MBDA vient de réussir le premier tir de son CROSSBOW, une arme terrestre capable de frapper avec précision à plus de 800 km de distance avec une charge de 300 kg, et conçue pour combler le retard de l’Europe en matière de frappe à très longue portée.
L’Europe a longtemps dépendu de l’aviation ou de la marine pour frapper loin derrière les lignes ennemies. Un industriel français vient de présenter une autre solution, lancée depuis le sol et bien moins chère qu’un missile de croisière. Mise au point en un temps record, elle change la donne.
A lire aussi :
- L’Europe ne savait pas frapper si loin depuis le sol : la France et la Corée s’allient et créent le lanceur ultime avec une portée de 290 km, le rival du HIMARS
- L’avenir des missiles tirés par les Rafale français passera désormais en partie par le numéro 1 arabe de l’armement qui vient de signer un accord avec Safran
Un premier tir réussi en un temps record
L’annonce est tombée le 23 juin 2026 au salon Eurosatory de Paris. MBDA a procédé au tout premier tir de son arme baptisée CROSSBOW. Et la prouesse n’est pas que technique. Le système est passé de la planche à dessin au tir réel en seulement neuf mois, un délai exceptionnel dans un secteur où les programmes traînent souvent des années. Pour aller aussi vite, l’industriel a assemblé un mélange malin de composants militaires et de pièces issues du commerce, fournies par des entreprises britanniques et européennes. Cette rapidité illustre une nouvelle tendance de fond : produire plus vite, à plus grande échelle, pour préparer les conflits de haute intensité.
Ni drone kamikaze ni missile de croisière
Cette arme occupe une place bien à part. Elle se situe pile entre deux mondes : les roquettes d’artillerie à courte portée d’un côté, et les coûteux missiles de croisière de l’autre. Attention, ce n’est pas un drone réutilisable ni une munition rôdeuse qui traque des cibles mobiles. C’est une arme de frappe en profondeur pensée pour détruire des cibles fixes de grande valeur. Voici sa carte d’identité :
| Caractéristique | Donnée |
| Portée | Plus de 800 km |
| Longueur | Environ 5,3 m |
| Masse | Environ 750 kg |
| Envergure | 3 m |
| Charge utile | Jusqu’à 300 kg |
| Vitesse | Subsonique |
| Délai de développement | 9 mois |
Plus lourde que la plupart des drones kamikazes vus en Ukraine, elle reste pourtant bien moins onéreuse qu’un missile de croisière classique.
Frapper loin derrière les lignes
Mais à quoi sert concrètement une portée de plus de 800 kilomètres ? À taper là où ça fait vraiment mal. Pas sur la ligne de front, mais sur tout ce qui alimente la machine de guerre ennemie loin à l’arrière. On parle des dépôts de munitions, des nœuds ferroviaires, des stocks de carburant, des radars de défense aérienne, des postes de commandement ou des bases aériennes. En clair, couper les vivres de l’adversaire avant même que ses renforts n’atteignent le combat. Ce genre d’arme serait confié non pas à l’artillerie d’une brigade, mais à un échelon supérieur, capable de planifier des frappes stratégiques en profondeur.
300 kilos de charge modulable
La grande souplesse de cette arme, c’est sa soute interchangeable. Avec 300 kg disponibles, les ingénieurs peuvent y loger plusieurs types de charges selon la mission. Une charge explosive classique pour pulvériser un dépôt, un radar ou un avion stationné. Une charge pénétrante à effet retardé pour s’attaquer aux bâtiments renforcés et aux abris durcis. Ou encore une charge non explosive, dédiée à la guerre électronique ou à des missions de leurre. Attention toutefois, MBDA n’a pas communiqué les détails précis des têtes militaires ni la précision exacte. Ces usages restent donc des applications probables plutôt que des versions officiellement confirmées.
Un GPS ne suffit pas pour viser si loin
Voilà un défi de taille : une arme qui vole sur 800 km ne peut pas se reposer uniquement sur le GPS. Pourquoi ? Parce que sur un champ de bataille moderne, le brouillage et le leurrage des signaux satellites sont devenus la norme, notamment face aux Russes. Pour contourner le problème, l’engin combine plusieurs systèmes de navigation. Une centrale inertielle qui assure la continuité du trajet, le GPS quand il est disponible, une reconnaissance d’images par intelligence artificielle pour corriger la trajectoire, et un capteur dédié à la phase finale. Cette approche en couches lui permet de rester précis même quand l’ennemi tente de l’aveugler.
Tirer depuis un simple conteneur
L’autre atout malin se cache dans le lancement. L’arme est tirée depuis l’arrière d’un véhicule, à partir de ce qui ressemble à un conteneur standard de 20 pieds, soit environ 6 mètres, équipé d’un ou deux tubes. L’intérêt est tactique. En se fondant dans un banal conteneur, l’arme se dissimule, là où un gros camion lance-missiles bien reconnaissable serait vite repéré et détruit. Une batterie peut ainsi tirer depuis une route, une zone industrielle ou une cachette de campagne, frapper en profondeur, puis déguerpir avant la riposte. Une réponse différente au même problème que cherche à résoudre la modernisation de l’artillerie longue portée.
Une pièce d’un arsenal européen plus large
Cette arme ne joue pas en solo. Elle s’insère dans toute une gamme MBDA dédiée à la frappe lointaine. Pour situer les choses : THUNDART couvre les 150 km, DELUGE vise la saturation à bas coût, et le Land Cruise Missile dépasse les 1 000 km en haut de gamme. CROSSBOW comble le trou entre l’artillerie de roquettes et le missile de croisière. Son but n’est pas d’être la plus furtive, mais d’offrir une arme plus lourde, plus longue portée et surtout consommable, fabricable en série et utilisable plus souvent que les rares et précieux missiles de croisière. L’industriel vise d’ailleurs une hausse de production de 40 % par rapport à 2025.
Source : MBDA

