L’américain Lockheed Martin et l’allemand Rheinmetall vont produire ensemble le célèbre missile balistique ATACMS sur un site allemand. Une grande première, car cette arme n’avait jamais été fabriquée ailleurs qu’aux États-Unis, et de quoi répondre à une demande européenne devenue énorme.
L’Europe veut ses propres armes, fabriquées sur son sol. Un accord majeur vient de tomber : un missile américain parmi les plus recherchés sera bientôt assemblé en Allemagne. Un tournant industriel qui en dit long sur les nouvelles priorités du Vieux Continent.
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Une première hors des États-Unis
L’annonce est de taille. Le 7 juillet 2026, en marge du sommet de l’OTAN, les groupes Lockheed Martin, côté américain, et Rheinmetall, côté allemand, ont signé un accord pour produire conjointement le missile ATACMS sur le site de Rheinmetall à Unterlüß, dans le nord de l’Allemagne. C’est une véritable rupture historique. Ce missile balistique, capable de frapper jusqu’à 300 km de distance, n’avait jamais été fabriqué en dehors du sol américain. Pour la première fois, une usine située à l’étranger va donc pouvoir assembler cette arme redoutée, déjà largement employée par l’Ukraine. Un symbole fort de la volonté européenne de rapatrier sur son territoire la production d’équipements militaires jugés stratégiques.
Un accord béni par Washington et Berlin
Ce partenariat n’a rien d’une initiative isolée. L’accord a été dévoilé lors d’un grand forum de l’industrie de défense de l’OTAN, organisé à Ankara. Surtout, il bénéficie du soutien des gouvernements américain et allemand. Les deux entreprises présentent cette signature comme un premier pas vers une coentreprise, destinée à créer un véritable pôle d’excellence européen. Ce centre aurait pour mission de fabriquer, d’assembler et de distribuer le missile aux forces de l’OTAN et à ses alliés. Le patron de Rheinmetall y voit un moyen de renforcer la base industrielle allemande dans le domaine des systèmes de défense modernes, en mariant la technologie américaine éprouvée au savoir-faire industriel européen.

Un site historique en pleine expansion
Le lieu choisi n’a rien d’un hasard. Le site d’Unterlüß est une véritable institution, puisqu’il existe depuis 125 ans et emploie environ 4 000 personnes. Et il connaît une croissance fulgurante ces derniers temps. Une nouvelle usine de munitions d’artillerie y a ouvert l’an dernier. Mieux, une fabrique de moteurs de fusée, en cours d’achèvement, doit commencer à produire des moteurs et des composants de missiles guidés dès 2027. Cette montée en puissance illustre parfaitement le réarmement accéléré de l’Allemagne, qui investit massivement pour muscler ses capacités de production d’armements sur son propre territoire.
Répondre à une demande explosive
Pourquoi un tel projet maintenant ? Parce que les besoins sont colossaux. Selon les estimations de Rheinmetall, la demande annuelle européenne et ukrainienne se situe entre 600 et 800 missiles ATACMS. Un chiffre énorme, que les capacités actuelles peinent à satisfaire. Voici le calendrier prévu pour cette montée en cadence :
| Étape | Date |
| Premier accord de coopération | 2024 |
| Extension aux missiles guidés | Avril 2025 |
| Début de la production complète | 2027 |
| Montée en puissance progressive | 2028 et 2029 |
La production complète devrait donc démarrer en 2027, avant de monter en régime sur les deux années suivantes. L’objectif est clair, fournir suffisamment de missiles pour répondre à cette demande pressante sans dépendre uniquement des usines américaines.
Pourquoi les Américains lèvent le pied
Voilà un point qui explique en grande partie cet accord. Aux États-Unis, Lockheed Martin réduit progressivement sa production d’ATACMS dans son usine de Camden, dans l’Arkansas. La raison ? L’industriel préfère se concentrer sur un missile plus récent, le Precision Strike Missile, appelé à remplacer l’ATACMS dans l’arsenal américain. Problème, la demande européenne et ukrainienne pour l’ancien missile, elle, reste très forte. Ce décalage crée un véritable goulet d’étranglement. Fabriquer le missile en Allemagne permet donc de combler ce vide, pendant que les Américains passent à la génération suivante. Lockheed précise d’ailleurs qu’il maintiendra sa ligne de l’Arkansas active jusqu’à ce que la transition vers la production européenne soit achevée.

Un partenariat qui mûrit depuis des années
Cette alliance ne date pas d’hier. Les deux groupes se rapprochent méthodiquement depuis plus d’un an. Ils avaient signé un premier accord de coopération sur les missiles dès 2024. En avril 2025, ils l’ont élargi pour couvrir un « centre de compétence » plus vaste, dédié aux missiles et aux armes guidées. Dès l’été suivant, il était déjà question de fabriquer spécifiquement l’ATACMS, mais aussi le missile Hellfire, sur le site d’Unterlüß. Cette construction progressive montre que le projet repose sur des bases solides, mûries étape par étape, et non sur une décision précipitée. Un travail de fond qui porte enfin ses fruits.
Un dernier verrou à faire sauter
Attention toutefois, rien n’est encore totalement bouclé. Pour que cet accord se transforme en coentreprise pleinement approuvée, il faut encore obtenir le feu vert du gouvernement américain. En effet, le transfert de la technologie de l’ATACMS exige l’accord formel de Washington. C’est la dernière étape, et non des moindres, avant que la production ne puisse réellement démarrer. Tant que cette autorisation n’est pas accordée, le projet reste suspendu à la décision des autorités américaines. Une formalité probable au vu du soutien affiché, mais qui rappelle que les États-Unis gardent la maîtrise finale sur leurs technologies les plus sensibles.
Source : Lockheed Martin et Rheinmetall, communiqué de presse officiel du 7 juillet 2026 (PRNewswire)
Credit Image : Creative Commons
