Pour la première fois de l’Histoire, la Chine peut se vanter d’avoir plus de porte-avions dans le Pacifique que les États-Unis

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Pour la première fois de l'Histoire, la Chine peut se vanter d'avoir plus de porte-avions dans le Pacifique que les États-Unis

Deux porte-avions chinois en manœuvre en même temps, au moment précis où le Pacifique occidental se retrouve sans porte-avions américain déployé.

Des images satellite datées du 17 août 2026 ont repéré le Liaoning, premier porte-avions opérationnel de la marine chinoise, naviguant en mer Jaune. Un déploiement bref, que Pékin n’a pas jugé bon d’annoncer, et qui n’aurait rien d’extraordinaire s’il n’y avait ce timing…

Car pendant que le Liaoning croisait au large de ses bases, le Fujian, le plus moderne des bâtiments chinois, reprenait lui aussi la mer alors que, de l’autre côté de l’échiquier, l’US Navy venait de vider temporairement le Pacifique de ses porte-avions.

Un timing qui, s’il ne prête pas encore à conséquence, a de quoi faire réfléchir sur les dynamiques en place puisque pour la première fois de l’Histoire, la Chine a disposé de plus de porte-avions dans le Pacifique que la première puissance militaire mondiale !

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Le passage du Liaoning en mer Jaune, en soi, n’a rien d’un coup d’éclat. Cette mer semi-fermée, bordée par la côte chinoise et la péninsule coréenne, donne directement sur Qingdao, le port d’attache du bâtiment. Un exercice dans ces eaux relève davantage de l’entraînement de proximité que de la projection de puissance au large. Le Liaoning revenait d’ailleurs d’un déploiement autrement plus musclé au printemps, en mer de Chine méridionale et dans le Pacifique occidental, ponctué de 170 sorties aériennes, de tirs réels et d’opérations de nuit, avant un retour à quai en juin.

Au moment où le Liaoning s’entraînait en mer Jaune, le Fujian quittait à son tour sa base pour des activités en mer de Chine méridionale. C’est plutôt ce point qui mérite d’être relevé : la banalité qu’est devenu le fait de voir deux porte-avions chinois en activité en même temps.

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Le Fujian, changement de catégorie pour la marine de l’APL

Mis en service fin 2024, attendu pleinement opérationnel d’ici fin 2026, le Fujian est le troisième porte-avions chinois. Il dépasse les 80 000 tonnes et est le premier de la flotte équipé de catapultes électromagnétiques (technologie jusqu’ici uniquement maîtrisée par Washington).

Concrètement, un chasseur J-15T catapulté depuis le Fujian peut emporter environ quatre missiles antinavires, contre un ou deux pour un J-15 lancé au tremplin. À portée et à ravitaillement égaux, le Fujian frappe donc plus fort et plus loin que ses aînés.

Évolution des porte-avions chinois

Le prochain sera peut-être nucléaire

Et la Chine n’a pas l’intention de s’arrêter au Fujian. Au chantier naval de Dalian, dans le nord du pays, un quatrième porte-avions prend forme, désigné Type 004. Des clichés analysés au printemps 2026 par le centre de réflexion américain CSIS et par plusieurs experts en sources ouvertes montrent, dans la coque en assemblage, ce qui ressemble à deux compartiments blindés de réacteurs. De quoi rendre hautement probable une propulsion nucléaire, une première pour la marine chinoise.

Le saut serait considérable. Un porte-avions nucléaire n’a plus à refaire le plein de carburant pour ses machines, ce qui décuple son autonomie et sa capacité à opérer loin de ses bases, sur de longues périodes. C’est précisément ce qui distingue les porte-avions américains, capables de patrouiller aux quatre coins du globe. Aujourd’hui, seuls les États-Unis et la France, avec le Charles de Gaulle, mettent en œuvre un tel bâtiment. La Chine pourrait devenir la troisième nation du club.

Les estimations en sources ouvertes, à prendre avec prudence tant que rien n’est officiel, décrivent un géant de 110 000 à 120 000 tonnes, soit davantage que les porte-avions américains de la classe Ford, doté lui aussi de catapultes électromagnétiques. Sa coque serait déjà achevée, pour un lancement envisagé autour du début des années 2030 et une entrée en service vers le milieu de la décennie.

Un calendrier qui, s’il se confirme, ferait passer l’aéronavale chinoise de l’entraînement côtier à la véritable projection de puissance mondiale.

L'USS George Washington (CVN 73), le 28 septembre 2002.
L’USS George Washington (CVN 73), le 28 septembre 2002.

Le Pacifique temporairement sans porte-avions américain

Au même moment, l’US Navy a redéployé l’USS George Washington, son porte-avions avancé basé au Japon, vers le Moyen-Orient, afin d’y relever l’USS Abraham Lincoln, sur zone depuis près de neuf mois dans le cadre des opérations liées au dossier iranien. Conséquence directe : le Pacifique occidental s’est retrouvé, pour un temps, sans aucun porte-avions américain déployé.

Attention toutefois, un porte-avions absent ne signifie pas une région dégarnie. Les États-Unis conservent dans la zone leurs grandes bases du Japon et de Guam, une flotte de sous-marins nucléaires, des destroyers lance-missiles et une aviation basée à terre. La dissuasion américaine ne repose pas sur un seul pont d’envol.

Reste que le calendrier interpelle. La Chine dispose désormais d’une flotte capable d’occuper le terrain en continu, à domicile, tandis que la marine américaine doit jongler entre plusieurs théâtres avec un nombre de porte-avions compté.

Plusieurs analystes estiment ainsi que si les États-Unis en maintiennent deux en permanence au Moyen-Orient pour l’Iran, il y aura chaque année plusieurs mois où leur présence dans le Pacifique tombera à zéro.

Ce n’est donc pas un simple accident ponctuel mais une tension structurelle… un seul théâtre de trop, et l’Asie se retrouve découverte.

Une tendance de fond

L’épisode n’est qu’un instantané d’un mouvement bien plus profond. La montée en puissance de l’aéronavale chinoise se mesure en années, pas en semaines. Entraînement intensif des pilotes de J-15 à terre pour alimenter les ponts, opérations de nuit de plus en plus maîtrisées, coordination avec les croiseurs Type 055 et les destroyers Type 052D, exercices à double porte-avions : la marine chinoise coche méthodiquement les cases qui la séparaient encore des standards américains.

La marine chinoise est devenue, en nombre de coques, la première flotte du monde. Elle aligne aujourd’hui plus de 370 navires de combat majeurs contre environ 290 pour l’US Navy, un dépassement acquis autour de 2020 et jamais démenti depuis. La Chine construit vite, beaucoup, et remplace ses vieux bâtiments par des unités modernes à une cadence qu’aucun chantier occidental ne peut suivre.

Reste que compter les coques ne dit pas tout, et c’est ici qu’il faut se garder des raccourcis. En tonnage cumulé, l’écart reste massif en faveur des États-Unis : environ 4,5 millions de tonnes contre 2,4 pour la Chine, soit près du double. Un porte-avions nucléaire de 100 000 tonnes et une corvette de 1 400 tonnes comptent chacun pour « un navire », mais ne pèsent pas le même poids dans une bataille. La flotte américaine, bâtie autour de onze porte-avions nucléaires et de gros bâtiments lance-missiles, reste taillée pour agir partout sur le globe, quand la marine chinoise aligne davantage d’unités plus petites, pensées d’abord pour son environnement régional.

Critère Chine (PLAN) États-Unis (US Navy)
Navires de combat majeurs plus de 370 environ 290
Tonnage cumulé ≈ 2,4 millions de tonnes ≈ 4,5 millions de tonnes
Porte-avions 3 (à propulsion conventionnelle) 11 (à propulsion nucléaire)
Modèle de flotte Nombreuses unités, orientation régionale Moins d’unités, plus grosses, portée mondiale

Le passage discret du Liaoning en mer Jaune n’était qu’un point sur une courbe mais cette courbe ne cesse de croître.

La question n’est plus de savoir si la Chine peut aligner deux porte-avions à la fois, mais combien de temps il lui faudra pour qu’ils comptent autant que ceux d’en face.

Sources :

Zona Militar Con más de 50.000 toneladas, el portaaviones Liaoning de la Armada de China realizó ejercicios en el Mar Amarillo (19 août 2026)
https://www.zona-militar.com/2026/08/19/con-mas-de-50-000-toneladas-el-portaaviones-liaoning-de-la-armada-de-china-realizo-ejercicios-en-el-mar-amarillo /
Détection du Liaoning en mer Jaune, activité simultanée du Fujian et contexte du redéploiement américain.

USNI News PLAN Carrier Fujian Expected to Achieve Full Readiness This Year, Chinese State Media Says (20 avril 2026)
https://news.usni.org/2026/04/20/plan-carrier-fujian-expected-to-achieve-full-readiness-this-year-chinese-state-media-says
Calendrier de montée en puissance du Fujian et comparaison avec les précédents porte-avions chinois.

Stars and Stripes Chinese carrier passes through Taiwan Strait amid multiple regional exercises (24 juin 2026)
https://www.stripes.com/theaters/asia_pacific/2026-06-24/fujian-taiwan-china-valiant-shield-22063199.html
Franchissement du détroit de Taïwan par le Fujian et surveillance des mouvements navals chinois.

CSIS Tracking China’s Fourth Aircraft Carrier (21 mai 2026)
https://features.csis.org/hiddenreach/china-fourth-carrier/
Suivi par imagerie satellite de la construction du Type 004 et analyse de sa propulsion probable.

Image de mise en avant : le Liaoning (ex-Varyag, navire soviétique de classe Amiral Kouznetsov), premier porte-avions opérationnel de la marine chinoise.

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