Le savoir-faire français dans les sous-marins plait tellement aux Pays-Bas que ces derniers ont signé avec Naval Group un accord sur 20 ans

Publié le

Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Le savoir-faire français dans les sous-marins plait tellement aux Pays-Bas que ces derniers ont signé avec Naval Group un accord sur 20 ans

Le 17 juillet 2026, les Pays-Bas et le français Naval Group ont élargi leur accord de coopération industrielle sur le programme de sous-marins Orka.

La signature de l’amendement à l’accord de coopération industrielle (ICA), à La Haye, réunissait le ministère néerlandais des Affaires économiques et du Climat et Naval Group. Concrètement, il autorise Naval Group à contracter de nouvelles entreprises néerlandaises pour participer à la fabrication des sous-marins de classe Orka et des torpilles lourdes F21 qui les armeront.

Une nouvelle page pour un accord qui va structurer 20 ans de coopération industrielle entre les deux pays.

Lire aussi :

Naval Group officialise l’amendement de l’accord de coopération industrielle avec les Pays-bas pour la fabrication des sous-marins de classe Orka et des torpilles lourdes F21

L’ICA initial a été signé en septembre 2024 et doit courir sur vingt ans. L’engagement dépasse de loin la livraison de matériel : il s’agit de faire travailler ensemble, sur deux décennies, de nombreuses entreprises et instituts de recherche néerlandais, afin d’ancrer localement la capacité d’entretenir et de faire évoluer la flotte.

C’est tout le sens du maître-mot qui structure le programme : l’autonomie stratégique. Les Pays-Bas ne veulent pas seulement acheter des sous-marins, ils veulent pouvoir les maintenir et les moderniser eux-mêmes pendant toute leur vie opérationnelle, sans dépendre en permanence du fournisseur étranger. Naval Group répond à cette exigence en transférant compétences et sous-traitance vers l’industrie locale, dont l’entreprise salue l’expertise en métallurgie, en traitement de surface et en systèmes électroniques.

La France aussi sait faire des avions-fusées qui volent à 6 200 km/h et en plus celui-ci aura l’avantage d’être réutilisable en moins de 6h

Un contrat à 5,6 milliards arraché à l’Allemagne

Le programme Orka est estimé à 5,6 milliards d’euros pour les quatre sous-marins, un montant budgété par La Haye et que Naval Group aurait même sous-coté pour emporter la décision. Le groupe français doit livrer les deux premiers bâtiments d’ici une dizaine d’années. Les quatre navires porteront les noms Orka, Zwaardvis, Barracuda et Tijgerhaai.

La victoire n’a rien eu d’évident. Pour décrocher ce marché, Naval Group a dû écarter une concurrence sérieuse, au premier rang de laquelle l’allemand TKMS, pourtant réputé sur le segment des sous-marins conventionnels. Débouté, le constructeur allemand a saisi la justice néerlandaise, avant que le tribunal de La Haye ne rejette son recours le 24 juillet 2024, levant le dernier obstacle à la signature.

Ce que l’avenant vient ajouter

L’amendement du 17 juillet prolonge cette logique après une étape clé. Le 16 juin 2026, La Haye avait signé avec Naval Group le contrat d’acquisition des torpilles lourdes de nouvelle génération F21.

L’avenant traduit dans l’accord industriel cet élargissement du périmètre : les partenaires néerlandais seront désormais associés aussi à cette nouvelle phase du projet Orka, celle de l’armement.

La classe Orka (dérivée du programme Barracuda de Naval Group) intégrera la torpille F21.
La classe Orka (dérivée du programme Barracuda de Naval Group) intégrera la torpille F21.

Le programme Orka en bref :

Élément Détail
Programme Renouvellement de la capacité sous-marine néerlandaise (RNSC)
Constructeur Naval Group (France)
Nombre Quatre sous-marins de classe Orka
Filiation Dérivés du Barracuda, en version diesel-électrique
Caractéristiques Environ 3 300 tonnes, 82 mètres de long
Armement Torpilles lourdes F21 et missiles de croisière
Remplace Les sous-marins de classe Walrus des années 1990
Premier en service Vers 2033
Coopération industrielle Plan sur 20 ans avec l’industrie et la recherche néerlandaises

La F21, une torpille qui engage trois décennies

Le plan initial des Pays-Bas consistait en effet à réarmer les futurs Orka avec les torpilles Mk48 déjà en service sur les Walrus. La Haye a finalement écarté cette solution, jugeant réalisable un remplacement accéléré de son stock américain au profit de la torpille française. Cette F21, arme lourde de 533 millimètres à guidage par fibre optique développée par Naval Group, est en service dans la marine française depuis 2019 et a été retenue par le Brésil pour ses sous-marins. Avec ce contrat, les Pays-Bas deviennent la première marine de l’OTAN à équiper un sous-marin classique de la F21, alors que la plupart des flottes conventionnelles de l’Alliance reposent sur d’autres familles, à commencer par la Mk48 américaine et la SeaHake allemande.

Ce qui a fait pencher la balance tient à la technique autant qu’à la cohérence industrielle. La liaison par fibre optique de la F21 offre un débit de données supérieur et une meilleure résistance au brouillage que le fil de cuivre de la Mk48, et sa propulsion électrique la rend nettement plus silencieuse qu’une torpille à moteur thermique. S’y ajoute un argument imparable : la torpille est fournie par le constructeur même du sous-marin. Intégrer l’arme dès la conception, plutôt que de l’ajouter des années plus tard, permet au navire d’entrer en service avec un système d’armes déjà mûr et simplifie toute la maintenance. Choisir la F21, c’est donc fixer pour trois décennies l’architecture de combat de la future flotte sous-marine néerlandaise et l’arrimer à un standard français.

Un rapprochement opérationnel franco-hollandais

En adoptant le même sous-marin et la même torpille que la marine française, les Pays-Bas se rapprochent aussi opérationnellement de Paris. Une architecture d’armes commune facilite les échanges sur les tactiques d’emploi, la formation des équipages et les procédures de maintenance. À terme, une telle interopérabilité ouvre la voie à des exercices conjoints de lutte sous-marine, à mesure que les deux marines affinent leur doctrine face à des menaces maritimes de plus en plus complexes.

Le premier Orka n’est pas attendu en service avant 2033, et un plan de coopération sur vingt ans ne vaut que par son exécution année après année : montée en compétence réelle des sous-traitants néerlandais, transferts de savoir-faire effectifs, respect des coûts et des délais. La France a décroché un contrat structurant et posé un pied durable dans l’industrie navale néerlandaise. Il lui faudra tenir la distance pour transformer cette signature en partenariat qui compte, là où d’autres alliances industrielles, sur ce continent, se sont défaites en chemin.

Sources :

  • Naval News, The Netherlands and Naval Group extend the Industrial Cooperation Agreement, (22 juillet 2026)
    https://www.navalnews.com/naval-news/2026/07/the-netherlands-and-naval-group-extend-the-industrial-cooperation-agreement
    Détail de l’avenant à l’accord de coopération industrielle et des domaines d’expertise néerlandais mobilisés.
  • Naval Group, The Netherlands Navy chooses the F21 torpedo for its submarines of the Orka class, (16 juin 2026)
    https://www.naval-group.com/en/netherlands-navy-chooses-f21-torpedo-its-submarines-orka-class
    Communiqué sur le contrat des torpilles F21 et le plan de coopération industrielle sur vingt ans.
  • EDR Magazine, The Netherlands and Naval Group extend the Industrial Cooperation Agreement, (22 juillet 2026)

    ► The Netherlands and Naval Group extend the Industrial Cooperation Agreement


    Reprise de l’annonce officielle et rappel de l’exigence d’autonomie stratégique du programme RNSC.

Image de mise en avant : Torpille F21 sur le site de Saint-Tropez – crédit : Naval Group

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron