TechnicAtome | Phase de réalisation lancée en avril 2026, admission au service active prévue vers 2038 |
France Libre, Suffren, FDI : les trois grands programmes qui dessinent la Marine 2040
Trois programmes industriels structurent véritablement la Marine nationale de la décennie à venir, et tous trois seront exposés à Villepinte.
Le programme France Libre, officialisé en mars 2026, est le plus emblématique. Successeur du Charles de Gaulle, ce porte-avions de nouvelle génération à propulsion nucléaire déplacera environ 75 000 tonnes, embarquera trois catapultes électromagnétiques EMALS (Electromagnetic Aircraft Launch System, système de catapultage électromagnétique) et accueillera le futur avion de combat du programme SCAF/NGF à partir de 2040. Le programme est chiffré à près de 10 milliards d’euros et doit mobiliser jusqu’à 14 000 emplois dans l’industrie française.
La classe Suffren de sous-marins nucléaires d’attaque (programme Barracuda) poursuit son déploiement : trois unités sont en service (Suffren depuis 2022, Duguay-Trouin depuis 2024, Tourville admis en 2025), et trois autres (De Grasse, Rubis, Casabianca) doivent entrer en service d’ici 2030. Ces bâtiments embarquent, pour la première fois sur un SNA français, le missile de croisière naval MdCN capable de frapper des cibles terrestres à plusieurs centaines de kilomètres.
La frégate de défense et d’intervention (FDI), enfin, est en train de remplacer les La Fayette. La Marine nationale a reçu sa première unité, Amiral Ronarc’h, en octobre 2025, et un cinquième exemplaire a été commandé à Naval Group en avril 2026. Le programme est aussi un succès à l’export, avec quatre unités vendues à la Grèce (dont la dernière, Nearchos, a été livrée le 30 octobre à Lorient) et deux à la Suède.
Forum Militaire sera sur place, vidéo à suivre !
Au-delà des maquettes officielles sur le stand du ministère, Euronaval 2026 ce sera aussi quatre jours d’annonces industrielles, de contrats signés dans les travées et de démonstrations techniques, avec les grands noms français (Naval Group, Thales, KNDS, Safran, MBDA, Dassault Aviation, Exail) mais aussi européens et internationaux. L’édition 2024 avait vu MBDA dévoiler le SM40, nouvelle version du missile antinavire Exocet lancée depuis des sous-marins ; l’édition 2026 devrait apporter son lot d’annonces du même calibre, probablement centrées sur la lutte anti-drones, les systèmes autonomes et les armes à énergie dirigée.
Forum Militaire sera présent sur place pour couvrir le salon. Nous préparons une vidéo spéciale qui reviendra en images sur les systèmes et les programmes vus à Villepinte, les annonces de la semaine et les grandes tendances du secteur naval mondial pour les années qui viennent. À suivre !
Sources principales :
- Ministère des Armées et des Anciens combattants, Comment la France renforce sa puissance maritime face aux nouvelles menaces (30 octobre 2026)
https://www.defense.gouv.fr/actualites/comment-france-renforce-puissance-maritime-face-nouvelles-menaces
Communiqué officiel du ministère sur sa participation à Euronaval 2026 : citations de l’amiral Christophe Cluzel, liste complète des systèmes et programmes présentés, informations pratiques sur le salon. - Euronaval 2026 — Site officiel du salon international de la défense et de la sécurité navales
https://www.euronaval.com
Chiffres clés 2026 (exposants, délégations, visiteurs), programme, thème éditorial « Vers la haute intensité », nouveautés, informations pratiques. - GICAN — Groupement des Industries de Construction et Activités Navales
GICAN : Groupement des Industries de Construction et Activités Navales
Site de l’organisation professionnelle française du secteur naval, dont la filiale SOGENA organise Euronaval.
