Les deux finalistes avaient passé les essais. Oslo a tranché sur des critères d’alliance, et trois ans plus tard le pays assemble ses propres chars lourds sur son territoire.
La production en série a démarré le 15 octobre dans une petite ville du centre du pays, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Trondheim. Le bâtiment n’existait pas il y a dix-huit mois. Il doit produire jusqu’à trente-six chars de combat par an et ambitionne de devenir le point d’entretien de tout le nord de l’Europe. Ce résultat industriel découle d’une décision prise en février 2023, et cette décision ne s’est pas jouée sur une fiche technique.
A lire aussi :
- La Russie a découpé ces chars pour ne plus avoir à entretenir leur moteur, elle vient d’en renvoyer un au front faute de mieux
- Le char Leclerc cache une turbine à l’intérieur de son moteur diesel, et 40 ans plus tard personne n’a copié l’idée
Une chaîne d’assemblage sortie de terre en dix-huit mois
Commençons par le fait du jour. Le site de Levanger a ouvert ses portes au printemps et vient de lancer la production en série. L’accord industriel qui le rend possible a été signé en juin 2024 entre le constructeur allemand et une société norvégienne, qui devient ainsi sous-traitant sur la chaîne du Leopard. Sur les cinquante-quatre engins commandés, trente-sept sortiront de Norvège, les dix-sept autres restant assemblés en Allemagne.
Deux candidats, et un match plus serré qu’il n’y paraît
Revenons à la compétition. Oslo avait mis face à face le char allemand et le K2 sud-coréen, chacun soumis à des essais en conditions hivernales. L’agence norvégienne des matériels a conclu que les deux satisfaisaient au cahier des charges. Des informations de presse non confirmées ont ensuite affirmé que le coréen s’était montré supérieur lors des essais dans le froid, et qu’il aurait même eu la préférence des évaluateurs. Aucune source officielle n’a jamais validé ces affirmations.
| Candidat allemand | Candidat sud-coréen | |
|---|---|---|
| Canon | 120 mm lisse de dernière génération | 120 mm lisse |
| Chargement des obus | Servant humain | Chargeur automatique |
| Masse annoncée | 61,5 à 64,3 t | Environ 61,5 t |
| En service chez les voisins | Finlande, Suède, Danemark, Allemagne, Pays-Bas | Aucun pays nordique |
Ce qu’Oslo a dit pour justifier son choix
La dernière ligne du tableau contient toute la réponse. Le chef du gouvernement norvégien l’a formulée sans détour au moment de l’annonce, le 3 février 2023 : cet achat resserre les liens de sécurité avec Berlin et donne au pays le même char que ses voisins nordiques et ses alliés proches. Les deux États coopéraient déjà étroitement, notamment sur un programme commun de sous-marins. Un chercheur norvégien a résumé la chose en disant que cette décision n’avait surpris personne.

Le camp qui ne voulait pas de chars du tout
Il faut savoir qu’un débat vif agitait le pays. Le chef d’état-major des armées, qui commande l’ensemble des forces, plaidait publiquement pour investir dans des hélicoptères et des frappes de précision longue portée plutôt que dans des blindés lourds, position qu’un observateur a qualifiée de choc pour l’institution. Le patron du commandement opérationnel lui répondait qu’il n’existait aucune solution de remplacement et que ces engins serviraient quinze à vingt ans. La guerre en Ukraine nourrissait les deux camps.

Dix-huit engins passés à la trappe
Le partisan des blindés a gagné la bataille, mais pas toute la guerre. La commande initiale prévoyait une option pour dix-huit véhicules supplémentaires, jugée très probable à l’époque. En octobre 2023, c’est le chef d’état-major de l’armée de terre, un autre homme que le précédent, qui a annoncé qu’elle ne serait pas levée, l’argent partant renforcer la défense antiaérienne et les feux longue portée. Les leçons du front ukrainien ont visiblement pesé. La flotte restera donc à cinquante-quatre engins, qui remplaceront trente-six exemplaires de la génération précédente.
Ce que recouvre vraiment la facture
Parlons chiffres, puisqu’ils ont bougé. L’enveloppe annoncée en 2023 s’établissait à 19,7 milliards de couronnes. Le cadre financier actualisé du programme atteint désormais 23,4 milliards de couronnes, soit environ 2,2 milliards d’euros au taux actuel. Attention toutefois à ne pas diviser bêtement par cinquante-quatre, car cette somme englobe aussi les équipements logistiques, les pièces de rechange, les simulateurs et les systèmes d’entraînement.
Un blindage israélien sur une caisse allemande
Le produit livré n’est d’ailleurs plus tout à fait celui qui avait été commandé. Baptisé 2A7 NOR à la signature, il a été reclassé en 2A8 NOR dès juin 2023 pour tenir compte de l’intégration du système de protection active israélien Trophy, qui détecte et intercepte roquettes et missiles antichars avant l’impact. S’y ajoutent une architecture de communication numérique fournie par un industriel norvégien et un canon de 120 millimètres capable de tirer des munitions programmables.
Sources :
- KNDS, communiqué sur le lancement de la production à Levanger, 15 octobre 2026
- Meta-Defense, sur l’inauguration du site de Levanger et la répartition de l’assemblage, mai 2026
- Breaking Defense, « With 1,9B buy, Norway puts faith in Leopard to end bitter tank utility debate », 3 février 2023
- Corporal Frisk, analyse de la compétition entre le Leopard 2A7NO et le K2NO, 4 février 2023
- Meta-Defense, sur l’abandon de l’option de dix-huit chars au profit de la défense antiaérienne, 11 octobre 2023
