Le plus grand porte-avions du monde quitte enfin son chantier mais ses ennuis ne sont pas finis pour autant puisqu’il lui manque 4 ascenseurs sur 11

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Le plus grand porte-avions du monde quitte enfin son chantier mais ses ennuis ne sont pas finis pour autant puisqu'il lui manque 4 ascenseurs sur 11

Le 12 août 2026, le futur porte-avions USS John F. Kennedy a enfin quitté son chantier de Newport News pour ses essais d’acceptation.

Deuxième exemplaire de la classe Ford (la nouvelle génération de porte-avions américains), le Kennedy a pris la mer par un après-midi d’août pour une étape décisive : les essais d’acceptation. C’est le moment où la marine, et non plus le constructeur, met le navire sur le gril pour vérifier que tout fonctionne. Une phase exigeante, souvent riche en mauvaises surprises, qui précède la livraison officielle attendue en mars 2027. Prudence, donc : le Kennedy n’est pas encore un bâtiment de la Navy, mais un navire en examen.

Cela reste toutefois un événement, tant ce mastodonte nucléaire de 13 milliards de dollars accumulait les retards, victime des technologies révolutionnaires, et capricieuses, de la classe Ford. D’ailleurs, sur ses onze ascenseurs à munitions, quatre manquent toujours à l’appel !

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Le chemin fut long, très long. Le porte-avions aurait dû être livré dès juillet 2025. Il ne le sera pas avant mars 2027, soit deux années de décalage. En cause, deux technologies flambant neuves de la classe Ford qui ont donné du fil à retordre aux ingénieurs : le brin d’arrêt de nouvelle génération, ce câble qui stoppe les avions à l’appontage, dont la certification a traîné, et les fameux ascenseurs à munitions, qui acheminent les bombes et les missiles depuis les soutes jusqu’au pont d’envol.

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À ces déboires techniques s’est ajoutée une décision de 2020 qui a coûté deux ans à elle seule. La marine a choisi de tout installer d’un coup plutôt qu’en deux temps, afin que le Kennedy soit d’emblée capable de mettre en œuvre le chasseur furtif F-35C et d’embarquer son nouveau radar de veille.

Un choix cohérent sur le fond, mais lourd de conséquences sur le calendrier. Au bout du compte, la facture atteint 13,2 milliards de dollars, soit environ 11,2 milliards d’euros !

Le porte-avions USS John F. Kennedy en fiche technique :

Caractéristique Détail
Classe Gerald R. Ford (deuxième exemplaire, CVN-79)
Constructeur HII, Newport News Shipbuilding (Virginie)
Déplacement Environ 100 000 tonnes à pleine charge
Longueur Environ 337 mètres
Propulsion Nucléaire, deux réacteurs A1B
Groupe aérien Plus de 75 aéronefs, dont le chasseur furtif F-35C
Équipage Environ 900 marins de moins qu’un porte-avions de classe Nimitz
Coût Environ 13,2 milliards de dollars (environ 11,2 milliards d’euros)
Livraison prévue Mars 2027

Les ascenseurs de la discorde

S’il fallait retenir un symbole des malheurs de la classe Ford, ce serait bien ses ascenseurs à munitions. L’idée était pourtant séduisante : remplacer les vieux monte-charges à câbles par des ascenseurs à commande électromagnétique, plus rapides et plus sûrs, capables de faire remonter les munitions à un rythme inédit. Sur le papier, un progrès. Dans la réalité, un véritable cauchemar d’ingénieur.

Le premier de la classe, l’USS Gerald Ford, en avait fait l’amère expérience : ses onze ascenseurs avaient mis des années à fonctionner, le dernier n’ayant été livré qu’en 2021, bien après l’entrée en service du navire. Le Kennedy suit la même pente, en un peu moins pénible. À ce jour, sept de ses onze ascenseurs sont achevés, de quoi accéder à tous les magasins et poursuivre l’entraînement de l’équipage mais qui témoigne de la difficulté à maitriser cette technologie.

L'USS John F. Kennedy en chantier le 29 octobre 2019.
L’USS John F. Kennedy en chantier le 29 octobre 2019.

Les technologies nouvelles de la classe Ford, et leurs déboires :

Technologie Fonction Situation
EMALS Catapultes électromagnétiques (lancement des avions) Fonctionnel, mais critiqué pour sa fiabilité
AAG Brin d’arrêt de nouvelle génération (appontage) Certification longue, cause de retard
AWE Ascenseurs à munitions électromagnétiques 7 sur 11 achevés sur le Kennedy
EASR Radar de veille remplaçant celui, capricieux, du Ford Intégré, l’un des rares progrès sans heurt

Dix porte-avions, le temps d’un trou d’air

Ce retard est un véritable problème pour l’US Navy car il ouvre une brèche dans le dispositif américain. L’USS Nimitz, doyen de la flotte avec un demi-siècle de service, doit être retiré en mai 2026. Or son remplaçant, le Kennedy, n’arrivera pas avant 2027. Entre les deux, la marine américaine passera donc, pour près d’un an, de onze à dix porte-avions. Un trou d’air temporaire, mais qui tombe au plus mauvais moment.

Le calendrier a en effet de quoi inquiéter les stratèges de Washington. Sans, même parler de l’affrontement avec l’Iran (dont l’issu est toujours incertaine), le Pentagone a d’autres « plus gros poissons » en vue et estime que la Chine pourrait notamment être en mesure de tenter une opération contre Taïwan aux alentours de 2027, précisément la période où l’Amérique naviguera au ralenti côté porte-avions.

Reste que le Kennedy, une fois ses dernières faiblesses corrigées, apportera un vrai plus. Radar modernisé, équipage allégé de 900 marins par rapport à un Nimitz, capacité d’emblée à mettre en œuvre le F-35C : le navire est taillé pour plusieurs décennies de service. Ironie de l’histoire, Donald Trump a entre-temps signé un décret ordonnant à la marine de revenir aux bonnes vieilles catapultes à vapeur pour ses futurs porte-avions, jugeant l’électromagnétique trop capricieux. Aucune nouvelle coque ne sortira cependant des chantiers avant son départ de la Maison-Blanche.

D’ici là, tous les regards resteront braqués sur le Kennedy, ce colosse à 13 milliards qui doit encore prouver, en mer, qu’il tient enfin ses promesses.

Sources principales :

USNI News (Sam LaGrone), Carrier John F. Kennedy Leaves Newport News for Acceptance Trials, 7 Weapons Elevators Delivered (12 août 2026)
https://news.usni.org/2026/08/12/carrier-john-f-kennedy-leaves-newport-news-for-acceptance-trials-7-weapons-elevators-delivered /
Sur le départ pour les essais d’acceptation, les 7 ascenseurs sur 11 achevés et les modifications imposées par le Congrès (F-35C, radar EASR).

Stars and Stripes, Navy’s next carrier, John F. Kennedy, returns from first sea trials (4 février 2026)
https://www.stripes.com/branches/navy/2026-02-04/uss-john-f-kennedy-returns-sea-trials-20626354.html /
Sur le coût (13,196 milliards de dollars), les essais constructeur et le décret Trump sur le retour aux catapultes à vapeur.

19FortyFive, The US Navy’s Newest Nuclear Aircraft Carrier Is Running a Year Late (juillet 2026)
https://www.19fortyfive.com/2026/07/the-us-navys-newest-nuclear-aircraft-carrier-is-running-a-year-late-the-holdup-is-the-arresting-gear-and-the-weapons-elevators /
Sur les essais d’acceptation INSURV à venir, le radar remplaçant celui du Ford et l’équipage réduit de 900 marins.

Image mise en avant : Le porte-avions John F. Kennedy (CVN 79), en cours de pré-mise en service, traverse l’océan Atlantique lors des essais en mer du constructeur, le 28 janvier 2026.

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