Pour moderniser son infanterie, l’armée allemande va recevoir plus d’un millier de systèmes d’observation conçus par un industriel tricolore.
Une commande qui en dit long sur la place de la France dans l’équipement du combattant moderne. Safran Electronics & Defense fournira ses jumelles multifonctions MOSKITO et ses systèmes SHARPCROW aux forces allemandes. Plus de 1 000 exemplaires du premier et plusieurs centaines du second équiperont l’infanterie moyenne et lourde. Une commande passée par Rheinmetall, maître d’œuvre du grand programme de modernisation du fantassin allemand.
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Voir loin, voir la nuit, savoir exactement où
Le premier système ressemble à une grosse paire de jumelles, mais fait bien davantage. Il combine la vision de jour comme de nuit, un télémètre laser et une géolocalisation précise. Concrètement, un soldat peut repérer une cible, mesurer sa distance exacte grâce au faisceau laser, puis obtenir ses coordonnées géographiques. Cette localisation précise change tout : au lieu de décrire vaguement une position par radio, le fantassin transmet un point exact, exploitable immédiatement par l’artillerie ou l’aviation.
Un second appareil pour la vision thermique
Le deuxième équipement joue une partition complémentaire. Il embarque une caméra thermique, capable de détecter la chaleur émise par un corps humain ou un moteur, même dans l’obscurité totale ou à travers un léger camouflage. S’y ajoutent une vision en faible luminosité, une observation optique classique pour le jour, ainsi que des fonctions de localisation et de transmission numérique. Voici ce qui distingue les deux systèmes :
| Fonction | Système compact | Système d’observation |
| Quantité commandée | plus de 1 000 | plusieurs centaines |
| Vision jour | oui | oui |
| Vision nuit | oui | oui |
| Caméra thermique | non précisé | oui |
| Télémètre laser | oui | oui |
| Géolocalisation | oui | oui |
| Transmission numérique | oui | oui |
Le vrai avantage n’est pas de mieux voir
On pourrait croire que ces appareils servent surtout à observer plus loin. Leur intérêt principal se situe ailleurs. Ils permettent de partager l’information en quelques secondes avec le reste des forces engagées. Un soldat isolé qui repère une position ennemie devient ainsi un capteur au service de toute une unité, capable de déclencher une frappe menée par d’autres. Cette rapidité de décision compte souvent davantage que la qualité de l’optique elle-même sur un champ de bataille moderne.
Fabriqué en Allemagne, conçu par un Français
Un point mérite d’être précisé pour éviter tout malentendu. Ces équipements seront produits sur le sol allemand par la filiale locale du groupe français. Et la commande elle-même ne vient pas directement de l’armée : c’est Rheinmetall Electronics, maître d’œuvre du programme, qui l’a passée. Safran intervient donc comme fournisseur du géant allemand, dans une chaîne où chacun tient son rôle. Le groupe tricolore a d’ailleurs investi 50 millions d’euros dans une nouvelle usine à Ludwigsburg, preuve que son implantation outre-Rhin ne se limite pas à quelques contrats opportunistes.

Un programme allemand qui monte en puissance
Ces commandes s’inscrivent dans un ensemble baptisé « Fantassin du futur », le grand chantier de modernisation de l’infanterie allemande. L’objectif consiste à rendre le soldat plus efficace, plus difficile à tuer, mieux commandé, plus mobile et plus endurant. Pour y parvenir, la Bundeswehr mise sur des capacités connectées qui relient chaque combattant au réseau d’ensemble. Ce programme accélère nettement depuis quelques années, porté par un réarmement allemand devenu l’un des plus rapides d’Europe.
La France sur un terrain qu’elle maîtrise
Cette sélection illustre une force souvent méconnue de l’industrie tricolore. Dans le domaine de l’optronique militaire, c’est-à-dire tout ce qui touche aux capteurs optiques et infrarouges, les entreprises françaises figurent parmi les meilleures mondiales. Ce savoir-faire, moins spectaculaire qu’un avion de chasse ou un char, se retrouve pourtant dans une multitude d’équipements. Et ce n’est pas un coup d’essai : en juin dernier, le même groupe avait déjà décroché la plus grosse commande jamais enregistrée en Allemagne pour ses jumelles infrarouges, avec plus d’un millier d’exemplaires destinés à cette même infanterie.
Ce que la commande ne dit pas
Reste une inconnue de taille. Ni le prix unitaire ni le montant global du contrat n’ont été communiqués, ce qui empêche d’évaluer le poids financier réel de l’affaire. Cette discrétion sur les détails contractuels est fréquente dans le secteur, mais elle laisse planer un doute sur l’ampleur véritable de la commande. Le calendrier de livraison n’a pas davantage été précisé. Les marchés ont malgré tout accueilli la nouvelle favorablement, l’action du groupe progressant légèrement à la Bourse de Paris dans la foulée de l’annonce.
Sources :
- Safran Electronics & Defense, communiqué de presse du 3 septembre 2026
- Déclarations de Marzell Schiller, directeur général de Safran Electronics & Defense Germany
- Rheinmetall Electronics, maître d’œuvre du programme Infanterist der Zukunft
Source image à la une :
- Safran
