Le montant paraît démesuré pour de simples pièces mécaniques.
Il révèle pourtant une réalité que les budgets militaires masquent souvent : maintenir une flotte de chars coûte parfois aussi cher que l’acheter. Washington vient d’autoriser la vente de soixante moteurs de char à l’Arabie saoudite pour environ 690 millions d’euros. Aucun véhicule neuf dans l’affaire, uniquement des groupes motopropulseurs, des pièces détachées et plusieurs années d’assistance technique. Une facture qui illustre le coût réel de la possession d’une armée blindée.
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Un calcul qui donne le vertige
Faites la division et le résultat surprend. Soixante moteurs pour 690 millions d’euros, cela représente environ 11,5 millions d’euros par unité, pièces et soutien technique compris. Un montant qui dépasse le prix de nombreux véhicules blindés complets. Pour comprendre cette facture, il faut regarder sous le capot : ce char n’utilise pas un moteur diesel classique mais une turbine à gaz, technologie habituellement réservée aux hélicoptères et aux petits avions. Un choix fait dans les années 1970, après des essais comparatifs où elle avait battu le diesel grâce à un couple capable d’emmener un engin de 72 tonnes de l’arrêt à 32 km/h en six secondes.
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La Mort qui chuchote
Cette motorisation a offert un avantage inattendu aux équipages. Une turbine tourne nettement plus silencieusement qu’un diesel, ce qui a permis aux unités blindées d’approcher des positions ennemies avec beaucoup moins de préavis sonore. Pendant la guerre du Golfe, les équipages avaient d’ailleurs surnommé leur monture la Mort qui chuchote. Elle démarre aussi instantanément par grand froid et avale à peu près n’importe quel carburant liquide sans réglage. Voici les principaux traits de ce groupe motopropulseur :
| Caractéristique | Détail |
| Type | Turbine à gaz |
| Origine | Années 1970 |
| Accélération | 0 à 32 km/h en 6 secondes |
| Masse du char propulsé | 72 tonnes |
| Carburants acceptés | presque tous les liquides |
| Point faible | consommation très élevée |
Le prix à payer depuis cinquante ans
Toute médaille a son revers, et celui-ci est bien connu. Les turbines à gaz sont redoutablement gourmandes en carburant, un défaut que l’armée américaine gère depuis près de cinq décennies. Pire, elles ne se réparent pas sur le terrain comme un moteur classique. Il faut les retirer entièrement du véhicule et les envoyer en atelier spécialisé pour une remise à neuf complète. Ce cycle permanent d’échanges et de reconstructions explique en grande partie pourquoi la facture d’entretien atteint de tels sommets.

Trente-sept ans avec les mêmes chars
L’histoire saoudienne éclaire encore mieux cette commande. Le royaume utilise ces blindés depuis 1989, date à laquelle il avait acquis 315 exemplaires pour un montant avoisinant les 2,9 milliards d’euros de l’époque. Depuis, plus aucun achat de véhicules neufs. À la place, Riyad n’a cessé de rénover sa flotte d’origine, la transformant progressivement en une configuration spécifique, avec notamment un contrat en 2016 pour de nouvelles conversions et le remplacement de pertes au combat.
Le moteur qu’on ne peut pas changer
Voilà le point crucial. Peu importe le nombre de fois où l’on modernise la tourelle, l’électronique ou le blindage d’un de ces chars : il lui faudra toujours cette même turbine en dessous. Aucune alternative n’a jamais été développée pour ce véhicule. Cette dépendance technique transforme chaque commande de moteurs en passage obligé. La production, qui avait quitté le Connecticut en 1995, se déroule aujourd’hui dans un dépôt de l’armée en Alabama, où sortiront ces nouveaux exemplaires.
Une goutte d’eau dans un océan d’armement
Ces 690 millions d’euros paraissent soudain modestes replacés dans leur contexte. Le même jour, Washington a validé un second contrat bien plus imposant : environ 4,6 milliards d’euros pour plus de 10 000 kits de guidage et bombes destinés à l’aviation saoudienne. Les deux opérations réunies frôlent les 5,3 milliards d’euros. La raison de ce déblocage massif tient à la dégradation rapide de la situation sécuritaire du royaume, confronté à l’Iran, aux Houthis yéménites et à divers groupes armés alliés de Téhéran. Les moteurs de char ne pèsent finalement que 13 % de l’ensemble.
Rien n’est encore signé
Une précision s’impose. La notification au Congrès américain ne signifie pas que l’affaire est bouclée. Les parlementaires disposent d’une période d’examen durant laquelle ils peuvent s’y opposer avant toute signature. Par le passé, certaines ventes ont été réduites ou retardées à ce stade précis. Le département d’État précise par ailleurs qu’aucun personnel américain supplémentaire ne sera envoyé sur place, le royaume disposant déjà de ses propres équipes et du soutien industriel nécessaire.
Sources :
- Département d’État américain, notification au Congrès du 4 septembre 2026
- Historique des ventes militaires étrangères vers l’Arabie saoudite
