Face à Rheinmetall, BAE Systems, General Dynamics et Elbit, c’est un industriel coréen qui vient de rafler le contrat pour équiper l’armée américaine de son nouveau canon d’artillerie.
Un camouflet qui en dit long sur le basculement industriel en cours. L’US Army a retenu Hanwha Defense pour la suite de son programme de canon automoteur. Le K9 monté sur roues doit remplacer les vieux canons tractés M777, avec un contrat pouvant grimper jusqu’à environ 240 millions d’euros. Une percée majeure pour Séoul, qui s’installe désormais durablement sur le marché de la défense occidentale.
A lire aussi :
- La Belgique est sur les rangs pour devenir le premier client international du nouveau lance-roquettes français Thundart
- Le géant européen des missiles croule sous 48 milliards de commandes et va investir 5 milliards pour suivre
Quatre poids lourds occidentaux battus à plate couture
La liste des concurrents avait de quoi impressionner. Le français KNDS, associé à Leonardo DRS, présentait une variante du Caesar, ce canon léger monté sur camion qui s’est forgé une solide réputation sur les théâtres d’opérations récents et qui s’exporte plutôt bien depuis quelques années. L’allemand Rheinmetall alignait son RCH 155, le britannique BAE Systems son Archer, et Elbit America son système SIGMA développé avec Anduril et Oshkosh. Que du lourd, donc. Et pourtant, c’est Hanwha Defense USA qui est passé devant tout le monde. Si l’armée américaine n’a pas détaillé les raisons de son choix, plusieurs observateurs pointent un facteur décisif : la promesse coréenne de produire directement sur le sol américain. Une victoire qui claque comme un avertissement pour l’industrie occidentale, longtemps persuadée que ce genre de marché lui était réservé d’office.
Ce conteneur maritime cache huit missiles capable de frapper au sol et abattre des drones
Un contrat qui peut grimper très haut
Les montants donnent la mesure de l’enjeu. Le contrat initial s’élève à environ 92 millions d’euros, mais sa valeur totale peut atteindre près de 240 millions d’euros selon les options levées. Sauf que ces chiffres ne sont que la partie visible de l’iceberg. Le programme complet vise à terme plus de 400 systèmes, pour un marché potentiel estimé autour de 6,5 milliards d’euros. Concrètement, Hanwha doit d’abord livrer six prototypes rapidement, avec la possibilité d’en fournir douze de plus. L’armée américaine prévoit une période d’évaluation d’environ quatre ans, pendant laquelle les soldats testeront les engins en conditions réelles pour juger leurs performances et leur fiabilité.

Un canon qui tire deux fois plus loin
La différence avec le matériel actuel est spectaculaire. Voici la comparaison entre les deux systèmes :
| Caractéristique | K9 sur roues | M777 tracté |
| Longueur du tube | 52 calibres (environ 8 m) | 39 calibres (environ 5 m) |
| Portée maximale | jusqu’à 60 km | moins de 32 km |
| Mobilité | Automoteur 8×8 | Nécessite un camion |
| Munitions embarquées | 40 obus | Aucune |
| Mise en batterie | moins de 30 secondes | plusieurs minutes |
Le secret tient dans la longueur du tube. Plus un canon est long, plus l’obus sort vite et va loin. Avec ses 52 calibres, le K9 dispose d’un tube de huit mètres, contre cinq pour le M777. Résultat, il frappe à près de 60 kilomètres là où l’ancien plafonne sous les 32 kilomètres.
Tirer puis disparaître en moins de trente secondes
C’est peut-être l’atout le plus décisif. Le M777 doit être tracté par un camion, déployé, calé, puis remballé après le tir. Une opération qui prend plusieurs minutes. Le K9 sur roues, lui, se déplace tout seul et peut se mettre en batterie ou décrocher en moins de 30 secondes. Les militaires appellent ça la tactique du « tire et déguerpis ». Sur les champs de bataille actuels, où le moindre engin immobile est repéré et frappé par un drone en quelques instants, cette mobilité extrême n’est plus un luxe mais une question de survie pure et simple.

Une usine américaine et une machine bien rodée à l’export
Hanwha n’arrive pas en terrain inconnu. Son canon K9 est déjà déployé à plus de 2 500 exemplaires dans le monde et équipe une dizaine d’armées, dont celles d’Australie, d’Égypte, d’Estonie, de Finlande, d’Inde, de Norvège, de Pologne et de Turquie. Une référence mondiale que peu de concurrents peuvent afficher. Pour convaincre Washington, l’industriel coréen a sorti l’argument imparable : produire sur le sol américain. Une usine est prévue à Opelika, en Alabama, avec l’ambition de bâtir tout un réseau industriel local. Cette stratégie de localisation est devenue la marque de fabrique du groupe, qui l’a déjà appliquée en Australie, en Égypte, en Pologne et en Roumanie.
Trente ans de tentatives américaines ratées
Pour comprendre l’importance de ce contrat, il faut regarder l’historique. Depuis les années 1990, l’armée américaine enchaîne les échecs pour remplacer son artillerie. Le programme Crusader, jugé trop coûteux, a été annulé en 2002. Plus récemment, un autre projet doté d’un tube de 58 calibres et capable de frapper à 64 kilomètres a lui aussi été abandonné en 2024, la longueur du canon posant des problèmes techniques insolubles. Trente ans de tâtonnements et de milliards engloutis, et voilà que la solution vient finalement de Corée du Sud. Le contraste est cruel pour l’industrie américaine.
La Corée du Sud ose évincer le missile américain de ses navires pour le sien, réputé plus performant
Rien n’est encore totalement joué
Une précision s’impose tout de même. Ce contrat ne garantit pas que le K9 équipera réellement les troupes américaines. L’armée l’a dit clairement : les données récoltées pendant les essais guideront la décision finale. Si le feu vert tombe, le canon coréen remplacera les M777 dans certaines unités, en priorité celles équipées de véhicules blindés à roues. Les brigades parachutistes et d’infanterie légère pourraient suivre. En attendant, cette annonce constitue une victoire symbolique majeure pour Séoul, dont l’industrie de défense grignote méthodiquement des parts de marché partout dans le monde.
Sources :
- The War Zone, « South Korea’s Highly Mobile 155mm Artillery System Wins U.S. Army Howitzer Contract », Joseph Trevithick, 18 août 2026
- Communiqué de presse de l’US Army sur le programme Mobile Tactical Cannon
- Communiqué de presse Hanwha Defense USA