Le légendaire porte-avions américain USS Nimitz part à la retraite, et sa mise hors service coûtera à elle seule environ 520 millions d’euros.
Mais ce n’est que le début, car on ne démolit pas un navire à propulsion nucléaire comme un vulgaire cargo. Le chantier complet s’étalera sur des années, voire des décennies. Construire un porte-avions coûte des milliards. Le mettre à la casse aussi, on l’oublie souvent. Surtout quand deux réacteurs nucléaires sommeillent dans ses entrailles. L’US Navy s’attaque à ce chantier titanesque, et la note s’annonce salée.
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Une facture de départ à 520 millions
Le navire est rentré à son port d’attache final début juillet, après un ultime déploiement de quatre mois avec près de 3 000 marins à bord. Détail qui en dit long sur sa taille, trop imposant pour franchir le canal de Panama, il a dû rejoindre sa nouvelle base en contournant tout le continent sud-américain par le cap Horn. Son retrait officiel du service est prévu pour mars 2027. Et le budget prévisionnel de la marine américaine a chiffré la première étape : environ 520 millions d’euros rien que pour la mise hors service. Attention, cette somme ne couvre pas la démolition complète. Elle finance uniquement la phase d’ouverture, à savoir éteindre les systèmes, retirer les équipements, vidanger les fluides, sécuriser les zones sensibles et préparer les réacteurs à leur déchargement. Autant dire le tout début d’un très long processus.
Un colosse impossible à simplement démolir
Pourquoi tant de complications pour un vieux navire ? À cause de sa nature même. Ce géant des mers mesure 333 mètres de long et déplace environ 100 000 tonnes. Voici sa carte d’identité :
| Donnée | Chiffre |
| Longueur | 333 mètres |
| Déplacement | Environ 100 000 tonnes |
| Réacteurs nucléaires | 2 |
| Âge au retrait | 52 ans |
| Coût de la première phase | Environ 520 millions d’euros |
Un porte-avions classique peut filer directement vers un chantier de démolition une fois vidé de son carburant, de ses armes et de ses matières dangereuses. Mais celui-ci embarque deux réacteurs nucléaires. Il exige donc des ouvriers spécialement qualifiés, un transport sécurisé du combustible usé, des contrôles radiologiques stricts et une méthode d’élimination approuvée. Rien à voir avec de la simple ferraille.

Vider le navire avant de le découper
Que se passe-t-il concrètement avant la découpe ? Un travail de fourmi. Avant que les démolisseurs ne touchent à la coque, marins et sous-traitants doivent tout retirer. Les armes, l’équipement aéronautique, les pièces détachées, l’électronique, mais aussi les documents classifiés et tous les composants qui pourraient resservir sur d’autres porte-avions. Les systèmes sont mis hors tension et vidangés. Les espaces contenant de l’amiante, du plomb ou d’autres substances toxiques réclament un traitement contrôlé. Cette phase de désarmement transforme un navire de guerre opérationnel en une coque sûre et administrativement retirée. L’équipage s’efface peu à peu, remplacé par les ouvriers du chantier. À elle seule, cette étape demande déjà plusieurs années.
Le casse-tête des réacteurs nucléaires
Vient ensuite le cœur du problème, au sens propre. Les cœurs des réacteurs doivent être extraits sous le contrôle strict des autorités nucléaires de la marine, au chantier de Newport News, en Virginie. Depuis 2016, le combustible usé des porte-avions est chargé dans des conteneurs ferroviaires spéciaux, puis acheminé vers une installation dédiée dans l’Idaho. Mais attention, retirer le combustible arrête bien la réaction en chaîne, sans pour autant rendre le reste inoffensif. Une radioactivité résiduelle subsiste dans les tuyauteries, les blindages et jusque dans le métal de la structure. Il faut alors découper les câbles et conduites, sceller chaque ouverture, vidanger les derniers liquides et construire des caissons de confinement en acier. Un travail de précision extrême.

Un voyage en barge jusqu’à un site secret
Comment se débarrasse-t-on ensuite de ces morceaux radioactifs ? Par un périple étonnant. La marine a déjà transporté des compartiments réacteurs de sous-marins et de croiseurs par barge, en longeant la côte avant de remonter le fleuve Columbia, jusqu’au site de Hanford, géré par le département de l’Énergie. Un voyage fluvial pour convoyer du matériel nucléaire, l’image surprend. Mais aucun plan spécifique n’a encore été dévoilé pour ce porte-avions précis. Et pour cause, un autre navire, l’USS Enterprise, sert actuellement de premier cas d’école à l’échelle d’un porte-avions. Les leçons de ce chantier pionnier guideront la marche à suivre pour tous les suivants.
Le vrai coût reste un mystère
Alors, combien coûtera l’opération en tout ? Personne ne le sait précisément. La marine n’a jamais publié d’estimation finale. Les 520 millions d’euros ne couvrent que le début, et certaines sources évoquent même une facture de mise hors service approchant le milliard de dollars, contraintes réglementaires comprises. Sans compter les années de stockage, de transport et de recyclage qui suivront. La meilleure comparaison vient de l’Enterprise. Pour ce navire, la marine a tranché en 2025 en confiant le démantèlement à une entreprise privée, dans un chantier d’Alabama, pour environ 495 millions d’euros sur cinq ans. Un précédent concret, mais indicatif, car l’Enterprise comptait huit réacteurs, contre deux ici, tandis que notre navire est plus grand et inaugure le retrait de toute une série. Les fourchettes avancées donnent le vertige :
| Option retenue | Coût estimé | Durée |
| Chantier commercial | 695 millions à 1,3 milliard d’euros | Environ 5 ans |
| Chantier public | 970 millions à 1,4 milliard d’euros | Environ 10 ans |
Ces chiffres datent un peu, mais ils donnent la mesure de l’ardoise à venir.
Dix géants à démanteler, un défi de décennies
Le plus vertigineux, c’est que ce n’est qu’un début. Ce porte-avions est le premier d’une famille de dix navires du même type appelés à prendre leur retraite. Consciente de l’ampleur de la tâche, la marine a créé en 2024 un bureau dédié à cette mission colossale, qu’elle décrit comme un chantier de plusieurs milliards d’euros s’étalant sur des décennies. Le vrai goulot d’étranglement sera la capacité des chantiers. Il faudra se battre pour trouver la main-d’œuvre qualifiée, les cales sèches et les ingénieurs, alors même que ces sites entretiennent déjà les sous-marins et porte-avions en activité. La marine peut fixer une date pour retirer le navire du service. Mais elle est incapable de dire quand sa dernière section d’acier quittera enfin le chantier.
Sources :
- 19FortyFive, coût de la mise hors service et calendrier du démantèlement
- USNI News, report du désarmement à 2027 et lien avec l’USS John F. Kennedy
- The National Interest, contrat commercial de l’USS Enterprise et étapes du processus
- Government Accountability Office (GAO), estimations comparatives du démantèlement
- Historique officiel de l’US Navy, caractéristiques du navire
