La France a dégainé la première sur ce contrat à 5 milliards d’euros, mais le Portugal veut du furtif excluant le Rafale

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• Said LARIBI

Said LARIBI

La France a dégainé la première sur ce contrat à 5 milliards d’euros, mais le Portugal veut du furtif excluant le Rafale
L’armée de l’air portugaise souhaite passer directement à la génération supérieure plutôt que de remplacer ses appareils par des chasseurs de même génération. (© U.S. Department of Defense)

Lisbonne doit remplacer une flotte de chasseurs réduite à vingt-cinq appareils en ligne et quatre constructeurs se disputent la commande, dont deux européens qui ont déjà posé leurs dossiers.

La scène se déroule dans la capitale portugaise, le 8 octobre. Le chef de la diplomatie locale et le secrétaire d’État américain donnent une conférence de presse commune. Au détour d’une question, le Portugais lâche que l’appareil furtif américain reste bel et bien en lice. Une phrase anodine qui vient de relancer l’une des compétitions aéronautiques les plus disputées du moment.

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Deux ministres et une demande très polie

L’Américain n’y est pas allé par quatre chemins. Il a réclamé pour son industriel national une chance équitable de déposer une offre, en rappelant l’avantage d’aligner le même appareil que l’armée de l’air américaine et que plusieurs alliés. Son homologue a répondu avec prudence que la décision appartient au gouvernement et au ministère de la Défense, pas à la diplomatie. Traduction, rien n’est joué, et surtout aucune compétition formelle n’a encore été ouverte.

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Un choix fait, défait, puis refait

L’affaire traîne depuis trois ans et elle a déjà connu deux retournements. En novembre 2023, le plan de modernisation de l’armée de l’air désignait l’appareil américain comme successeur. En avril 2024, le chef d’état-major confirmait préparer son arrivée. Puis le ministre de la Défense a rouvert le dossier en mars 2025 au profit des solutions européennes, après que Lisbonne eut publiquement douté de la fiabilité des engagements américains à long terme. Le chef du gouvernement a confirmé le mois suivant qu’aucun choix définitif n’était arrêté. Puis, en décembre, le chef d’état-major de l’armée de l’air a déclaré dans la presse vouloir passer directement à la génération supérieure, une formule que les spécialistes ont lue comme excluant les trois candidats européens, tous classés en quatrième génération.

Un F-16 de l’armée de l’air portugaise en vol au-dessus de la base aérienne de Monte Real
La flotte portugaise est passée de quarante-cinq appareils à l’origine à vingt-cinq réellement en ligne aujourd’hui. (© Ivan Oliveira / CC BY 2.0)

Les Français ont dégainé les premiers

Voilà où l’affaire devient intéressante pour nous. Le constructeur français a déposé son offre formelle dès juillet 2026, soit avec plusieurs longueurs d’avance sur la concurrence européenne. Il a accompagné le geste d’un protocole d’accord signé à l’ambassade de France, au nom de ses partenaires motoriste et électronicien, avec le groupement qui fédère les entreprises portugaises de l’aéronautique et de la défense. Le texte prévoit d’explorer des coopérations locales, mais il faut le dire, sans projet chiffré ni engagement de production.

Un Rafale de l’armée de l’air française intercepte un avion de transport russe au-dessus de la Baltique
Le Portugal assure régulièrement ce type de mission pour l’Alliance, avec quatre appareils et jusqu’à quatre-vingt-quinze personnes détachées. (© État-major des armées / Licence Ouverte)

Les autres arrivent avec leurs chéquiers

La riposte est en route. Le consortium européen concurrent annonce une proposition spontanée pour la fin octobre ou le début novembre, assortie de solutions de financement publiques et privées destinées à étaler la facture, et d’un accord industriel noué avec des fabricants locaux dès octobre 2025. Son argument commercial est limpide, un appareil mieux adapté aux missions de police du ciel et moins cher à l’heure de vol. Le suédois, lui, joue une carte différente en agitant la perspective de faire fabriquer des pièces de structure dans une usine portugaise déjà liée à la production brésilienne de son chasseur.

Candidat Moteurs Poussée Rayon d’action annoncé Points d’emport
Chasseur furtif américain 1 191 kN Plus de 1 090 km 8 160 kg, dont 4 missiles en soute
Biréacteur français 2 150 kN Non communiqué 14 points, 9 500 kg
Biréacteur du consortium 2 180 kN Non communiqué 13 points
Monoréacteur suédois 1 98 kN Plus de 1 500 km 10 points

Le classement interne qui complique tout

Et puis il y a ce document qui change la lecture de toute la compétition. En mai dernier, un hebdomadaire portugais a révélé l’existence d’une étude confidentielle menée par l’armée de l’air sur vingt critères techniques. L’appareil américain y arriverait premier, le suédois deuxième. Les deux biréacteurs européens ont bien été évalués, mais leurs places ne sont pas publiques. L’état-major a refusé de communiquer ses paramètres et le ministère de la Défense a balayé l’affaire en rappelant que le processus n’avait pas commencé. La loi de programmation militaire attendue avant la fin de l’année fixera le calendrier et le financement.

Ce que cinq milliards achètent vraiment

Faisons parler les chiffres, avec une réserve de taille. Le format n’est pas arrêté et le chef d’état-major évoque une fourchette large, de quatorze à vingt-huit appareils. Sur la base haute, l’enveloppe annoncée revient à environ 178 millions d’euros par exemplaire. Or le prix catalogue sortie d’usine du chasseur américain tourne autour de 82 millions d’euros, dont 18 millions pour le seul moteur. Autrement dit, l’avion lui-même représente moins de la moitié de la note. Le reste part dans les armements, les infrastructures, la formation des équipages et des mécaniciens, et le soutien sur la durée. Aucun prix de paquet comparable n’a été établi pour les trois rivaux, ce qui rend toute comparaison directe impossible aujourd’hui.

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Le détail que personne ne dit tout haut

Terminons par ce qui devrait rendre les Européens plus modestes. Le constructeur américain a dû démentir publiquement, en juin dernier, l’existence d’un mécanisme d’arrêt à distance propre à chaque pays client. Il n’empêche, un utilisateur ne dispose jamais d’une autorité indépendante sur les modifications logicielles ni sur la certification des armements. Mais l’option suédoise n’offre pas davantage d’indépendance, puisque son moteur est américain, avec tout ce que cela implique de licences d’exportation. Seuls les deux biréacteurs européens échappent vraiment à cette dépendance.

Sources :

  • Déclarations du chef de la diplomatie portugaise et du secrétaire d’État américain, Lisbonne, 8 octobre 2026
  • Offre formelle du constructeur français et protocole signé avec le groupement aéronautique portugais, juillet 2026
  • Annonce du consortium européen à Lisbonne, 24 septembre 2026
  • Entretien du chef d’état-major de l’armée de l’air portugaise, décembre 2025
  • Étude interne sur vingt critères révélée par l’hebdomadaire Expresso, relayée en mai 2026
  • Données publiques de prix et de performances des quatre candidats

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