La France propose à l’Allemagne son alternative au Patriot américain, et Berlin ne dit pas non

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Said LARIBI

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La France propose à l'Allemagne son alternative au Patriot américain, et Berlin ne dit pas non

Emmanuel Macron a offert à l’Allemagne de coproduire le SAMP/T nouvelle génération, seul système de défense antiaérienne longue portée fabriqué en Europe.

Berlin se dit ouvert sur le principe, mais bute sur un obstacle de taille : ses batteries Patriot américaines couvrent déjà exactement le même créneau. L’Europe veut se protéger sans dépendre de Washington. Facile à dire, beaucoup moins à faire quand vos stocks viennent d’outre-Atlantique. Paris avance ses arguments, Berlin réfléchit, et la souveraineté du continent se joue peut-être là.

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Une main tendue de Paris vers Berlin

L’offre a été formulée le 17 juillet, lors du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité réuni à Brühl. Le président français a proposé à l’Allemagne de participer à la coproduction du système de défense antiaérienne franco-italien, dans sa version nouvelle génération. Le message était clair : bâtir une souveraineté européenne dans ce domaine, avec Berlin comme avec Rome. La réponse est tombée le 21 juillet, par la voix du ministre allemand de la Défense, en marge d’une visite dans une usine de blindés à Kassel. Berlin se dit ouvert sur le principe et juge la proposition très réjouissante. Sans s’engager pour autant, préférant étudier le dossier très concrètement.

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Le seul rempart longue portée fabriqué sur le continent

Pourquoi cette offre a-t-elle autant d’importance ? Parce que le système en question occupe une place unique. C’est le seul dispositif européen capable d’intercepter des missiles balistiques, ceux qui filent en cloche à très haute altitude avant de retomber sur leur cible. La version nouvelle génération vise même les engins d’une portée atteignant 1 000 km. Autrement dit, la seule véritable alternative au fameux Patriot américain, qui équipe la plupart des armées du continent. Développé conjointement par la France et l’Italie, il repose sur le missile intercepteur Aster, produit par le missilier européen MBDA. Pour un pays soucieux de son autonomie, disposer d’une solution entièrement européenne change tout, puisqu’elle échappe aux autorisations d’exportation américaines.

Diehl Defense, ILA 2024 (Source : Diehl Defense au salon aérien ILA Berlin)
Diehl Defense, ILA 2024 (Source : Diehl Defense au salon aérien ILA Berlin)

Le casse-tête des deux systèmes

Un obstacle sérieux se dresse pourtant sur la route. L’Allemagne utilise déjà le Patriot, qui couvre exactement le même segment en termes de portée et d’altitude. Pire, elle n’en est plus seulement cliente, elle en est devenue productrice. Une coentreprise germano-américaine a décroché une commande de 5,1 milliards d’euros portant sur un millier d’intercepteurs Patriot, avec une ligne d’assemblage flambant neuve en Bavière et des premières livraisons attendues fin 2027. Difficile, dans ces conditions, de tourner le dos à ce partenariat. Le ministre allemand l’a dit sans détour : il aurait du mal à imaginer d’exploiter deux systèmes différents au sein de ses armées. Cela suppose deux chaînes logistiques, deux stocks de munitions, deux formations et deux maintenances distinctes.

La pénurie qui rebat les cartes

Une donnée pousse toutefois l’Allemagne à écouter attentivement. Les intercepteurs Patriot manquent cruellement, du fait de conflits récents qui ont vidé les stocks à grande vitesse. Résultat, les clients européens s’inquiètent sérieusement pour leurs pièces détachées et leurs livraisons à venir. Washington a d’ailleurs fait savoir qu’il servirait d’abord ses propres forces armées, reléguant certaines commandes étrangères en fin de file d’attente. Un rappel brutal de ce que signifie dépendre d’un fournisseur unique. Cette situation a mécaniquement renforcé les voix qui réclament, en Europe, des capacités souveraines déconnectées des aléas politiques américains.

Le colonel Peter Gilbert, commandant du 3e Commandement de soutien expéditionnaire, s'entretient de l'état de préparation des batteries Patriot avec des soldats affectés au 1er bataillon du 44e régiment d'artillerie de défense aérienne, dans la zone de responsabilité du Commandement central des États-Unis, en février
Le colonel Peter Gilbert, commandant du 3e Commandement de soutien expéditionnaire, s’entretient de l’état de préparation des batteries Patriot avec des soldats affectés au 1er bataillon du 44e régiment d’artillerie de défense aérienne, dans la zone de responsabilité du Commandement central des États-Unis, en février

Une coopération pensée sur une décennie

L’offre pourrait aller bien plus loin qu’une simple participation industrielle. Le ministre allemand a évoqué une piste autrement plus ambitieuse, celle d’une coopération portant sur le développement technologique du système, sur une période de dix ans ou davantage. Un horizon qui change la nature du projet. Il ne s’agirait plus seulement de fabriquer des pièces, mais de concevoir ensemble les évolutions futures. Les retombées, elles, seraient nettement plus intéressantes pour l’industrie allemande. D’où cette recommandation de prendre l’offre au sérieux et d’en examiner tous les détails avant de trancher.

Les cadences s’emballent

Sur le terrain industriel, les choses bougent déjà. Le missilier européen a annoncé vouloir doubler sa production d’intercepteurs Aster cette année. Une montée en puissance indispensable pour répondre à la demande. Côté technique, une version modernisée du missile a été testée pour la première fois fin 2024. Ses ambitions sont considérables, puisqu’elle vise l’interception de missiles balistiques de moyenne portée, mais aussi d’engins hypersoniques. Ces armes filant à plus de cinq fois la vitesse du son représentent le grand défi des prochaines années. Un domaine où l’Europe entend bien ne pas se laisser distancer.

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Des radars qui voient à 400 km

La nouvelle génération n’a rien d’une promesse lointaine, elle est déjà livrée. Voici ce qui distingue les deux versions actuellement en service :

Pays Livraison Radar Portée annoncée
Italie Janvier Leonardo Au moins 300 km
France Février Thales Ground Fire 300 Jusqu’à 400 km

L’Italie a réceptionné son premier exemplaire en janvier, équipé d’un radar capable de surveiller l’espace aérien à 300 km au minimum. La France a suivi en février, avec un radar tricolore affichant une portée revendiquée pouvant grimper jusqu’à 400 km. Ces chiffres donnent la mesure de la couverture offerte : un seul dispositif peut ainsi tenir sous surveillance une zone gigantesque, bien au-delà des frontières nationales.

Sources :

  • Defense News, déclarations de Boris Pistorius à Kassel et réponse allemande à l’offre française
  • Présidence de la République, propos d’Emmanuel Macron lors de la conférence de presse commune
  • MBDA, annonce du doublement de la production du missile Aster
  • Thales et Leonardo, caractéristiques des radars des systèmes nouvelle génération

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