La Chine affiche une portée doublée pour ce missile antinavire, qu’elle tire depuis un hélicoptère dérivé d’un appareil français construit sous licence

Publié le

• Said LARIBI

Said LARIBI

Un hélicoptère Dauphin de la Marine nationale en vol, porte latérale ouverte
L’appareil dont Pékin a acheté le brevet de production en 1980 vole toujours sous cocarde française, ici dans sa version embarquée. (© Antonin JLY / CC BY-SA 4.0)

Un engin léger conçu pour couler des vedettes rapides, présenté sur un salon égyptien et issu d’une famille vendue à l’exportation. Le seul chiffre communiqué est celui de la portée, et personne ne l’a vérifié.

L’affaire tient en une ligne de communiqué : la portée aurait été multipliée par deux. Quinze kilomètres deviennent trente quand l’engin part d’un hélicoptère, trente deviennent soixante quand il quitte un avion. Tout le reste, la masse, la vitesse, la charge militaire, la façon dont ce gain a été obtenu, n’a fait l’objet d’aucune publication. Et le client visé n’est peut-être pas celui qu’on croit.

A lire aussi :

Une annonce venue d’un salon du désert

Commençons par remettre la chose à sa place. L’engin a été présenté lors du salon aéronautique d’El Alamein, sur la côte méditerranéenne égyptienne, du 8 au 10 septembre. La presse de défense chinoise en a parlé dans la foulée. Nous ne sommes donc pas devant une révélation de cette semaine, mais devant un objet exposé il y a six semaines sur un stand, lors d’un événement réservé aux professionnels.

Une grue non homologuée a empêché l’armée allemande de tirer un seul missile de son nouveau bouclier antiaérien pendant un an et demi

Le suffixe qui dit à qui on vend

Voilà le détail que personne ne relève. Dans la nomenclature chinoise, la lettre E accolée à une désignation signale une version destinée à l’exportation. Et cette famille se vend effectivement sur catalogue, en trois déclinaisons qui ne diffèrent que par l’autodirecteur, l’une à guidage radar, l’autre à guidage télévisuel, la troisième à guidage laser semi-actif. Le fabricant la propose pour tir depuis hélicoptère, avion, drone, station terrestre mobile ou petit bâtiment de surface. Le SIPRI a d’ailleurs recensé une livraison de cette famille à la Zambie, destinée à équiper des avions d’entraînement et de combat.

Un hélicoptère Z-9 de la marine chinoise arrimé sur la plateforme d’un bâtiment de surface
Le radôme sous le nez abrite le radar de recherche de surface qui désigne les cibles à ce type de missile. (© Sparktour / CC BY-SA 4.0)

Cent cinq kilos pour couler une vedette

La logique de l’arme se comprend en regardant ses dimensions. La version de base pèse environ 105 kilos pour 2,58 mètres, emporte une charge militaire d’une trentaine de kilos et vole à Mach 0,8, donc nettement en dessous de la vitesse du son. Ce n’est pas un engin pour frégate ou destroyer. C’est un outil économique destiné aux patrouilleurs, aux vedettes lance-missiles et aux petits bâtiments, qui évite de gaspiller un missile lourd sur une cible à quelques centaines de tonnes.

Le doublement annoncé, et ce qu’on n’en sait pas

Reste le cœur du sujet. On ignore si le gain de portée vient d’une nouvelle propulsion, d’une aérodynamique retouchée, d’une gestion de vol différente, ou d’une combinaison des trois. Aucun essai vérifié de façon indépendante n’a confirmé ces distances. Le tableau ci-dessous résume la situation mieux qu’un long développement, et sa deuxième colonne mérite qu’on s’y arrête.

Version de base Version à portée étendue
Tir depuis hélicoptère 15 km 30 km annoncés
Tir depuis avion 30 km 60 km annoncés
Masse Environ 105 kg Non communiquée
Vitesse Mach 0,8 Non communiquée
Charge militaire Environ 30 kg Non communiquée

Le porteur et son radar

Le vecteur habituel de cette famille est un hélicoptère embarqué dérivé d’un appareil d’origine française, construit sous licence, qui emporte quatre engins sur des moignons d’aile. Son radar ne manque pas de portée, puisqu’il détecte un navire de trois mille tonnes à 180 kilomètres et repère encore une vedette de cinquante tonnes au-delà de soixante. Il voit donc bien plus loin que le missile ne tire, et la difficulté se déplace vers l’identification et le suivi continu d’une cible rapide manœuvrant près des côtes. Une chaîne de télévision chinoise avait diffusé des images de tir depuis cet appareil en 2021.

Une corvette lance-missiles taïwanaise de la classe Tuo Chiang à quai, coque à facettes visible
Ces bâtiments de 685 tonnes concentrent une puissance de feu antinavire sur une coque dessinée pour renvoyer le moins d’écho radar possible. (© Liu Shu-fu / Bureau de la présidence de Taïwan / CC BY 2.0)

La cible que tout le monde a en tête

Les analystes désignent les corvettes lance-missiles taïwanaises, et le rapprochement se tient. Ces bâtiments déplacent environ 685 tonnes pour soixante-cinq mètres, dépassent les 74 kilomètres par heure, et emportent des missiles antinavires Hsiung Feng de deux générations, un canon de 76 millimètres et des missiles antiaériens Sea Sword II. Trente kilomètres ne mettent donc pas l’hélicoptère hors de leur portée, loin de là.

Pour la première fois, le Japon a laissé des civils photographier l’arme qui rompt avec 80 ans de renoncement à la guerre

Ce qui sépare une fiche produit d’une arme en service

Il faut enfin dire ce qui n’est pas établi, et la liste est longue. L’état de production reste inconnu, le calendrier de déploiement aussi, les essais de qualification n’ont donné lieu à aucune publication, et la compatibilité avec tel ou tel appareil chinois n’est pas documentée. Rien ne prouve que cette version soit entrée en service dans la marine chinoise. Les trente et soixante kilomètres sont des performances annoncées, pas des performances démontrées.

Sources :

  • Army Recognition, sur la présentation de la version à portée étendue et les distances annoncées, octobre 2026
  • Army Recognition, sur le tir du missile de base depuis un hélicoptère embarqué et les capacités de son radar, avril 2021
  • Fiche produit publique du missile à l’exportation, pour la masse, la vitesse et les trois types d’autodirecteurs
  • SIPRI, cité par la presse spécialisée, sur la livraison de la version export à la Zambie
  • Janes, sur les caractéristiques de la deuxième série de corvettes taïwanaises, juillet 2026
  • Organisateurs du salon d’El Alamein, pour les dates et le nombre d’exposants

À propos de l'auteur, Said LARIBI

Laisser un commentaire