En lançant pour la première fois son missile de nouvelle génération à plus de Mach 1, la France vient de franchir une étape décisive pour offrir à ses Rafale une arme capable de débusquer drones, missiles de croisière et avions furtifs là où les autres échouent.
Le 1ᵉʳ juin 2026, au large de la Méditerranée, un Rafale a tiré un engin dans des conditions encore jamais éprouvées. L’objectif n’avait rien d’anodin : vérifier qu’un capteur ultrasensible garde toute sa précision malgré la chaleur folle d’un vol supersonique. Derrière cet essai très technique se joue une bataille essentielle pour la supériorité aérienne de demain. Voici ce qu’il faut en retenir.
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Un essai mené à plus de la vitesse du son
L’événement a été révélé le 5 juin 2026 par la DGA, l’agence française qui pilote les programmes d’armement. Quatre jours plus tôt, sur le centre d’essais de missiles installé en bord de Méditerranée, un Rafale instrumenté a procédé au tir, aux côtés de MBDA, de Dassault Aviation et de l’Armée de l’air et de l’espace. C’est techniquement le deuxième tir de développement de cette arme depuis un Rafale, le premier remontant à juin 2025. Mais c’est la toute première fois qu’il est réalisé en vol supersonique, ce qui change radicalement la donne.
Pourquoi voler vite complique tout
Filer plus vite que le son a un prix : la friction de l’air chauffe violemment l’avant de l’engin, là où se niche son œil électronique. Or ce capteur fonctionne grâce au contraste thermique entre une cible et son environnement. Plus l’air ambiant chauffe, plus ce contraste s’efface, et plus il devient difficile de repérer un appareil pourtant visible en temps normal. Tout l’enjeu de l’essai était donc de prouver que l’autodirecteur conserve sa lucidité malgré cet échauffement aérodynamique extrême. Le tir a confirmé que la chaîne complète tient le choc dans sa version à guidage infrarouge.
Deux versions pour ne rien laisser passer
L’arme se décline en deux variantes qui partagent exactement la même cellule et les mêmes dimensions. La première mise sur un autodirecteur infrarouge passif : elle ne rayonne aucune énergie, donc reste discrète jusqu’au dernier instant. La seconde embarque un autodirecteur radar AESA actif, capable de fonctionner par tous les temps et de viser des cibles situées au-dessus comme en dessous de l’avion. Le capteur infrarouge utilise désormais une matrice d’imagerie bien plus fine, épaulée par une puissance de calcul accrue. De quoi traquer les cibles furtives que sont les drones, les missiles de croisière et les avions conçus pour passer sous les radars.
Le secret d’un moteur en deux temps
C’est sans doute l’évolution la plus spectaculaire. Là où l’ancien modèle crachait toute son énergie juste après le tir puis ralentissait, le nouveau venu adopte une propulsion à double impulsion. Une première poussée l’arrache au lanceur, puis une seconde se réactive en fin de course pour relancer la vitesse au moment crucial. Résultat : une portée annoncée jusqu’à 40 % supérieure, soit potentiellement 150 km, et une vivacité conservée face aux cibles qui tentent des manœuvres désespérées pour s’échapper.
| Ancien modèle | Nouvelle génération | |
| Moteur | impulsion unique | double impulsion |
| Portée | référence | jusqu’à +40 % (≈ 150 km) |
| Capteur | ancienne génération | imageur infrarouge ou radar AESA |
| Format | 3,1 m / 112 kg | identique |
Tirer même dans son dos
Autre atout hérité et perfectionné : la capacité de frapper une cible située derrière l’avion, après désignation. Grâce à un tir à 360°, à l’accrochage avant ou après le départ et à une liaison de données bidirectionnelle, l’engin peut recevoir des corrections de trajectoire en plein vol. Mieux : il exploite les informations transmises par d’autres capteurs du dispositif, par exemple un autre avion ou un radar au sol. Couplé au casque de visée du pilote et au pilotage par poussée vectorielle, cela autorise des engagements impossibles auparavant sans manœuvrer lourdement.
Un tandem redoutable dans la soute
Attention au malentendu : ce nouvel engin ne remplace pas le Meteor, l’arme longue portée maison. Les deux jouent sur des segments complémentaires. Le Meteor garde le tir à très grande distance, tandis que le nouveau missile couvre le combat rapproché et la moyenne portée, tout en conservant de vraies capacités au-delà de la vue. Les futurs Rafale F4 pourront d’ailleurs emporter davantage d’engins, ce qui rend ce mariage encore plus précieux dans une même configuration de mission.
567 exemplaires et une cadence qui s’accélère
Côté volumes, l’État a déjà commandé 567 exemplaires opérationnels, via une première tranche fin 2018 puis un contrat élargi en 2021. Ils remplaceront progressivement les missiles actuels sur Rafale et Mirage 2000 au cours de la décennie. Quatre industriels se partagent le travail : MBDA, Safran, Thales et Roxel. La chaîne de production monte en puissance pour répondre à la demande française comme à l’export, dans un contexte de préparation aux conflits de haute intensité. Une déclinaison sol-air est même prévue pour défendre des sites depuis le plancher des vaches.
Source : DGA
