Le futur plus rapide avion armé du monde qui promet de dépasser 6174 km/h valide un jalon important avec le premier largage réussi d’une charge en vol

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Le futur plus rapide avion armé du monde qui promet de dépasser 6174 km/h valide un jalon important avec le premier largage réussi d'une charge en vol

Le 31 juillet 2026, l’unité d’innovation du Pentagone a annoncé un nouvel essai réussi de son drone expérimental Quarterhorse avec cette fois-ci le largage d’une charge en vol. 

L’annonce a été faite par la Defense Innovation Unit, un bureau du Pentagone chargé d’intégrer efficacement les technologies venues du privé. En partenariat avec Hermeus, une société d’Atlanta spécialisée dans le vol à grande vitesse, elle a mené un test dit de séparation d’emport dans le cadre de son programme HyCAT.

L’exercice consistait à vérifier qu’un aéronef peut relâcher une charge externe sans que celle-ci ne vienne percuter l’appareil ni déstabiliser son vol.

Un pas de plus vers l’avion hypersonique qui pourrait d’ici quelques années prendre son envol dans les cieux américains : le Darkhorse.

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Un largage important pour la suite du projet

Séparer proprement une charge d’un avion semble trivial et pourtant ça ne l’est pas. Aux vitesses élevées, les forces aérodynamiques deviennent capricieuses autour d’un objet qui se détache, et un largage mal maîtrisé peut renvoyer la charge en vrille contre l’appareil plutôt que de la laisser tomber franchement. Le risque grandit à mesure que la vitesse augmente. Réussir ce test, c’est franchir la frontière qui sépare un simple avion d’essai d’une plateforme capable, un jour, d’emporter et de délivrer une arme ou un capteur.

Le geste marque aussi le cinquième vol du Quarterhorse depuis le printemps 2026. La Defense Innovation Unit souligne un rythme quatre fois plus rapide que celui des programmes hypersoniques classiques, dans un domaine réputé pour sa lenteur. Là où les essais à très grande vitesse butent d’ordinaire sur la rareté des souffleries et des champs de tir spécialisés, HyCAT mise sur les start-up et leur capital privé pour accélérer.

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Quarterhorse, le « cheval » d’entraînement

Le Quarterhorse n’est pas encore l’avion hypersonique promis. C’est un démonstrateur sans pilote, développé version après version pour défricher les difficultés une à une. La déclinaison actuelle, le Mk 2.1, a la taille d’un F-16 et a atteint Mach 1,21, environ 1 497 km/h, lors d’un vol début 2026. L’entreprise vise Mach 3 pour 2027, soit près de quatre fois la vitesse de croisière d’un avion de ligne. Le vrai hypersonique, Mach 5 (6174 km/h) et au-delà, viendra plus tard.

La méthode tient dans cette montée par paliers, chaque appareil validant une brique avant de céder la place au suivant.

Beaucoup de chemin a déjà été parcouru depuis le Quarterhorse MK0 en 2023 !
Beaucoup de chemin a déjà été parcouru depuis le Quarterhorse MK0 en 2023 !

La lignée Quarterhorse, du banc d’essai au drone de combat :

Version Motorisation Vitesse Statut
Mk 0 Banc d’essai (sans vol) Essais au sol (2023)
Mk 1 General Electric J85 Décollage et atterrissage à grande vitesse Premier vol en mai 2025
Mk 2.1 Pratt & Whitney F100 Mach 1,21 atteint, objectif Mach 3 Premier vol en février 2026
Mk 3 Chimera II (cycle combiné) Vise le domaine hypersonique À venir
Darkhorse Chimera II de série Mach 5 visé En développement

Darkhorse, la vraie cible

Car tout ce travail converge vers un aboutissement : le Darkhorse. Hermeus le décrit comme un futur avion militaire hypersonique, sans pilote, que l’entreprise entend produire en série. Un appareil de frappe ou de reconnaissance qui appliquerait à un véhicule de combat les leçons de propulsion et de structure tirées des vols du Quarterhorse. Un engin capable de franchir Mach 5 traverserait un théâtre d’opérations bien plus vite que les bombardiers actuels, réduisant à quelques minutes le délai entre la détection d’une cible et sa frappe, et compliquant la tâche de toute défense adverse.

Le cœur de la promesse tient dans un moteur, le Chimera. Il s’agit d’un turboréacteur à cycle combiné : une seule motorisation qui fonctionne comme un réacteur classique à basse vitesse, puis bascule en mode statoréacteur à haute vitesse, quand la compression de l’air par la seule vélocité suffit à entretenir la combustion. Ce design évite d’embarquer deux moteurs distincts. Pour franchir la plage de vitesse où le statoréacteur n’est pas encore efficace, les ingénieurs prévoient même une manœuvre singulière : une plongée contrôlée, qui utiliserait la gravité comme tremplin pour gagner les quelques centaines de km/h manquantes.

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Une course mondiale à plusieurs couloirs

Hermeus est loin de courir seul, mais tous les concurrents ne visent pas la même chose. Aux États-Unis même, la société Stratolaunch a pris une avance spectaculaire sur le créneau voisin de l’avion d’essai réutilisable : son Talon-A, largué en vol depuis le plus grand avion du monde, a dépassé Mach 5 et cumulé plus de dix vols hypersoniques récupérés, au service notamment de l’agence américaine de défense antimissile. La différence est de taille : là où le Talon-A est lâché par un porteur pour éprouver des technologies, le Quarterhorse de Hermeus décolle et atterrit seul d’une piste, ambition bien plus proche d’un avion opérationnel. D’autres acteurs occidentaux, comme Rocket Lab avec son lanceur HASTE ou l’australien Hypersonix, alimentent eux aussi cette montée en cadence des essais.

La France n’est pas en reste, mais sur des couloirs différents de celui de Hermeus. Elle développe, avec ArianeGroup et l’ONERA, le planeur expérimental V-MAX, dont un premier prototype a volé en 2023, et surtout, avec MBDA, le missile nucléaire hypersonique ASN4G, propulsé par superstatoréacteur et appelé à armer le Rafale F5 vers 2035. Deux réponses françaises à la course à la vitesse, l’une purement expérimentale, l’autre directement tournée vers la dissuasion, mais aucune ne cherche à bâtir un avion réutilisable comme le Darkhorse.

Le tableau se complique encore avec la Chine et la Russie, souvent créditées d’une avance sur les armes hypersoniques opérationnelles, missiles et planeurs, plutôt que sur les avions récupérables. C’est là toute la nuance de cette compétition : tout le monde vise la très grande vitesse, mais pas pour le même usage.

Le programme HyCAT en bref :

Élément Détail
Programme HyCAT, capacités d’essais aériens hypersoniques à cadence élevée
Pilote Defense Innovation Unit, bureau d’innovation du Pentagone
Principe S’appuyer sur des start-up et leur capital privé pour tester vite
Contrat initial 23 millions de dollars (environ 20 millions d’euros), novembre 2023
Contrat élargi 159 millions de dollars (environ 135 millions d’euros), mai 2026
Partage des données DIU, US Air Force et US Navy
Objectif Avions hypersoniques réutilisables de frappe et de reconnaissance

Sources :

  • Hermeus, Quarterhorse
    https://www.hermeus.com/aircraft
    Présentation officielle de la lignée d’appareils, du Mk0 u Mk 2.1 de la taille d’un F-16, et de la stratégie de développement itératif.
  • Defense News, Hermeus notches first flight of Quarterhorse high-speed aircraft, (27 mai 2025)
    https://www.defensenews.com/air/2025/05/27/hermeus-notches-first-flight-of-quarterhorse-high-speed-aircraft/
    Sur le premier vol du Quarterhorse, l’objectif de vol proche de Mach 5 et les soutiens de l’Air Force Research Laboratory.
  • Air & Space Forces Magazine, Hypersonic Startup Hermeus Wins DIU Contract for Drone Testing

    Hypersonic Startup Nabs Contract For High-Speed Drone Testing


    Sur les rôles militaires envisagés pour ce type de drone rapide, aux côtés des programmes d’avions de combat collaboratifs.

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