Une grue non homologuée a empêché l’armée allemande de tirer un seul missile de son nouveau bouclier antiaérien pendant un an et demi

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• Said LARIBI

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Un missile IRIS-T SLM quitte son lanceur à la verticale lors du tir de certification en Crète
Le tir s’est déroulé à la mi-octobre sur l’installation de tir de l’Otan en Crète, seul site d’Europe où la Bundeswehr peut tirer en conditions réelles. (© Diehl Defence)

Ce système de défense aérienne allemand protège les villes ukrainiennes depuis 2022 et a été vendu à une dizaine de pays. Berlin vient tout juste de l’autoriser à tirer, au terme d’un blocage qui n’avait rien de technologique.

Il aura fallu attendre la mi-octobre 2026 pour que l’armée de l’air allemande tire son premier missile avec un système commandé trois ans plus tôt. La scène s’est jouée en Crète, sur le seul champ de tir d’Europe où l’armée allemande peut encore tirer un engin de ce calibre en conditions réelles. Entre la livraison de la première batterie et ce coup inaugural, deux années se sont écoulées. Et le responsable n’est ni le missile, ni le radar, ni le logiciel.

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Un premier tir réel au-dessus de la Méditerranée

Le groupe de missiles antiaériens 61, stationné à Todendorf sur la côte de la Baltique, a passé une partie du mois sur l’installation de tir de l’Otan, près de La Canée. L’enjeu tenait en un mot, la certification, autrement dit la démonstration que l’ensemble fonctionne pour de vrai et pas seulement sur simulateur. Trois objets devaient dialoguer sans accroc, le radar TRML-4D, le poste de commandement tactique et le lanceur. Le site accueille ce genre d’exercice depuis 1968, en vertu d’un accord signé entre alliés quatre ans plus tôt.

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Quatre ans de guerre en guise de banc d’essai

L’ironie saute aux yeux. Ce matériel n’avait nul besoin qu’on prouve son efficacité, c’était déjà fait, mais par quelqu’un d’autre. L’Allemagne a livré la première unité à l’Ukraine en octobre 2022, et Kiev s’en sert depuis contre les missiles de croisière et les drones d’attaque de type Shahed. Le projet German Aid to Ukraine, qui tient le compte des livraisons, signalait début octobre l’arrivée d’une onzième unité et avance un taux d’interception moyen proche de 95 %. Un chiffre à manier avec des pincettes, puisqu’il s’agit d’une estimation en source ouverte et non d’un bilan d’état-major.

Tir d’un missile depuis le champ de tir de l’Otan sur la côte crétoise, au-dessus de la mer Méditerranée
Le champ de tir de l’Otan est installé sur une pointe de la côte crétoise, les tirs partant vers le large. (© Diehl Defence)

La grue qui a immobilisé une batterie complète

Voilà le détail qui fait sourire jaune. La première unité a bien été remise le 4 septembre 2024, et l’armée de l’air a annoncé dans la foulée une capacité opérationnelle initiale. La mise en service, elle, n’a pas suivi. En cause, la grue de chargement des munitions, qui n’avait pas été homologuée selon les normes nationales en vigueur. Pas l’autodirecteur, pas la conduite de tir. L’appareil qui soulève les conteneurs pour les déposer sur le lanceur. Il a fallu en certifier un autre et attendre février 2026 pour qu’une unité conforme aux exigences allemandes rejoigne le groupe 61.

Date Étape
Octobre 2022 Première unité livrée à l’Ukraine, engagée au combat dans la foulée
22 juin 2023 Berlin signe pour six unités de feu auprès de Diehl Defence
4 septembre 2024 Première unité remise à la Bundeswehr, capacité initiale annoncée
Février 2026 Unité conforme aux normes allemandes livrée, mise en service prononcée
Mi-octobre 2026 Premier tir réel de l’armée de l’air allemande, en Crète

Neuf cent cinquante millions d’euros pour six unités

Le montant mérite d’être rappelé, parce qu’il donne la mesure de l’absurdité. La commission du budget du Bundestag a débloqué 950 millions d’euros en juin 2023, et le contrat a été signé la semaine suivante. Le paquet comprend six unités de feu et 216 missiles, dont 72 destinés à l’entraînement. Chaque unité réunit un radar panoramique, un centre de commandement, trois lanceurs de huit cellules et les véhicules de soutien qui vont avec. Une option court encore sur 665 munitions supplémentaires.

Lanceur IRIS-T SLM tubes dressés sur son camion porteur, présenté au salon aéronautique de Berlin
Le lanceur était exposé au salon de Berlin en juin 2024, trois mois avant que l’armée de l’air allemande ne reçoive sa première unité. (© Boevaya mashina / CC BY-SA 3.0 DE)

Soixante kilomètres selon l’industriel, quarante selon l’armée

Un écart mérite d’être souligné. Dans son communiqué, le fabricant crédite son produit d’une portée utile de 60 kilomètres et d’une altitude d’interception de 20 kilomètres. La fiche publique de la Bundeswehr, elle, annonce une portée d’engagement montant jusqu’à 40 kilomètres. Les deux chiffres peuvent se défendre selon la version du missile et les conditions de tir, mais le client officiel et son fournisseur ne publient pas la même valeur. Le fabricant n’a d’ailleurs précisé ni le nombre de coups tirés en Crète, ni la nature des cibles, ni le détail des résultats.

Les Suédois tiraient sur la même île au même moment

L’exercice ne se limitait pas aux Allemands. Baptisé Spartan Arrow, il réunissait des batteries Patriot allemandes et suédoises, Stockholm ayant décidé en 2025 d’acheter à son tour le système de Diehl. Les Suédois y ont réalisé leur premier tir Patriot autonome en configuration réseau. Airbus a par ailleurs raccordé les Stinger montés sur véhicules légers à un centre de commandement allemand, de sorte que trois étages de défense dialoguaient dans le même scénario. Dix nations utiliseraient aujourd’hui ce matériel, selon son constructeur.

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L’armée de terre réclame déjà sa part

Dernier rebondissement, et il vient de Berlin. L’inspecteur de l’armée de terre allemande a annoncé que ses unités adopteront le système plus vite que prévu, conjointement avec l’armée de l’air. Deux unités de feu doivent lui être cédées à partir de 2028 pour constituer une première capacité. Les véhicules légers porteurs de Stinger, eux, doivent basculer vers l’armée de terre d’ici le printemps 2027. Une réorganisation qui corrige la répartition retenue par le précédent titulaire du poste.

Sources :

  • Diehl Defence, « IRIS-T SLM passes system certification », communiqué du 14 octobre 2026
  • Augen geradeaus, « Zwei Jahre nach Übergabe an die Bundeswehr: Erster scharfer Schuss der Luftwaffe mit Iris-T SLM », 14 octobre 2026
  • Bundeswehr, fiche technique Lenkflugkörper IRIS-T SLM et dossier NAMFI Kreta
  • ESUT, « Beschaffung von sechs Luftverteidigungssystemen IRIS-T SLM unter Vertrag », juin 2023
  • Defence Industry Europe, sur la livraison de la première unité après le retard de certification, février 2026
  • Militarnyi et projet German Aid to Ukraine, sur la onzième unité livrée à l’Ukraine, octobre 2026

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