Le géant sud-coréen Hanwha et le français Thales ont signé à Eurosatory un accord pour marier les missiles coréens Chunmoo au lanceur français X-Fire, donnant naissance à un système capable de frapper avec précision entre 80 et 290 km, bien au-delà de ce que la plupart des armées européennes savent atteindre depuis le sol.
Frapper loin, très loin, derrière les lignes ennemies. C’est le grand fantasme de toutes les armées modernes, et un domaine où l’Europe accuse un retard criant. Un duo franco-coréen vient de poser une pièce du puzzle à Paris. Une alliance qui mêle technologie asiatique et savoir-faire tricolore.
A lire aussi :
- La France est encore capable de prendre des décisions industrielles rapides quand l’urgence l’exige comme elle vient de le faire avec le système de missiles Thundart
- Le reste de l’Europe ferait bien de suivre l’exemple du Norvégien Kongsberg qui a compris l’avance américaine sur la production de missiles en rachetant Zone 5
Un accord signé en plein salon parisien
Tout s’est joué le 17 juin 2026, en plein salon Eurosatory, à Paris. Le mastodonte sud-coréen Hanwha Aerospace et le français Thales ont signé un protocole d’accord, ce qu’on appelle un MoU dans le jargon. Le but : combiner la famille de missiles guidés Chunmoo, développée en Corée, avec le lanceur X-Fire conçu par Thales. Résultat, un système commun de frappe de précision dont les portées s’étendent de 80 à 290 kilomètres. De quoi couvrir toute la profondeur d’un champ de bataille moderne et toucher des cibles que peu d’armées européennes peuvent atteindre aujourd’hui avec leur artillerie terrestre.
Trois flèches pour trois portées
La grande force de cette famille de missiles, c’est sa polyvalence. Trois munitions différentes couvrent trois besoins distincts. Voici ce que prévoit l’intégration :
| Munition | Type | Portée |
| CGR-080 | Roquette guidée de 239 mm | Environ 80 km |
| CTM-MR | Missile de moyenne portée | Environ 160 km |
| CTM-290 | Missile balistique tactique | Jusqu’à 290 km |
Le plus impressionnant des trois reste le CTM-290. Avec ses 290 kilomètres de portée, il atteint des cibles qui exigeaient jusqu’ici soit une frappe aérienne, soit un missile de croisière. Or ces deux options coûtent bien plus cher par tir et demandent une logistique autrement plus lourde. Une roquette lancée depuis un camion change radicalement l’équation économique.
Le rival discret des fameux HIMARS
Le système coréen n’est pas un inconnu pour les spécialistes. Le Chunmoo est le lance-roquettes multiple développé par Séoul, concurrent direct des américains M270 et M142 HIMARS, rendus célèbres par la guerre en Ukraine. Mais pendant que les systèmes américains trustaient les gros titres, Hanwha a construit sa clientèle en silence. La Pologne et la Roumanie ont déjà signé, comme d’autres membres de l’OTAN. La raison de ce succès est simple : ces pays veulent une capacité équivalente aux États-Unis, sans la dépendance politique et logistique qui va avec. Et la Corée du Sud se montre bien plus rapide que Washington pour valider ses exportations et partager sa technologie.
Tirer puis disparaître aussitôt
Le lanceur français X-Fire apporte un atout décisif : la mobilité. Monté sur roues, il est conçu pour se déployer et déguerpir en un éclair. Ce n’est pas un détail. Les conflits récents l’ont prouvé, une artillerie fixe ou lente se fait détruire en quelques minutes. En couplant cette agilité aux longues portées des missiles coréens, on obtient un système qui peut tirer puis changer de position avant même que l’ennemi ne riposte. Cette tactique du tir et déplacement complique énormément le travail de contre-batterie adverse, tout en gardant l’unité de tir à bonne distance du danger.
La leçon brutale de l’Ukraine
Pourquoi un tel engouement soudain ? Parce que l’Ukraine a tout changé. Le terme technique au cœur de cet accord est la frappe en profondeur. Il s’agit de toucher l’ennemi loin derrière le front : ses postes de commandement, ses dépôts de munitions, ses centres logistiques, ses infrastructures. En clair, couper les vivres avant même que les renforts n’arrivent au combat. L’OTAN a identifié cette capacité longue portée comme une faille majeure des armées européennes. Sur le terrain ukrainien, les HIMARS ont démontré qu’ils pouvaient pulvériser un dépôt de munitions ou un pont stratégique, bouleversant la situation. Chaque état-major sérieux en a tiré la même conclusion.
Bien plus qu’une simple vente d’armes
Attention toutefois à ne pas s’emballer. Ce protocole n’est pas un contrat. Aucune commande, aucun montant financiern’a été dévoilé. Il s’agit pour l’instant d’un cadre de coopération technique qui permet de lancer le travail d’intégration. Mais la stratégie derrière est limpide. La Corée ne veut pas seulement vendre du matériel, elle veut s’implanterdurablement dans le tissu industriel européen. C’est exactement ce qu’elle a fait en Pologne, avec d’importants transferts de technologie et une production locale. Or les marchés européens favorisent de plus en plus les industriels qui fabriquent sur place plutôt que les simples exportateurs.
Thales en pivot d’une stratégie européenne
En s’appuyant sur Thales comme point d’ancrage, Hanwha s’offre un passeport vers l’un des groupes de défense les plus influents du continent. Le calcul est habile. Un industriel étranger qui s’intègre dans les chaînes d’approvisionnement locales décroche des contrats qu’un pur vendeur n’obtiendrait jamais. Pour Thales, l’accord renforce son offre dans un domaine porteur. Et le timing est idéal : les budgets militaires européens explosent, et la course à l’artillerie longue portée atteint un niveau jamais vu depuis la fin de la guerre froide. Les deux partenaires se positionnent pile au bon moment sur un marché en pleine ébullition.
Source : Thales