Le 26 octobre 2001, Lockheed Martin remportait le programme Joint Strike Fighter avec la promesse de livrer plus de 3 000 avions, premier appareil opérationnel en 2008, pour environ 200 milliards de dollars.
Un quart de siècle après l’annonce du secrétaire de l’US Air Force, le F-35 Lightning II affiche 1 375 appareils livrés selon Lockheed Martin, 20 pays clients signés, 42 bases en service dans le monde et un cumul d’un million d’heures de vol.
Les gros chiffres impressionnent toujours mais rapportés aux promesses initiales, on serait en réalité plus proche de l’échec industriel avec un grand É. Le programme a été reporté de six à huit ans, son coût global est passé de 200 à 536 milliards de dollars avec une cadence de livraison qui ralentit en 2026.
Le F-35, véritable outil géopolitique et de propagande américain, ne serait-il pas en réalité de la « poudre de perlimpinpin » ?
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25 ans et le F-35 américain est loin de tenir toutes ses promesses initiales
Le 26 octobre 2001, Washington choisit la proposition menée par Lockheed Martin, associée à Northrop Grumman et BAE Systems. Leur démonstrateur X-35 vient de battre le X-32 de Boeing au terme d’une compétition de quatre ans dotée d’un milliard de dollars. Le contrat initial de phase SDD (System Design and Development) porte sur 22 appareils pour 18,9 milliards de dollars. Lockheed Martin estime alors le programme complet à environ 200 milliards.
Le communiqué de la maison évoque un chasseur furtif, supersonique, multirôle, destiné à remplacer d’un coup l’A-10, le Harrier AV-8, le F-16 et le F/A-18. Un seul avion pour quatre missions, un seul programme pour trois armées américaines (Air Force, Navy, Marines) et deux alliées (Royal Air Force et Royal Navy). Le plan prévoit plus de 3 000 appareils sur la durée de vie du programme, premier vol d’essai en 2005, première livraison opérationnelle en 2008.
L’assemblage final sera réalisé à Fort Worth, au Texas, avec des sous-ensembles produits dans 27 États américains et au Royaume-Uni. Le document cite déjà six candidats à la participation : Pays-Bas, Italie, Danemark, Norvège, Canada et Turquie.
On va le voir juste après, la copie rendue 25 ans plus tard n’est pas exactement conforme au brouillon.
2026, premier bilan : moins de la moitié du contrat initial
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le premier vol d’essai est intervenu en décembre 2006, soit un an de retard. La première livraison opérationnelle a eu lieu en 2015-2016 selon la variante, soit sept à huit ans de retard sur l’engagement de 2008. Le nombre d’appareils effectivement en service est de 1 375 selon le dernier décompte Lockheed Martin publié le 22 octobre 2026. L’US Air Force à elle seule a reçu moins de 750 F-35, loin de son objectif à terme de 1 763.
Le coût du programme a plus que doublé. Le dernier rapport d’acquisition officiel (Selected Acquisition Report) d’août 2026 chiffre le programme total à 536,2 milliards de dollars (environ 455,8 milliards d’euros), en hausse de plus de 10 % sur un an. Côté cadence, Lockheed Martin a livré 94 appareils sur les neuf premiers mois de 2026, contre 143 sur la même période en 2025, soit un recul de 34 %. Au troisième trimestre 2026, le groupe revendique 43 livraisons contre 46 au T3 2025. Le framework agreement annoncé le 22 octobre 2026 couvre 850 F-35 pour l’US Air Force sur 10 ans, soit 156 appareils par an, mais il doit encore être validé par le Congrès avant que les contrats de production ne suivent. Les lots 20 et suivants restent, à cette heure, en négociation.
Le match avec l’Europe en un tableau
Vous le savez si vous nous lisez régulièrement, on adore comparer le F-35 avec ses équivalents européens (chinois et russes également mais les données sont moins claires).
Voilà un petit tableau récap du F-35 vs ses principaux concurrents européens en 2026 :
| Caractéristique | F-35A Lightning II | Rafale | Eurofighter Typhoon | Gripen E |
|---|---|---|---|---|
| Constructeur | Lockheed Martin (US) | Dassault Aviation (FR) | Consortium Airbus-BAE-Leonardo (DE/UK/IT/ES) | Saab (SE) |
| Génération | 5ᵉ (furtif) | 4,5ᵉ (omnirôle) | 4,5ᵉ (supériorité aérienne) | 4,5ᵉ (multirôle léger) |
| Prix unitaire (flyaway, cellule nue) | 92 millions de dollars (environ 78 millions d’euros) | 119 millions d’euros (chiffres parlement français, décembre 2025) | Environ 110 millions d’euros | Environ 85 millions d’euros |
| Coût horaire d’exploitation | Environ 42 000 dollars (environ 35 700 euros) | Environ 16 500 dollars (environ 14 000 euros) | Environ 18 000 euros | Environ 7 000 à 10 000 euros |
| Livrés à ce jour | 1 375 (toutes variantes, Lockheed Martin, octobre 2026) | 300 (octobre 2025) | 608 (mi-2026) | Près de 300 toutes versions, Gripen E en série depuis 2026 |
| Carnet de commandes | Plus de 2 200 appareils, lots 20+ en négociation | 233 appareils à livrer sur 533 commandés | 174 appareils à livrer sur 782 commandés | Commandes Suède, Brésil (56), Colombie, Thaïlande en négociation |
| Clients export | 20 pays signés (dont 12 FMS) | 8 pays export + Ukraine en 2026 | 10 pays dont Turquie en 2025 | 6 pays dont Brésil et Colombie |
Match industriel F-35 vs Rafale, qui gagne ?
Si l’on remet les cadrans à zéro et qu’on compare les deux programmes à âge industriel équivalent, Dassault s’en sort honorablement. Le Rafale est entré en service français en 2004. En 25 ans d’existence, il a été vendu à huit pays étrangers (Égypte en 2015, Qatar, Inde, Grèce, Croatie, Émirats arabes unis, Indonésie, Serbie) et un neuvième depuis juillet 2026 (Ukraine). Dassault vise 28 livraisons en 2026, soit à peine plus que les 26 de 2025. Les 300 Rafale livrés paraissent bien peu face aux 1 375 F-35, mais à prix d’achat et à coût d’exploitation équivalents, Paris pourrait faire voler environ 2,5 Rafale pour un seul F-35 utilisable à l’heure sur la durée.
Les armées de l’air étrangères qui doivent choisir leur chasseur de nouvelle génération le savent, et le Rafale commence à battre le F-35 sur des appels d’offres où le prix sur dix ans compte autant que la fiche technique. L’Indonésie, la Serbie, la Croatie en sont trois exemples récents.
Les Européens Eurofighter et Gripen tiennent leur rang mais occupent des niches : supériorité aérienne pour le Typhoon (notamment en Arabie saoudite et au Royaume-Uni), chasseur léger à coût réduit pour le Gripen (Brésil, Colombie, Thaïlande en négociation).
Vingt clients et quarante-deux bases dans le monde
Le succès commercial du F-35 reste malgré tout sans équivalent en Occident. En 25 ans, Lockheed Martin a bouclé des accords avec 20 pays : les 8 partenaires fondateurs du programme JSF (États-Unis, Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Canada, Australie, Danemark, Norvège) et 12 clients FMS signataires de Lettres d’offre et d’acceptation (Israël, Japon, Corée du Sud, Belgique, Pologne, Singapour, Finlande, Suisse, Allemagne, République tchèque, Grèce, Roumanie).
Ce qui ne va toujours pas en octobre 2026
Le quart de siècle du F-35 arrive au moment où plusieurs voyants virent à l’orange. La cadence de livraison recule nettement, de 34 % sur neuf mois comparés d’une année sur l’autre. Les lots 20 et au-delà restent en négociation entre Lockheed Martin et le Pentagone. Le framework de 850 appareils annoncé le 22 octobre dépend du Congrès pour sa validation en autorité pluriannuelle. La Suisse a officiellement reconnu le 23 octobre 2026 que son contrat ne tiendrait pas, qu’elle recevrait probablement 30 avions au lieu de 36. Le Danemark a admis un dépassement de 25 % en 2025. La Pologne, l’Allemagne et plusieurs clients FMS ont vu la facture gonfler. Les deux premiers CF-35A canadiens, livrés le 22 octobre à Luke AFB en Arizona, n’arriveront chez eux qu’en 2028. Toute la logique d’un contrat pluriannuel à prix maîtrisé, c’était précisément ce que vendait Lockheed Martin en 2001.
À 25 ans, le F-35 reste le programme d’armement le plus ambitieux et le plus financé de l’histoire. Il reste aussi le plus en retard sur ses promesses initiales, en volume, en calendrier et en budget. Les 25 prochaines années diront si la seconde moitié du programme corrige la première. Pour l’instant, le Rafale avance ses 300 appareils, l’Eurofighter ses 608, et le Gripen E monte lentement en cadence. Aucun ne joue dans la même catégorie, mais tous rappellent qu’un chasseur furtif américain ne règle pas, à lui seul, l’équation d’une armée de l’air moderne.
Sources principales :
- Government Accountability Office (GAO) F-35 Joint Strike Fighter: DOD Plans to Use Program Longer and Spend More on Sustainment, rapport GAO-24-106703 (avril 2024)
https://www.gao.gov/assets/d24106703.pdf
Rapport officiel du GAO chiffrant le coût total du programme F-35 à plus de 2 000 milliards de dollars sur toute sa durée de vie, document de référence du Congrès américain. - F-35 Joint Program Office / NAVAIR F-35 Lightning II Joint Program Office — organisation officielle
https://www.navair.navy.mil/organization/F-35-Lightning-II-Joint-Program-Office
Page officielle du JPO rattaché à NAVAIR qui pilote le programme F-35 pour les forces américaines et les 20 pays clients. - Dassault Aviation Financial Release 2025 Results (mars 2026)
https://www.dassault-aviation.com/wp-content/blogs.dir/2/files/2026/03/Financial-Release-2025-Results.pdf
Communiqué financier officiel Dassault, chiffre d’affaires 7,42 milliards d’euros, 26 Rafale livrés en 2025, carnet de commandes consolidé. - Breaking Defense F-35 lifetime price tag dips beneath $2 trillion even as buying costs rise (août 2026)
https://breakingdefense.com/2026/08/f-35-lifetime-price-tag-dips-beneath-2-trillion-even-as-buying-costs-rise
Analyse du Selected Acquisition Report F-35 d’août 2026, coût d’acquisition de 536,2 milliards de dollars, hausse des prix unitaires des lots 18-19. - Air & Space Forces Magazine F-35 Price Rising due to New Upgrades, Inflation
https://www.airandspaceforces.com/f-35-price-rising-new-upgrades-inflation /
Prix unitaires officiels des lots 18-19 : F-35A 92 M$, F-35B 121,4 M$, F-35C 110,8 M$.


