Une prouesse validée sur un banc d’essai de la direction générale de l’armement, avec l’appui du CNES, qui rapproche la France d’un accès souverain et bon marché à la très haute altitude.
L’annonce porte sur une campagne d’essais menée fin 2025 au centre DGA Essais de missiles de Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde, l’un des rares sites capables d’éprouver en toute sécurité des systèmes de propulsion à haut risque : le drone hypersonique AndoMach a réussi 21 allumages pour sept minutes de combustion cumulée.
Pour le néophyte, cela peut paraître assez modeste mais en réalité rallumer un moteur-fusée à volonté et prouver qu’il survit à l’épreuve pour resservir constitue l’un des problèmes les plus ardus de la propulsion moderne.
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La start-up française AndroMach a réussi 21 mises à feu consécutives, sans le moindre échec, du moteur-fusée réutilisable de son drone hypersonique Envol
Un moteur maison baptisé Banger
Le moteur-fusée cryogénique Banger brûle un mélange d’oxygène liquide et de propane, il est réallumable et entièrement réutilisable. Surtout, il a été conçu en interne par l’équipe propulsion d’AndroMach, ce qui pour une entreprise de cette taille relève de l’exploit.
Le rôle de la DGA ne s’est pas limité à prêter un banc : ses ingénieurs et techniciens ont apporté leur expertise d’essais, préparé les tirs, vérifié leur bon déroulement et géré les risques inhérents à l’allumage d’un tel moteur.

En ouvrant les portes de Saint-Médard-en-Jalles, l’État a ainsi offert à AndroMach ce qu’aucun capital-risque ne peut acheter : l’accès à une infrastructure souveraine et à un savoir-faire accumulé sur des décennies de programmes de missiles.
Un avion-fusée qui revient se poser
Un beau moteur certes mais qui a doit embarquer un sytème qui ne l’est pas moins : Envol.
Il s’agit d’un drone suborbital hypersonique réutilisable de quatre mètres, capable d’emporter une trentaine de kilos. Son mode opératoire tient de l’avion autant que de la fusée : il décolle d’une piste d’aéroport ordinaire grâce à deux réacteurs, allume en vol son moteur Banger pour grimper jusqu’à Mach 5 et atteindre 200 kilomètres d’altitude, à la lisière de l’espace, avant de redescendre se poser en planant, comme une navette miniature.
AndroMach vise moins de six heures entre deux vols. Là où un lancement spatial classique consume sa fusée et se prépare durant des semaines, Envol promet de repartir dans la journée. Cette réactivité, couplée à un décollage depuis une simple piste, dessine un accès à la haute atmosphère d’une souplesse inédite.

Le drone Envol en fiche :
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Concepteur | AndroMach, start-up française fondée en 2023 |
| Moteur | Banger, moteur-fusée cryogénique (oxygène liquide / propane), réutilisable |
| Longueur | 4 mètres |
| Charge utile | Environ 30 kg |
| Vitesse visée | Mach 5 (environ 6 200 km/h) |
| Altitude visée | 200 km, à la frontière de l’espace |
| Décollage et retour | Décollage sur piste classique, retour en vol plané |
| Délai entre deux vols | Moins de 6 heures |
À quoi servira Envol
Les débouchés visés sont à cheval sur le civil et le militaire, ce qui explique l’intérêt conjoint du CNES et de la DGA.
Le premier usage relève de la science : offrir quelques minutes de microgravité pour observer comment des matériaux, des fluides ou des échantillons biologiques se comportent en quasi-apesanteur, un service aujourd’hui rare et coûteux.
Le deuxième consiste à qualifier des technologies en conditions de vol réelles, plutôt qu’en laboratoire, dans un environnement hypersonique authentique.
Le troisième usage intéresse directement les militaires. Envol pourra servir de cible à trajectoire complexe pour évaluer les systèmes de détection et d’interception.
À l’heure où toutes les grandes puissances développent armes hypersoniques et boucliers censés les arrêter, disposer d’une cible réaliste, rapide et manœuvrante pour tester ses radars et ses intercepteurs devient un besoin critique. Un engin français, testé chez français, pour éprouver des défenses françaises : la boucle de souveraineté est complète.
Tout en français, et ce n’est pas un hasard
Fondée en septembre 2023 par de jeunes ingénieurs issus de l’Institut polytechnique des sciences avancées, AndroMach revendique un choix assumé : tous les composants d’Envol sont sourcés en France ou en Europe. L’objectif est double, garantir l’indépendance stratégique et échapper aux réglementations d’exportation étrangères, notamment les contraintes américaines de type ITAR qui peuvent bloquer l’usage d’un composant sensible. L’entreprise est épaulée par des conseillers du CNES, du CNRS et du secteur spatial, et s’appuie sur un partenariat industriel avec la société SOBEN.
La feuille de route est tracée. La faisabilité a été validée avec le CNES en 2024, le moteur qualifié fin 2025. Restent les étapes les plus périlleuses : les premiers vols du prototype Envol XP1, visés en 2026-2027, une version industrialisable XP2 en 2027-2028, puis des vols commerciaux espérés en 2028. Pour financer cette montée en puissance, la start-up s’apprête à lever des fonds auprès d’une plateforme d’investissement dédiée aux entreprises stratégiques françaises.
Sources :
- AndroMach, Maîtriser la haute atmosphère
https://andromach.space/fr/
Site officiel de l’entreprise : description du moteur Banger, de l’engin Envol, de la feuille de route et du partenariat avec SOBEN. - GIFAS, Synthèse de presse du 24 juillet 2026, (24 juillet 2026)
https://www.gifas.fr/presse/2026/07/24
Confirmation des chiffres de la campagne : 21 allumages, 7 minutes de combustion cumulée, Mach 5 et 200 km visés. - DirectIndustry, AndroMach: The French Startup Developing a Reusable Suborbital Drone, (27 juin 2025)
https://emag.directindustry.com/2025/06/27/andromach-reusable-suborbital-drone-space-france-microgravity/
Entretien avec un cofondateur sur la stratégie de souveraineté, le sourcing européen des composants et l’ambition de long terme.
Image de mise en avant : le moteur Banger d’AndroMach
